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Pas mal
28 août 2025
Si le Schtroumpf Discret porte ce nom, ce n’est pas qu’il cherche à se cacher, mais parce que personne ne semble lui prêter attention. Sans signe distinctif – contrairement au cuisinier et sa toque, au coquet et sa fleur ou à l’infatigable Schtroumpf à lunettes – il s’active pourtant chaque jour pour la collectivité… sans que cela ne porte ses fruits. Jusqu’au jour où, pour la énième fois, le Grand Schtroumpf ne le choisit pas pour aller cueillir l’aigremoire. C’est la goutte d’eau qui fait schtroumpfer le vase. Cette nouvelle mise à l’écart survient alors qu’est annoncé un événement exceptionnel : le Trophée des Schtroumpfs, un championnat qui n’avait plus eu lieu depuis… quatre siècles (rien que ça).
Au programme : sculpture, chaise musicale ou encore épreuves sportives. Pour le Discret, c’est l’occasion rêvée de se faire enfin remarquer. Mais, emporté par l’ardeur de la compétition, il en oublie le fair-play et reproduit envers les autres l’indifférence qu’il subissait (voire en pire).
Si l’histoire délivre une jolie leçon sur l’esprit sportif et l’intégration, elle souffre d’un certain manque d’originalité. Par ailleurs, le village avait déjà goûté aux compétitions dans Les Schtroumpfs font du sport ou Les Schtroumpfs olympiques.
Le Schtroumpf Discret n’en est pas à sa première tentative pour se faire remarquer, mais dans cette nouvelle histoire, il tient le rôle principal. Cependant, il n’est pas toujours facile de s’attacher à ce personnage, capable de se montrer assez mauvais joueur, voire odieux, même s’il se ressaisit. Un schéma assez classique, encore une fois.
Une des épreuves, l’énigme dictée par un Grand Schtroumpf grimé en « vieux Schtroumpf » à la barbe postiche, évoque à la fois le Père Fouras de Fort Boyard et, graphiquement, peut-être le « vieux Vieux Schtroumpf », un oublié de la série. Mais à part cet éventuel clin d’œil, l’album dénote par l’absence totale de personnages extérieurs au village : ni Gargamel, ni Azraël, ni même Homnibus. Les plus attentifs pourraient voir toutefois une brève référence à l’œuvre d’un auteur proche de Peyo.
Les gags classiques sont au rendez-vous — du cadeau explosif du Farceur aux réparties répétitives des Schtroumpfs à lunettes et Grognon — mais l’humour reste assez timide, lui aussi. On appréciera le retour de l’hymne des Schtroumpfs, hérité de La Flûte à six schtroumpfs, ainsi qu’une révélation surprenante, quoi qu’anecdotique, qui apporte un peu de grain à moudre au lecteur.
En somme, l’album remplit son cahier des charges, se lit toujours avec plaisir, mais peine à réellement s’imposer et à se distinguer dans ce 43ᵉ opus. On a été habitués à mieux. Il faut dire que l’équipe scénaristique s’est renouvelée, pour la première fois depuis 2008. Si Thierry Culliford, le fils de Peyo, est toujours fidèle au poste, Alain Jost cède sa place à Marc Dubuisson.
Autre événement : le retour de Ludo Borecki au dessin après près de vingt ans d’absence. Collaborateur des studios Peyo, il avait participé à plusieurs albums avant de se consacrer à d’autres projets. Son trait précis et dynamique prouve qu’il n’a rien perdu de sa dextérité.
Par Rémi BARNAULT
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Le Trophée des Schtroumpfs est à retrouver aux éditions Le Lombard, pour 12,95 €.