La question n’est pas la compétence de 9eArt+ et de son patron, Franck Bondoux, elle est incontestable. Chaque année, ce festival « tourne » de façon satisfaisante, affiche de véritables ambitions et ses expositions en particulier sont régulièrement célébrées, y compris par ActuaBD. On peut mégoter sur les prix qui sont décernés, mais on ne peut pas nier qu’ils ont leur cohérence.
Le problème est davantage d’ordre éthique. L’Association, bien incapable d’administrer elle-même un tel événement, délègue à 9eArt+ la gestion du Festival et son financement. Depuis vingt ans, M. Bondoux exécute plutôt correctement cette mission, mais ces dernières années, le turnover des directeurs artistiques (Marguerite Demoëte, actuellement en place, pleinement en charge depuis l’année dernière, est menacée d’être licenciée…) et les scandales qui émaillent, en marronnier saisonnier, l’actualité du FIBD corrigent de plus en plus sévèrement ce bilan qui peut sembler positif.
La lâcheté des politiques
Ces dernières années, l’autoritarisme de sa gestion, le fait que celle-ci ait été épinglée par la Cour régionale des comptes, sans compter cette année « l’affaire Chloé » qui constitue, selon Anouk Ricard, le Grand Prix 2025 lui-même, « la goutte qui fait déborder le vase », fait constater qu’il est nécessaire de pouvoir contrôler cette gouvernance d’une manière différente et non plus sous la forme de chèques en blanc que l’on dispense discrétionnairement de peur que l’on soit désigné comme le responsable de la faillite d’un festival réputé. Le directeur délégué du FIBD a su longtemps jouer de cette lâcheté politique…
Un contrat léonin
En l’espace d’une vingtaine d’années, Franck Bondoux que Jean-Marc Thévenet, le précédent délégué général, avait recruté comme commercial destiné à lui ramener des sponsors en complément des financements publics, s’est arrogé, grâce à un contrat léonin, une situation monopolistique qui irrite de plus en plus les partenaires historiques du FIBD : l’État (notamment le ministère de la Culture), de nombreuses collectivités financeuses, mais aussi et surtout ceux pour qui ce festival a été créé : les auteurs et leurs partenaires privilégiés, les éditeurs. Un exemple : alors que les auteurs sont sollicités pour nommer le Grand Prix, aucun coupe-file ne leur est accordé pour voir les expositions alors qu’invités, ils passent le plus clair de leur temps vissés à leur chaise de dédicace, constituant l’une des principales attractions de l’événement.
Un nouvel accord en négociation
Sentant monter la fronde, 9eArt+ travaillait ces derniers temps avec Delphine Groux, fille de Francis Groux, l’un des trois fondateurs du FIBD et présidente de l’Association du FIBD, à la création d’une nouvelle structure destinée à administrer autrement le Festival.
Il est vrai que l’Association n’est plus qu’une instance-croupion composée de collectionneurs et de fans de bande dessinée historiques, voire de leurs héritiers, dont la déconnection avec le métier est notoire. Or, nous sommes, rappelons-le, face à un événement dont le budget, selon les dernières estimations, dépasserait les 6 millions d’euros !
Le problème, c’est que, révérence gardée, nous sommes dans une négociation du type Trump-Poutine dont l’Ukraine et l’Europe sont écartés : les principaux financeurs : la mairie et les collectivités (Région, Département, Le grand Angoulême, Magelis, la Cité de la BD, etc.), l’État, mais aussi les auteurs et les éditeurs ne sont pas conviés à ce projet. En clair, on soupçonne M. Bondoux et Madame Groux de chercher à s’approprier l’événement par un tour de passe-passe juridique.
Une fronde
C’est principalement pour cette raison qu’a circulé ces derniers jours un appel au boycott signé notamment par Anouk Ricard, la dernière récipiendaire du Grand Prix de la ville d’Angoulême (celui-ci, rappelons-le, n’appartient pas à l’Association) mais aussi par plusieurs de ses prédécesseurs dont Posy Simmonds, Julie Doucet, Chris Ware, Art Spiegelman, Blutch, Lewis Trondheim et Florence Cestac, excusez du peu !
Le coup a porté. Dans un communiqué, au nom de l’Association, Delphine Groux déclare que : « À l’issue [de sa réunion], le conseil d’administration a mandaté, à l’unanimité, la Présidente de l’Association pour dénoncer les contrats attenants à la concession de l’événement conclus avec la société 9ème Art+. Ceux-ci ne seront donc pas reconduits tacitement et prendront fin à leurs termes contractuels fin juin 2027. L’Association s’accorde ainsi tous les champs des possibles pour structurer la gestion de l’événement à compter de son édition 2028 (9eArt+ étant en charge des éditions 2026 et 2027). Comme elle l’a déjà évoqué, accompagnée par ses conseils, sa réflexion va continuer de s’inscrire dans une démarche de réflexion interne et de concertation avec les partenaires publics et privés majeurs de l’événement, les professionnels, ainsi qu’avec 9eArt+. » Cette décision sera soumise à l’Assemblée Générale de l’Association le 16 mai 2025.
Une phase délicate
Le souci, c’est que cette « concertation », si on lit bien le communiqué, inclut 9eArt+, ce qui laisse entendre que l’appel d’offre réclamé par la plupart des contestataires semble exclu. C’est ce que ne semble pas voir le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont qui, dans un communiqué un peu triomphaliste, s’attribue le fait d’avoir fait avancer la date de ce conseil d’administration actant cette avancée juridique (alors que cela appartient à l’Assemblée Générale d’opérer cette rupture, en mai prochain seulement…)
Il précise en revanche clairement l’enjeu : « Cette nouvelle étape doit permettre de trouver le véhicule juridique qui aboutira à la fois au renforcement de cet événement majeur pour notre territoire et au maintien de l’association comme propriétaire des marques pour les années à venir. » Le « nouveau véhicule juridique » se jouera-t-il entre 9eArt+ et Delphine Groux seule mandataire de l’Association, sans que les partenaires du FIBD n’aient mot à dire ? La question reste pendante.
Par Didier PASAMONIK
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ActuaBD aimerait bien entrer en contact avec des membres de l’Association qui ne font pas partie du Conseil d’Administration afin de recueillir leurs témoiganges. Ceux-ci peuvent écrire à redaction@actuabd.com.
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