Excellent
24 février 2026
Oscar Martin le clame haut et fort dans la préface de l’album : ses meilleurs souvenirs du héros musclé remontent aux comics écrits par Roy Thomas et dessinés par Barry Windsor-Smith et John Buscema. La découverte de cette réécriture de l’univers howardien en bande dessinée fut une véritable révélation. L’une de celle qui bouleverse une vie entière.
Aujourd’hui, il écrit à son tour une histoire issue de cette série mythique en reprenant les codes qui en firent le succès et qui ne se démode pas à travers le temps. Cette pérennité est sans doute due aux adaptations dans le langage ou du style graphique tout en conservant l’esprit d’origine.
Et c’est exactement ce que ce duo d’auteurs réalise à son tour. La Cité des mensonges plonge le lecteur instantanément dans le monde de l’âge hyborien. Le récit proposé est classique : Conan arrive dans une cité où il espère passer inaperçu et s’offrir du bon temps (de préférence dans une taverne avec une bonne pinte de bière et de la bonne compagnie). S’il peut trouver le moyen de se payer ces bonnes tranches de vie, c’est encore mieux. Et c’est en acceptant pour mission de sauver la fille d’un chef de gang capturée par un chef rival de la cité qu’il pourra remplir sa bourse.
L’action ne se fait pas attendre et cela cogne à peu près sur tout ce qui bouge jusqu’à la fin de l’histoire. « Pas très subtile comme fiction » clameront les non-initiés. Mais l’intérêt de ce type de conte réside dans les ambiances, les descriptions de lieux inquiétants, de dangers latents, la puissance imaginative de personnages fantastiques plus patibulaires les uns que les autres. Le rythme soutenu de l’action omniprésente est aussi l’apanage d’un excellent Conan.
Graphiquement, le style de Leonel Castellani qui a œuvré pour Cartoon Network (Scooby-Doo, Tom et Jerry) mais aussi Warner Bros, Disney, DC Comics, Marvel, se révèle très « cartoonesque », du sur mesure pour un film d’animation orienté « adulte ». Cette lecture en renouvèle le plaisir pour les amateurs du genre qui croulent depuis quelques années sous l’avalanche de publications régulières.
Après tout, il reste un large public qui apprécie encore de voir ce héros viril aux muscles hypertrophiés emporter sur son épaule la jeune demoiselle en détresse (un passage presque obligé pour ce genre de belle aventure). Que l’on ne s’offusque pas pour si peu ! C’est une fiction régressive et sans prise de tête qui demande une pointe d’autodérision.
Selon le créateur de Conan, la civilisation n’est qu’un incident de l’Histoire. La véritable nature de l’homme, c’est l’état barbare. La civilisation n’est-elle qu’un fin vernis prêt à se fendre ?
Cette énième réinterprétation des grandes nouvelles, certes classiques mais génialissimes comme La Tour de l’Eléphant, Le Peuple du Cercle noir, L’Heure du dragon ou Les Clous rouges pour n’en citer que quelques-unes parmi les plus représentatives, a l’avantage d’être une création originale de Martin et Castellani. Elle synthétise admirablement l’esprit du personnage légendaire tout en y apportant une légère touche nouvelle et personnelle.
Par David SPORCQ
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