Angoulême 2026 : l’heure de vérité

Par Didier PASAMONIK 7 décembre 2025 
Aujourd’hui au moins, les choses sont claires : 9eArt+ et l’Association du Festival International de la BD semblent hors course. Pour 2026, mais aussi pour 2027 et au-delà, quoiqu’en pensent certains. 9eArt+ est hors jeu car les principaux commanditaires de la manifestation : auteurs, éditeurs et pouvoirs publics… ne veulent plus de cette structure et de sa gouvernance. À propos de l’Association du FIBD, le maire Xavier Bonnefont - aux abois en cette période d’élections municipales - proclame que « telle qu'elle est présidée, elle n'a plus aucune légitimité pour représenter la BD et Angoulême ! » La question de la suite se pose...

Évidemment, face à cette situation, tout le monde fait ce qu’il a à faire. 9eArt+, déniant toute responsabilité dans ces différentes crises, campe sur ses contrats qui courent jusqu’en 2027, mais est, de facto, dans l’incapacité de les exécuter. Son choix est de porter le débat sur le plan judiciaire. La société ne discute plus que par avocats interposés. Aussi sa situation est bien précaire, l’Association du FIBD étant son seul client.

L’Association du FIBD, si l’on lit la déclaration de ses principaux membres sur Facebook (voir ci-dessous), est également dans le déni. Elle est la seule, s’arrogeant cette faculté en l’absence de toute prétention municipale, à déléguer à 9eArt+ une manifestation qu’elle est bien incapable de gérer. Elle est dans la même situation que son partenaire : le jeu de bonneteaux de sa présidente dans le choix d’un prestataire successeur à 9eArt+ lui a fait perdre définitivement toute crédibilité. La lettre ouverte de ses administrateurs en réponse aux propos du maire qui évoque pour la première fois la possibilté d’écarter l’Association du FIBD dans l’organisation d’une manifestation sur la BD à Angoulême, n’apporte pas davantage d’arguments probants qui les créditeraient d’une quelconque compétence.

Des dégâts considérables

Les auteurs et en particulier les autrices (on pense aux 285 signataires du « GirlCott ») qui se réjouissent de leur démonstration de force, doivent se demander qu’en faire au-delà d’une liste de revendications qui dépasse largement le cadre du Festival angoumoisin.

Cet épisode affecte en particulier la bande dessinée indépendante et la petite édition qui perd là une source importante de chiffre d’affaires et de visibilité, alors que le marché est en crise : on parle d’un recul d’au moins 10% au global pour 2025 et de bien davantage pour les petites structures. Or, c’est un des premiers vecteurs de reconnaissance et de notoriété pour les auteurs débutants.

Les éditeurs du Syndicat National de l’Édition qui, comptant sur la période du Festival pour prolonger le chiffre d’affaires des fêtes, se retrouvent certes avec une économie de faite (pour les plus gros, le coût de leur présence oscille entre 100 et 300 000 €) mais aussi avec des sorties qui doivent alors trouver un accompagnement marketing d’urgence. Pas facile à gérer dans un délai aussi court... Les quelques libraires qui tiennent ces stands. L’un d’entre eux nous disait il y a quelques jours : « Je perds là un deuxième mois de Décembre ! » Sachant que c’est le mois le plus important de l’année.

Enfin, le maire et son équipe, dont le mandat est en jeu dans les élections municipales de mars prochain, doit assumer avoir assisté aux premières loges pendant près de deux décennies aux scandales successifs qui ont secoué le FIBD tout au long de cette période. Ils n’ont pas su réagir de façon appropriée à cette accumulation de critiques contre la gouvernance du Festival. L’opposition ne manque pas d’en faire son argument de campagne.

Angoulême 2026 : l'heure de vérité
Frank Bondoux, délégué général de 9eArt+, Gérard Desaphy, adjoint au maire et vice-président du Grand-Angoulême responsable du dossier BD d’Angoulême et Xavier Bonnefont, le maire d’Angoulême lors de l’inauguration du Pavillon espagnol en janvier 2025. La confiance est rompue.
Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)

Voilà où nous en sommes.

Avec quelles conséquences ?

Certains éditeurs pensent que cet événement qui a mis des années à se construire est à l’article de la mort. La Mairie, la Région, les collectivités, l’État… financièrement en crise, vont trouver là, disent-ils, un argument pour réduire leur enveloppe. Quant aux sponsors, ils vont fuir une manifestation à l’image dégradée.

Localement, cependant, des énergies se mobilisent pour relever la manifestation de ses cendres. Après tout, on a bien reconstruit Notre-Dame ! Il est vrai que la marque « Angoulême », ville culturelle reconnue par l’Unesco, et le poids de l’Histoire qui associe la bande dessinée à ce lieu restent ses atouts.

