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Japan Expo 2026 : un vent de fraîcheur dans la canicule

Par Didier PASAMONIK 10 juillet 2026 
On pensait découvrir un Japan Expo chaud, très chaud, trop chaud en raison de la canicule et morose en raison d’un marché de la BD en berne depuis le début de l’année. Que nenni. À l’intérieur de la convention, la chaleur est tempérée, voire agréable, et les éditeurs de mangas et exposants présents plutôt enclins à l’optimisme. Petit tour d’horizon.

Le cagnard était attendu ce jeudi, et avec lui l’appréhension de se retrouver dans « la fournaise des damnés » d’une convention surchauffée et, à notre grande surprise : non. À part aux alentours de la verrière centrale, les allées sont espacées et un système de refroidissement a été mis en place qui fait que la promenade est plutôt agréable. Mais il fait chaud quand même : habillez-vous légèrement, avec des chaussures de sport légères et emmenez de l’eau avec vous car les tarifs sur place sont vraiment excessifs.

Un festival des loisirs japonais

La grande force de la Japan Expo, au contraire des autres festivals genre Angoulême, Amiens, Saint-Malo ou Blois, c’est que ce n’est pas un festival de bande dessinée. C’est un festival des loisirs japonais : on y trouve des mangas et leurs dérivés, certes, mais aussi des jeux vidéo, des jeux de cartes, des concerts de musique, des démonstrations sportives, des quartiers de mode, d’autres de cuisine, des stands de maquillage, de relaxation et surtout, dans les allées et sur scène, des cosplays, ces déguisements (Costume Players) que les fans fabriquent eux-mêmes pour se déguiser en leurs héros favoris. On en trouve de tous âges et de toutes nationalités, d’autant qu’un concours international de cosplays a lieu durant toute la manifestation.

Japan Expo 2026 : un vent de fraîcheur dans la canicule
Des démonstrations de Kendo avec des coachs fournis par les clubs.
Le YouTubeur Louis San en dédicace
C’est le moment de changer votre look !

Le cosplay-roi

Car dans le cosplay, il y a les pros, qui ne font quasiment que cela, qui peaufinent leur costume avec la ferveur d’un participant de Drag Race, et puis les amateurs, qui parfois achètent des éléments « tout faits » et qui viennent passer un week-end de délire avec les copains. Pas besoin de se coltiner le costume dans les RER (bondés et non climatisés, vraiment ils foutent quoi les services de madame Pécresse ?) : des vestiaires et des consignes ont été aménagés à cet effet.

Dans les allées, les séances photo de cosplays s’improvisent

Ce qui est sûr, c’est que c’est l’attraction majeure du festival – souvent imitée mais jamais égalée – et que les fans débordent d’inventivité pour les constituer. Qu’ils soient « bricolo » ou sophistiqués, vraiment, les filles et les gars qui se cosplayent sont tous beaux et les poses-photo en font des stars pour l’éternité. On vous en a filmé quelques-uns, allez les voir sur nos réseaux sociaux !

Un marché morose ? Pas pour le manga

Avec la fermeture ou la mise en redressement judiciaire de quelques grandes enseignes (Gibert, Furet du Nord, Decitre, Sauramps…) et les difficultés de Makassar qui mettent le trouble dans quelque 30 petites structures éditrices de BD et de mangas, le marché du manga voit cependant venir l’avenir plus sereinement que le franco-belge.

L’explosion des ventes de 2022-2023, qui était due à une augmentation de la lecture pendant le confinement, avait été suivie par l’irruption d’une série de nouveaux acteurs sur le marché : Meian, Noeve Grafx, Vega et d’autres — avec des politiques de publication extrêmement agressives. Meian, par exemple, publie énormément de nouveautés, parfois plus de trente titres dans un même mois. Lorsqu’une série sortait, ils alignaient parfois quatre ou cinq tomes simultanément. Cela représente une pression énorme sur le marché.

La scène cosplay amène parfois quelques surprises, comme la présence de cet Obélix incarné par un cosplayer d’origine asiatique ! Belle rencontre !

Pour les plus petites structures, Makassar représentait une véritable alternative. C’était un diffuseur-distributeur qui permettait à de petites maisons d’exister sans être immédiatement étouffées par les grands groupes. Ils étaient souples, ils savaient s’adapter, ils rendaient service. Ils pouvaient stocker des ouvrages, trouver des solutions. Ils jouaient un rôle essentiel dans l’écosystème.

