L’Abîme de l’oubli : ne pas oublier les crimes du franquisme

Par Didier PASAMONIK Très bon 16 avril 2025 
La Guerre Civile espagnole est une tragédie qui marqua le XXe siècle, prélude à la Seconde Guerre mondiale. Mais si les nazis ont perdu leur guerre et expié leurs crimes, ce n’a pas été le cas pour le régime franquiste qui resta en place jusqu’au décès de Francisco Franco et les premières élections libres de 1977. Au million de victimes de la guerre (145 000 morts, 134 000 fusillés, 630 000 morts de maladie) et 400 000 Espagnols en exil, s’ajoute une répression sanglante qui a mit son pays sous sa coupe pendant des décennies. La mémoire de ces victimes dont les corps reposent souvent dans des fosses communes anonymes est un enjeu encore actuel auquel Paco Roca et Rodrigo Terrasa ont consacré un roman graphique puissant et touchant.

Dans toute tragédie humaine, l’enjeu de la mémoire est primordial. Oublier celles et ceux qui ont donné leur vie pour une cause pour que nous soyons heureux et libres revient à les tuer une deuxième fois. Certains grands crimes restent enfouis des décennies, parfois même longtemps après que la liberté ait été recouvrées. Car toute une société reste traumatisée. Car il faut bien, la guerre terminée, rebâtir un avenir, vivre avec des souvenirs terribles que l’on préfère oublier.

« Lorsque nous avons commencé le projet, nous raconte le scénariste Rodriguo Terrasa, un parti de gauche était au pouvoir dans la région de Valence où je réside. Il avait commencé à travailler sur cette mémoire des victimes oubliées et à consentir des subventions pour entreprendre des fouilles. Pendant deux an et demi, nous avons eu accès à tous les documents utiles grâce à ce programme… »

Et de fait, à Paterna, une petite ville qui jouxte celle de Valence, on sait qu’il y a des charniers, des fosses communes où plus de 2000 fusillés ont été enterrés, entre la Guerre Civile et la dictature qui a suivi. Et leur mémoire avec elle ? Non, c’était précisément le but de l’opération.

L'Abîme de l'oubli : ne pas oublier les crimes du franquisme
Paco Roca et Rodrigo Terrasa
Photo : Kelian Nguyen

Son sujet ? Pepica Celda, fille de l’un des fusillés, José Celda, enquête 70 ans après les faits. Elle retrouve le fossoyeur qui a enterré comme il a pu les victimes mais qui, surtout, a conservé d’eux leur noms, des éléments comme des mèches de cheveux, des boutons, des morceaux de tissus… Éléments aujourd’hui cruciaux pour l’identification des cadavres par les équipes de la médecine légale. En plus, on interroge les témoins, on recoupe les informations. Un véritable travail d’archéologie est entrepris, minutieusement.

L’histoire personnelle des victimes se déploie alors, donnant des éclairages inédits, sensibilisant les familles. Sortent alors des fouilles des visages, des personnalités dont on avait perdu la trace. Leur dépouille est la preuve de leur engagement, donne enfin une trajectoire à leur vie. Oubliés, ils redeviennent des être humains. Mieux : des héros.

« Mais trois ans plus tard, la région passe à un gouvernement conservateur, nous raconte Rodriguo Terrasa. Pas seulement la région, l’État également, avec un gouvernement soutenu par l’ultra-droite. Elle a en général une attitude méprisante envers l’Histoire, considérant que ce n’est pas nécessaire de remuer ces vieilles affaires. Les subventions ont par conséquent été coupées, ce qui rendait ce livre encore plus nécessaire…  »

Il est en tout cas superbement dessiné par Paco Roca, dans une Ligne claire au pinceau, doté d’une profusion de détails. On découvre une Espagne inconnue, longtemps cachée, nécessaire nutriment à notre conscience européenne.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782413088714

L’Abîme de l’oubli - Par Paco Roca et Rodrigo Terrasa – Ed. Delcourt

Delcourt ✍ Rodrigo Terrasa ✏️ Paco Roca Histoire Espagne Valence
 
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3 Messages :
  • L’Abîme de l’oubli : ne pas oublier les crimes du franquisme
    17 avril 2025 09:27, par Petit fils d’exilés

    Y’a rien qui va dans cette histoire et je parle pas de la bd ou de l’article mais toute la situation.

    Moi ma grand-mère avait fui avec son frère et sa mère l’Espagne, sans son deuxième petit frère qui avait attrapé une méningite et s’est retrouvé bloqué à l’hopital, le père est resté en faisant fuir le reste de la famille, sauf qu’il a été tué puis son frère s’est retrouvé à la fois handicapé mentalement à vie par la maladie qui n’a pas pu être soignée correctement et bloqué en Espagne même après la chute de Franco car l’Espagne voulait pas l’envoyer en France. Ma grand-mère devait payer 400 euros de frais de charges alors qu’elle avait une retraite à 600 donc c’était le reste de la famille qui cotisait. Et ça l’Espagne elle s’en ait jamais excusé pour cette prise d’otage et même pas de soutien de la France alors que ma grand mère et son frère ont servi militairement ce pays.

