Excellent
29 août 2024
Jean-Pierre Dionnet, co-fondateur de Metal Hurlant et découvreur de talents, était parti à New York en 1971 afin de dénicher quelques pépites. Il noua ainsi contact avec Alex Toth. Une collaboration franco-américaine se mit au point dans un contexte où la bande dessinée se voulait plus adulte et tournée vers la science-fiction. Mais tout ceci est parfaitement décrit par Jean-Pierre Dionnet lui-même dans le texte qu’il a écrit spécialement pour cette édition et que l’on peut retrouver uniquement sur le site de Delirium. On vous joint le lien direct [https://www.deliriumbd.fr/alex-toth-par-jean-pierre-dionnet/].
Cet album reprend les 21 épisodes d’Alex Toth parus entre octobre 1965 et août 1975. Aux scénarios, on retrouve principalement Archie Goodwin quand le dessinateur n’est pas lui-même l’auteur du texte.
Ces capsules narratives de quelques pages chacune sont aussi diverses que jubilatoires. Elles sont teintées de science-fiction mais aussi de fantastique, thriller, horreur, épouvante avec des titres tels que « Une Tuerie », « Le Baiser de la Peste », « Vision Maléfique » ou encore « Le Hachoir Est de Retour » : la couleur est annoncée.
L’imagination débridée est magnifiée par des cadrages et plans hors conventions. Le lettrage des titres met d’emblée en condition. Les ambiances immersives plongent le lecteur dans un « ailleurs » inquiétant. L’histoire vous absorbe au point d’avoir l’impression d’ être un personnage en observation. Ce sentiment est rendu possible grâce à cette parfaite adéquation entre le style de dessin et le type de fiction qui varie à chaque épisode. Les effets recherchés en sont décuplés.
On ne sait jamais où les auteurs vont nous emmener. Tout ce que l’on sait, c’est qu’ils vont nous emporter loin, brisant notre petite zone de confort pour un trip visuel, un shoot artistique, une expérience cérébrale. Et c’est bien à ce niveau que se situe le plaisir de lecture d’autant qu’à la fin de l’histoire, pour nous décontracter - alors que nous sommes encore abasourdis voire décontenancés sous les effets de ce qu’on vient de vivre -, un personnage nous interpelle par une réflexion comme pour nous dire « on vous a bien eus, bon retour à la réalité ! ».
Amusé, on se prend vite au jeu et on se lance illico dans l’aventure suivante non sans admirer au passage les planches absolument magnifiques. Si vous êtes dessinateur ou scénariste, vous réaliserez d’autant mieux ce que représentent ces techniques et en apprécierez tout le travail avec votre regard de professionnel.
En fin d’ouvrage, une postface intéressante « Alex Toth ou l’Abstraction dans les Comics » signée Jean Depelley nous donne des éléments essentiels sur le parcours artistique de ce créateur exceptionnel.
Pour conclure, notez aussi que l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) a sélectionné ce volume parmi les cinq finalistes pour le prix du meilleur comics de l’année. L’album doit d’abord avoir été publié en anglais avant d’être édité en français. Le prix sera attribué lors du festival Quai des Bulles de St Malo qui se déroulera du 25 au 27 octobre 2024.
Par David SPORCQ
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