Depuis, Noeve Grafx a été racheté par IDP, Vega n’arrive pas encore à s’imposer et le diffuseur Makassar est en grande difficulté, ce qui se répercute sur une trentaine d’éditeurs de BD diffusés. La vraie question, maintenant, c’est : vers qui vont se tourner les nouveaux petits éditeurs ? Les solutions deviennent très rares. Lorsque l’on commence seulement à se développer, il est difficile d’accepter les conditions économiques imposées par les grands diffuseurs. Nous entrons dans un moment où la fameuse diversité des publications de mangas dont la France pouvait s’enorgueillir va se perdre. Le marché va se figer, les créations innovantes peuvent difficilement émerger d’un marché structuré par les grands éditeurs, dont les collections, les habitudes et les priorités sont établies depuis longtemps. Il va être très difficile d’y faire entrer des titres novateurs.

Japan Expo, c’est une déferlante de goodies. Parmi lesquels, les petites statuettes de Tsume (à 250€, l’une !) se distinguent par leur sophistication.

Des éditeurs plutôt sereins

Que ce soit chez Glénat, Kana, Ki-oon, Delcourt-Tonkam ou Kurokawa, on est plutôt sereins. Il reste encore de quoi voir venir. Leur fonds est très solide, leur marge confortable. Cela compense le ralentissement des nouveautés anticipant les ressacs du marché. Glénat en particulier reste dans une position très confortable. Ils bénéficient d’un fonds exceptionnel, avec des séries installées depuis longtemps qui continuent de très bien fonctionner. Certains progressent, comme Doki-Doki, qui a désormais accès à des réseaux de librairies où ils étaient auparavant peu présents et qui vient d’accéder récemment aux licences de la Shueisha.

Aurélien Martinez, des éditions Maho, affecté par les ennuis de son distributeur Makassar, se dirige vers des éditions collector à tirage très limité vendues directement sur leur site (https://www.maho-editions.com/), comme cette magnifique édition de Berserk of Gluttony.

Il y a aussi Meian, qui disposait déjà de son propre réseau de distribution grâce aux figurines, aux goodies et aux produits dérivés. Résultat : leurs mangas ne sont pas présents uniquement dans les librairies traditionnelles. Ils sont également vendus dans de nombreuses boutiques spécialisées en produits dérivés, dans lesquelles les autres éditeurs sont peu ou pas distribués. Pika, par exemple, est distribué par Hachette, dont le métier est avant tout de diffuser des livres. Or, beaucoup de boutiques spécialisées dans l’animation japonaise ou les produits dérivés ne possèdent même pas de rayon librairie. Du coup, Pika Goodies avait énormément de mal à atteindre son public naturel.
À l’inverse, les libraires traditionnels n’étaient pas vraiment intéressés par ces produits. Ce n’est pas leur cœur de métier, et consacrer un mètre linéaire à des porte-clés vendus quelques euros n’a rien d’économiquement attractif. Le projet s’est donc essoufflé très rapidement.

Le manga français en embuscade

Chez ActuaBD, on reste bluffés par la percée réussie dans le manga du dessinateur français Alex Alice et de son éditeur Rue de Sèvres. Nous vous en avons parlé récemment : Les Chants du Cygne noir fait un carton dès son lancement. Alex Alice est un cas très particulier. C’est un immense auteur qui avait déjà son univers dans le franco-belge et qui le développe dans une série de mangas qui devient un format éditorial particulier, complémentaire et propédeutique à la BD franco-belge : « Mes vieux lecteurs amènent leurs enfants qui font découvrir cette nouvelle série – et la lecture du manga – à leurs parents ».

Le dessinateur Alex Alice est évidemment présent pour lancer son manga.

C’est un peu l’inverse de la démarche de Patrick Sobral qui, avec Les Légendaires, réussit à faire passer le public des mangas sur le format franco-belge, et différent de la démarche d’auteurs comme Reno Lemaire qui, avec Dreamland, a mis énormément de temps, de travail et de persévérance avant d’arriver au niveau de reconnaissance qu’il connaît aujourd’hui.

Si l’on considère ce que Rue de Sèvres fait parallèlement avec le Label 619, il y a des passerelles entre les générations intéressantes à observer. Ces mutations du marché ouvrent sans doute de nouvelles perspectives.

Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT

Par Didier PASAMONIK

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Photos : D. Pasamonik
Vidéos : Production ActuaBD - Réalisation : Kelian Nguyen

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