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Favori de la rédaction
11 février 2026
Spécialiste en arts obscurs et traqueur de sorcières condamnées à brûler sur le bûcher, le capitaine Volostan soumis à la « Malédiction de la Madone sombre » erre avec sa troupe de cavaliers et une jeune femme nommée Henge, grièvement brûlée au visage.
Ailleurs, au cœur d’une forêt lugubre, un homme sinistre parvient au monastère du frère Eald, considéré comme un endroit prospère et bienveillant pour les pestiférés et autres lépreux. Sauf qu’à peine installé dans sa chambre, on attente à sa vie en cherchant à l’empoisonner. Ayant occis sans ménagement quelques hommes de foi, sa rencontre avec l’abbé Edolas, du moins son esprit, retranché dans ses fortifications, l’accueille comme l’un des siens. Les deux hommes disposent du don d’absorber la lueur des vivants, intérêt commun, leur permettant d’ajouter un tant soi peu de vie supplémentaire à leur existence macabre.
Les itinéraires de ces individus vont se rejoindre dès l’instant où, en état de transe profonde, Henge révélera au capitaine Volostan, soldat de la Sainte-mère, le mystère qui réside autour de ce mystérieux personnage, clé incontournable à sa guérison.
Colossal, immense, prodigieux ! Les superlatifs pour décrire l’œuvre d’Ismaël Legrand ne manquent pas à l’appel. Dès les premières pages de lecture, nous restons scotchés face à la technique graphique de haute voltige apportée par ce nouvel auteur, qui marque un grand coup et redéfinit les codes en matière de Dark Fantasy.
Ce récit à mi-chemin entre la Dark Fantasy et l’époque médiévale se veut sombre à souhait, arpentant des personnages ravagés par un triste passé, mais poussés à survivre quelles que soient les conditions, tant climatiques que par des ennemis forgés dans du granit, désireux d’occire quiconque se dresse devant eux.
Il s’agit avant tout d’un périple par-delà les dimensions, où les ténèbres et la lumière se rejoignent, combattives comme jamais, à l’image de la jeune païenne défigurée intriguée quant à connaître qui est l’homme qui domine ses songes, vertueux guerrier qui affronte les courroux des Enfers. Un Roi noir évoluant dans la lumière affrontera un Roi blanc dans les ténèbres...
Le concept du guerrier solitaire et de son homologue, en quête d’identité n’a pour ainsi dire jamais connu un tel divertissement. L’artiste conserve ses appuis tout du long, jonglant à merveille avec ce noir et blanc glacial et ténébreux.
Et cette trame y va bon train alliant rites médiévaux, sorcellerie et défenseurs de l’Église chrétienne. Les âmes des morts ricanent vers les pauvres mortels contraints, pour bon nombre, à offrir progéniture et tout ce qu’ils possèdent de leur plein gré afin d’éviter les foudres éternelles. Dans ce contexte plus qu’hostile, la mort prédomine et guette quant à connaître qui sera le prochain condamné.
Et puis, il y a ceux qui se vengent, à l’instar du capitaine Volostan, emprisonnant une jeune fille dans la tourmente, condamnant son père et sa mère, dans l’unique but de faire face à sa malédiction qui le ronge.
Pour son premier album, Ismaël Legrand place la barre à un niveau pharaonique, si bien que ces 200 pages se dévorent à belles dents ! Un trait relativement épais, qui détaille chaque parcelle de l’arrière-plan avec grâce et netteté. La grandiloquence de la ville et du château resplendissent au travers d’angles de vues épatants. Les décors sombres durant la nuitée se retrouvent brillants et dévoilent une forêt dense à l’atmosphère terrifiante. Pour peu, on s’y croirait ...
Quant aux plans rapprochés, que dire, si ce n’est qu’une précision chirurgicale, tant sur les faciès des protagonistes qu’apportée sur leurs costumes, transcendent les normes. Même les animaux, et les insectes apparaissant çà et là démontrent tout le génie de cet artiste. Enfin, les scènes de combats, réalistes et violentes, témoignent de l’énergie palpable qui s’en dégage, à l’image de ces séquences divinatoires en corrélation avec des notions de vie, de mort, de joie et de souffrance.
Si vous appréciez la Dark Fantasy dans sa version la plus subtile et aboutie, foncez de ce pas acquérir Deathbringer, qui sans l’ombre d’un doute, vous clouera sur place !
Par Marc VANDERMEER
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Deathbringer. Auteur : Ismaël Legrand. Éditeur : Delcourt. 200 pages. Sortie : le 13 novembre 2025. Prix : 25,50 euros.
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