Chaque année, c’est la même histoire de décoration et de chasse aux bonbons, avec son lot de questions. Pendant que certains hésitent entre se déguiser en fantôme ou en sorcière, d’autres se demandent pourquoi il a fallu, ces dernières décennies, que cette tradition venue des USA — cette foire aux caries, ce défilé macabre — débarque en Europe, portée par les commerçants.
Or, comble du comble, cette tradition, qui remonte à plus de 2000 ans, viendrait en réalité des… Celtes. D’Europe, donc. Il y a de quoi en perdre son latin ! Mais l’autre question qui divise chaque année à la même date est sûrement celle du choix de la fameuse et risquée incantation/chantage pour réclamer les sacro-saints bonbecs.
« Un bonbon ou un sort ? », « Farce ou friandise ? », ou encore « Des bonbons ou la mort ? ». Allons donc ! Le véritable mauvais œil est peut-être la carie qui guette ! Pour l’éviter, il y a bien sûr des valeurs sûres, telles que se modérer en matière de dragées, nougats, papillotes et autres bêtises sucrées. Ou encore user quotidiennement de dentifrice. Sur une brosse, il va de soi. Mais pour rester dans le vent tout en préservant ses précieuses quenottes, rien ne vous empêche de vous bâfrer de bandes dessinées à thématiques horrifiques et fantastiques. En voici une sélection, bien sûr non exhaustive :
Brume aux éditions Glénat.
On commence avec une série jeunesse incontournable de Jérôme Pélissier et Carine Hinder, aux éditions Glénat. Brume est une petite fille espiègle, pleine de vie, pimentée d’arrogance. Elle ne rêve que d’une chose : devenir une grande sorcière. Partir à la chasse au dragon, enquêter sur une mystérieuse… rien ne l’arrête, avec ses amis. Le quatrième tome de cette saga est paru opportunément ce 1er octobre.
La Nuit aux loups, aux éditions Casterman
Loup, y es-tu ? La Nuit aux loups est le premier tome d’un diptyque en devenir, signé par l’autrice québécoise Van Lalonde. Issue de l’animation, elle livre son tout premier album solo. On y suit le jeune Jean-Thomas, un garçon ordinaire — du moins en ce qui concerne le jour. Mais la nuit venue, son père est contraint de l’enfermer dans une cabane, car il porte une terrible malédiction : celle du loup-garou. Quand ses amis découvrent son secret, Jean-Thomas s’échappe et sème la terreur dans les rues de Québec. Le jeune loup-garou est alors traqué par ses proches, qui ont tout intérêt à l’intercepter avant la police locale.
Quand le village se réveille (tel Thiercelieux), la boucherie est saccagée et Maggie, une amie de Jean-Thomas, manque à l’appel. Langelier, chasseur de lycanthropes de renom, se saisit de l’affaire. Sous couvert de fiction, l’autrice entend mettre en avant les marginaux de notre monde réel, mais aussi la culture de son pays, qu’elle transmet directement à l’éditeur bruxellois Casterman et aux lecteurs de la francophonie.
Alliant les codes du genre, l’humour et un dessin soigné, La Nuit aux loups s’annonce comme une série fantastique jeunesse à suivre de près. Notre journaliste et correspondant au Québec et au Japon, Akira Oikawa, a mené dernièrement une interview de l’artiste.
Les Aventures pas-sages de la Baba Yaga, aux éditions Seuil Jeunesse
Baba Yaga est l’une des sorcières les plus connues au monde. Originaire de la mythologie slave, elle est multifacettes, pouvant aussi bien aider les héros que leur mettre des bâtons dans les roues. Elle s’apparente parfois même au croquemitaine. Celle qui a vécu une nouvelle jeunesse (littéralement) dans le podcast Les histoires pas-sages de la Baba Yaga débarque désormais dans son adaptation en bande dessinée, au sein du label Seuil Jeunesse. Marjolaine Leray et Grégoire Lopoukhine donnent vie à ses aventures les plus folles — mais édulcorées — de la découverte de son premier pouvoir à ses péripéties avec son chat « qui schmoute », aussi fidèle que malmené. On découvre son caractère bien trempé, son humour mordant et ses tours farfelus. Sa fameuse maison prend même vie, au rythme de ses péripéties. En bonus, un lien audio permet d’écouter la sorcière — elle-même ! — raconter ses exploits.
Pour les plus grands
Frankenstein, aux éditions Urban Comics.
Retour aux sources de l’horreur avec la revisite d’un classique incontesté : une sorte de zombie créé par un savant fou à partir de fragments de divers cadavres. Imaginé en 1818 par Mary Shelley pour son roman épistolaire Frankenstein ou le Prométhée moderne, le monstre du docteur Frankenstein — souvent confondu avec son créateur — est devenu, à l’instar de Dracula, l’une des figures incontournables de la culture horrifique et fantastique.
Aujourd’hui, c’est l’Américain Michael Walsh qui redonne vie au mythe. Il n’est pas tant question de voir comment le docteur Victor Frankenstein a créé son artefact : à travers son comics d’anthologie, Walsh met l’accent sur l’origine de plusieurs parties de l’anatomie du corps du monstre.
La Tombe, aux éditions Humanoïdes Associés.
Encore une revisite. Howard Phillips Lovecraft, créateur du mythe de Cthulhu et des Grands Anciens, est le grand maître de l’horreur du XXe siècle, qui en a inspiré tant d’autres, comme le non moins connu Stephen King, pour ne citer que lui.
Lovecraft a livré de nombreux romans et nouvelles cosmiques, oniriques, aussi tourmentés que leur auteur — complexes, que certains qualifient d’inadaptables. Si les cinéastes n’en ont proposé que très peu d’adaptations directes, en raison notamment de la complexité technique que cela exige, le 9e art, lui, s’en est emparé à de nombreuses reprises.
Certains de nos lecteurs ont pu visiter, lors de la dernière édition du festival d’Angoulême, la sombre exposition consacrée au travail de Gou Tanabe, qui, depuis plusieurs années, adapte les œuvres de Lovecraft en manga.
À leur tour, les Italiens Bastian D.D. et Nino Cammarata proposent leur interprétation. Ils s’attaquent à l’une des premières nouvelles de Lovecraft : La Tombe, plutôt méconnue, qui s’inscrit dans sa phase dite des « histoires macabres ».
On y suit Jervas, un jeune homme aussi introverti que solitaire, qui découvre le mausolée de ses aïeux. Apprenant qu’il est le dernier descendant des Hyde, une famille au passé trouble, il découvre une nouvelle tombe, semblable aux autres à un détail près : elle porte son propre nom. Là où Scrooge, chez Dickens, serait plus qu’effaré, Jervas, lui, décide de passer la nuit dans son propre cercueil. Pour tromper l’ennui, il se met à fréquenter régulièrement le caveau, jusqu’à développer une véritable obsession.
Par Rémi BARNAULT
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Mais aussi : Zombie, mon nouvel ami ; À faire peur - Terreur au camping ; ou encore Zombillénium, qui vient de sortir en format intégral...
La prochaine édition du fameux festival international de la BD d’Angoulême, prévue pour la fin janvier prochain, promet également son lot de frissons avec deux expositions, chacune dédiée à l’œuvre d’un mangaka : Kazuo Umezz (L’Ecole emportée) et Hitoshi Iwaaki (Parasite).
En médaillon : Tales from the Crypt #21 (EC Comics, vol. 1, décembre 1950 – janvier 1951) couverture d’Al Feldstein.