Eerie & Creepy présentent Alex Toth - Par Alex Toth – Édition Delirium

Par David SPORCQ Excellent 29 août 2024 
Les deux magazines américains Eerie et Creepy ont vu défiler dans leurs pages une myriade d’artistes de talent depuis le milieu des années 60 jusqu’au début des années 80. Parmi ceux-ci, Alex Toth. Un créateur qui a marqué son époque et dont l’influence s’est ressentie chez de nombreux dessinateurs. Un maître absolu du noir et blanc récompensé par la profession (Eisner Awards et Kirby Awards). Et pourtant, son art est mal connu du public français. L’éditeur Delirium palie cette injustice en proposant pour la première fois aux lecteurs francophones une magnifique intégrale initialement parue chez l’éditeur américain Dark Horse en 2015.

Jean-Pierre Dionnet, co-fondateur de Metal Hurlant et découvreur de talents, était parti à New York en 1971 afin de dénicher quelques pépites. Il noua ainsi contact avec Alex Toth. Une collaboration franco-américaine se mit au point dans un contexte où la bande dessinée se voulait plus adulte et tournée vers la science-fiction. Mais tout ceci est parfaitement décrit par Jean-Pierre Dionnet lui-même dans le texte qu’il a écrit spécialement pour cette édition et que l’on peut retrouver uniquement sur le site de Delirium. On vous joint le lien direct [https://www.deliriumbd.fr/alex-toth-par-jean-pierre-dionnet/].

Cet album reprend les 21 épisodes d’Alex Toth parus entre octobre 1965 et août 1975. Aux scénarios, on retrouve principalement Archie Goodwin quand le dessinateur n’est pas lui-même l’auteur du texte.

Ces capsules narratives de quelques pages chacune sont aussi diverses que jubilatoires. Elles sont teintées de science-fiction mais aussi de fantastique, thriller, horreur, épouvante avec des titres tels que « Une Tuerie », « Le Baiser de la Peste », « Vision Maléfique » ou encore « Le Hachoir Est de Retour » : la couleur est annoncée.

L’imagination débridée est magnifiée par des cadrages et plans hors conventions. Le lettrage des titres met d’emblée en condition. Les ambiances immersives plongent le lecteur dans un « ailleurs » inquiétant. L’histoire vous absorbe au point d’avoir l’impression d’ être un personnage en observation. Ce sentiment est rendu possible grâce à cette parfaite adéquation entre le style de dessin et le type de fiction qui varie à chaque épisode. Les effets recherchés en sont décuplés.

On ne sait jamais où les auteurs vont nous emmener. Tout ce que l’on sait, c’est qu’ils vont nous emporter loin, brisant notre petite zone de confort pour un trip visuel, un shoot artistique, une expérience cérébrale. Et c’est bien à ce niveau que se situe le plaisir de lecture d’autant qu’à la fin de l’histoire, pour nous décontracter - alors que nous sommes encore abasourdis voire décontenancés sous les effets de ce qu’on vient de vivre -, un personnage nous interpelle par une réflexion comme pour nous dire « on vous a bien eus, bon retour à la réalité ! ».

Amusé, on se prend vite au jeu et on se lance illico dans l’aventure suivante non sans admirer au passage les planches absolument magnifiques. Si vous êtes dessinateur ou scénariste, vous réaliserez d’autant mieux ce que représentent ces techniques et en apprécierez tout le travail avec votre regard de professionnel.

En fin d’ouvrage, une postface intéressante « Alex Toth ou l’Abstraction dans les Comics » signée Jean Depelley nous donne des éléments essentiels sur le parcours artistique de ce créateur exceptionnel.

Pour conclure, notez aussi que l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) a sélectionné ce volume parmi les cinq finalistes pour le prix du meilleur comics de l’année. L’album doit d’abord avoir été publié en anglais avant d’être édité en français. Le prix sera attribué lors du festival Quai des Bulles de St Malo qui se déroulera du 25 au 27 octobre 2024.

Quatre premières planches de l’épisode "A Tombeau Ouvert" publié dans le numéro 5 de Creepy d’octobre 1965.
Editions Delirium

Par David SPORCQ

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Code EAN : 9782493428370
Creepy & Eerie Delirium ✏️ Alex Toth Fantastique Etats-Unis New York
 
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7 Messages :
  • Un bonheur et une leçon à chaque page...on y musarde, on y plonge et c’est beau.

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  • Difficile de faire mieux qu’Alex Toth. Faire aussi bien est déjà hors de portée de 99% des dessinateurs.

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    • Répondu par Folgoas le 31 août 2024 à  12:25 :

      Mouais, question de goût. Toth est habile, mais pas un virtuose non-plus, la plupart des dessinateurs de sa génération sont aussi bons.

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      • Répondu par Michel Dartay le 31 août 2024 à  16:57 :

        Ces histoires sont difficiles à trouver en français (encore plus en VO), cette compilation de Delirium vient combler un manque !

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      • Répondu le 1er septembre 2024 à  00:04 :

        Lol… Si Toth n’est pas un virtuose, personne ne l’est.

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        • Répondu par Michel Dartay le 1er septembre 2024 à  17:35 :

          Il faut bien voir qu’Alex Toth a réalisé ses planches au siècle dernier, c’était moderne à l’époque. Alex a même travaillé pour Marvel Comics, notamment avec Jack Kirby sur les X-Men des débuts !

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      • Répondu par sergio salma le 2 septembre 2024 à  21:26 :

        Ah c’est intéressant. Folgoas, dites-nous quelques noms de virtuoses contemporains à Toth. Et des actuels, juste pour savoir. Peut-être avons-nous des différentes définitions du mot virtuose. Toth est tellement complet, il n’est pas que virtuose. Je subodore l’éternel malentendu, dessin graphisme versus narration. Pour vous , c’est moins bien que Ingres ou Wrightson, moins fin que Wendling . Mais niveau narration , Toth est bien un virtuose, un jour vous comprendrez peut-être.

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