Diego Agrimbau et Gabriel Ippóliti nous proposent un enfer pas si éloigné de notre monde, où bureaucratie obtuse, rivalités des dominants, grèves et protestations des dominés se multiplient, car de nouveaux pécheurs viennent d’entrer dans la liste : les spameurs, les flatearthers, les climatosceptiques, les incels radicaux, etc. Pandemonia, capitale du Tartare moderne, ressemble beaucoup à Gotham City où règnent la violence la plus crue et la pure concurrence capitaliste. Depuis les toits des gratte-ciel, les vautours, partout présents, observent et commentent les événements.
Fidèle à lui-même, Ismael Posta refuse la transaction du plaider coupable, qui allégerait un tant soit peu son sort. Ce vendeur décravaté de bullshit intégral préfère s’enfoncer dans le déni de réalité, cherchant par tous les moyens à sortir de sa géhenne. Face à lui, les tortionnaires et les psys infernaux jettent l’éponge. Que va-t-il advenir de la confrontation entre l’enfer ancien et l’horreur actuelle ? La fin du livre apporte la réponse.
Le tout est traité au moyen d’un dessin puissant, mêlant un peu de Jérôme Bosch, beaucoup de Tanino Liberatore (pour les volumes musculaires), et aussi du Moebius (pour les décors, en plus charbonneux). Il en ressort une impressionnante galerie de démons d’une rare laideur, traités avec une bonne dose d’humour.
Les auteurs viennent d’Argentine. On ne s’étonnera donc pas qu’un des châtiments les plus terribles (niveau H42) consiste à voir perdre son équipe de foot à chaque match. Plus sérieusement, la fin de l’album voit la proclamation d’un « nouvel enfer, plein de liberté, d’espoir et d’optimisme ». Chacun est libre d’y reconnaître un certain démagogue à rouflaquettes.
Par Marcelin SWITCH
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