    Concernant la gauche faut pas croire que c’était le must, y’avait pas de gentils à l’époque, entre ceux qui étaient soutenus par l’Italie et l’Allemagne et ceux soutenus par l’URSS, dans tous les cas c’était des dictatures, et les communistes et le gros des anarchistes étaient pas des humanistes. D’ailleurs l’URSS a piqué l’or d’Espagne et à l’époque l’URSS avaient une proximité de longue date, ayant participé au réarmement allemand après 1922. L’URSS la seule chose qui l’intéressait c’était de provoquer le chaos partout pour provoquer une situation où elle aurait l’avantage, ça a jamais été pour des buts humanistes contrairement aux espagnols de gauche pensent en se ballandant avec des drapeaux de l’URSS. Si cette gauche staliniste avait gagné y’aurait aussi eu une dictature et ça aurait été l’enfer comme dans tous les autres pays communistes.

    Aussi mes ancêtres espagnols se sont battus pour qu’il y’ait une république en Espagne pendant très longtemps et aussi en France qui était le modèle (ils ont même fait la guerre de 1870 et de 14-18), et y’avait pas besoin d’être de gauche pour être républicain, y’avait aussi les centristes, centristes de plus en plus esseulés car avec la radicalisation y’avait plus d’espace de liberté sûr pour eux donc ils se barraient en France où beaucoup avaient des attaches de longue date, ce qui réduisait en permanence leur nombre.
    Le fait qu’on ait l’impression que la république espagnole était de la gauche est un mirage, y’avait pas que ça.

    Ensuite je trouve à la fois insultant que Mitterand ait pas prété d’attention aux demandes des exilés quant à la reconnaissance de l’Espagne du franquisme quand ils ont intégré l’UE, et du côté de l’Espagne je trouve que c’est extrêmement problématique pour eux que :
    Il ait fallut attendre que la plupart des exilés soient morts de vieillesse pour avoir une reconnaissance. Que le nombre de descendants des exilés soit totalement faux et évalué à la baisse sur des chiffres de natalité qui ne correpondent pas à la réalité. Que les excuses aient été faites par le biais de journeaux écrits que personne ne lit et de cérémonies que personne ne regarde, ils auraient dû faire un courrier, ça ne coutait même pas 10 millions de le faire. Puis y’a aussi l’instrumentalisation dans leurs médias et manuels d’histoire de la vie des exilés en France qui ne correspond pas à la réalité, ils partent du constat de l’existence de camps comme si c’était les conditions de vie de la totalité des exilés, c’était pas le cas, afin de dire "voyez en France ils étaient aussi pires donc faut pas cracher que sur l’Espagne", sans parler du fait qu’à l’époque y’avait pas de HLM et que ces camps étaient moins pires que la moyenne des bidonvilles de l’époque.

    D’après les archives y’avait aussi un clivage entre les exilés et les migrants post 1945, car eux étaient fiers de Franco et ça, ça posait pas problème à la gauche qui continuait à soutenir la migration de travail. Les exilés espagnols ont mis plus de temps à avoir l’oreille de la gauche française que les migrants post 1945, certains devraient se poser des questions.

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    • Répondu par Gina Vanilla le 17 avril 2025 à  19:03 :

      Merci pour ce témoignage personnel

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    • Répondu par Jean Charles Enriquez le 18 avril 2025 à  14:28 :

      Je suis désolé mais l’ouvrage de Rodrigo Terresa et Paco Roca pose un problème bien particulier qui est la recherche des disparus, exécutés après la fin de la guerre civile et pendant de nombreuses années. C’est une préoccupation réelle en Espagne, un travail de mémoire rendu possible par une loi, issue d’un gouvernement de gauche. A chaque fois que la droite reprend le pouvoir, avec l’aval frénétique de l’extreme droite, elle freine ou fait obstruction carrément, à ces recherches, veritables fouilles archéologiques. Ces partis voudraient ne pas "remuer le passé" . On sait ce que deviennent les sociétés qui se refugient dans l’amnésie. Cet ouvrage, en l’occurrence, est aussi fort que bouleversant ! Et justement démontre la course à la montre pour que les enfants des disparus puissent donner une tombe à leur parents. Et ils restent encore énormément de fosses communes non decouvertes. C’est aussi l’histoire des familles des Republicains qui sont restés en Espagne et qui ont vecus longtemps sous la répression franquiste. Sans oublier que Pablo Roca est un immense auteur, chef de fil de la génération qui a succédé à Carlos Gimenez.
      Après, chaque famille de réfugiés, ou d’immigrés a sa propre histoire et son propre vécu... Ce serait trop long, et pas le lieu de débattre de vos propos. Mais n’oubliez quand même pas les camps d’Argeles sur mer et la côte catalane... rien à voir avec des HLM. N’oubliez pas non plus tous ceux qui sont rentrés dans la Résistance, ou dans l’armée française, ni ceux qui ont été déportés (par qui ?)et ont transité par la gare d’Angoulême, où une stèle leur rend hommage.
      Mais l’essentiel, nou trouvant sur un site consacré à la bd,est que l’Abîme de l’oubli est un magnifique ouvrage !
      Un saludo !

      .

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