Peut-être faut-il en revenir aux fondamentaux. Le Festival, on vous l’avait expliqué, était le résultat d’une alliance entre des passionnés, un représentant de l’édition et un politique. La dérive de ces dernières années est d’avoir cornérisé les politiques et l’interprofession (les éditeurs représentant les auteurs) au profit d’une association de passionnés (hypothétiques, on ne sait pas trop qui ils sont...) qui délègue l’événement à un professionnel du Barnum qui roule pour sa pomme. C’est ce lien entre le politique et l’interprofession (qui inclut donc les autrices et les auteurs) qui doit être rétabli, quitte à s’appuyer sur la structure permanente de la BD à Angoulême qu’est la Cité de la BD, laquelle est gérée par l’État et les collectivités de façon transparente. Seules ces entités peuvent déterminer utilement une stratégie d’illustration et de défense de la production européenne à l’heure où le Japon, les USA et désormais la Corée restent surpuissants.

Il faut pour cela que les Angoumoisins dépassent leurs rivalités locales et fassent confiance à ces partenaires. Quel que soit le parti qui sortira des urnes dans quelques semaines, c’est le meilleur moyen d’assurer l’avenir et de reconstruire rapidement un Festival rayonnant.

Saviez-vous qu’il y a un roman d’Honoré de Balzac, publié entre 1837 et 1843, qui se passe à Angoulême ? Je le recommande souvent. On y reconnaît bien le haut Angoulême, le plateau, et ses quartiers environnants plus populaires. On y raconte la faillite d’une imprimerie, le système des lettres de change et de la compensation bancaire régionale. Balzac y décrit une ville régie par une vieille noblesse locale, hautaine, décatie, obsédée par le maintien de son rang ; face à elle, une bourgeoisie industrieuse, avide, pragmatique et ambitieuse ; et puis le petit peuple des artisans, des commerçants, des boutiquiers, soumis aux puissances locales...

Son titre ? Les Illusions perdues. On ne va pas en rester là deux siècles plus tard.

Par Didier PASAMONIK

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Angoulême Marché de la BD : Faits & chiffres Angoulême 2026
 
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20 Messages :
  • Angoulême 2026 : l’heure de vérité
    7 décembre 2025 15:18, par Lobo

    En tant que festivalier présent depuis quelques décennies, je me souviens que la délégation du FIBD à 9art est une des conséquences de l’éviction d’E Leclerc. C’en est suivi une très forte augmentation des prix d’entrée, la disparition des expos gratuites, le système de dédicace sur ticket systématique après une première tentative qui avait fait scandale.
    Cette éviction a été voulue par la profession, ou tout du moins pas une partie d’elle... qui semble être aujourd’hui frappée d’amnésie.

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  • "l’interprofession (les éditeurs représentant les auteurs)" et dans la phrase suivante : "l’interprofession (qui inclut donc les autrices et les auteurs)"

    Sauf que l’intérêt des éditeurs n’est pas celui des auteurs.

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  • Angoulême 2026 : l’heure de vérité
    7 décembre 2025 17:27, par Tandry

    Peut-être qu’à cette occasion les auteurices réussiront à ne plus être "représenté-es par les maisons d’édition" mais avoir véritablement droit au chapitre. Ça aurait du sens !

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    • Répondu par Michel Dartay le 7 décembre 2025 à  21:22 :

      Ce qu’il faudrait, c’est qu’il y ait une sorte de festival of , fin janvier 2026, sans le FIBD, D. Groux et F. Bondoux.

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      • Répondu le 7 décembre 2025 à  22:28 :

        Dans une autre ville aussi, et à un autre moment. Pas idiot, ça, non ?

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        • Répondu par Capitaine Kérosène le 8 décembre 2025 à  10:06 :

          Tout à fait d’accord !
          Cela fait des années que j’espère ça.

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          • Répondu le 8 décembre 2025 à  13:37 :

            Oui ! Ailleurs, à un autre moment et il faudrait que ce ne soit pas un festival de BD non plus !

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        • Répondu par cagouillr le 8 décembre 2025 à  14:18 :

          Lamentable de "piquer" un festival. Lameentable de briser l’économie d’une ville de province. Lamentable d’etre auusi meprisant. Il n’y a pas que PARIS en France.

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          • Répondu le 8 décembre 2025 à  21:35 :

            Je crois que ça n’a jamais été l’aspect "province" de la ville d’Angoulême qui gênait qui que ce soit. La BD et Paris ça a toujours fait deux. La BD est présente en régions tous les week-end un peu partout, pas de raison de remettre ça en cause sous prétexte qu’on a coupé les branches pourries du FIBD.

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            • Répondu par Michel Dartay le 13 décembre 2025 à  18:24 :

              Exact, par exemple, après le salon SOBD du weekend dernier à Paris, il y a un mini-salon à la Garenne-Colombes ce weekend, avec notamment Frank Margerin. C’est à la Médiathèque, entrée gratuite !

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          • Répondu par Michel Dartay le 13 décembre 2025 à  18:27 :

            Exact, il y a aussi Saint-Malo, Blois pour ne citer que les plus fréquentés. Et encore une centaine d’autres, beaucoup moins médiatisés, mais avec ambiance sympa !

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  • Sans épiloguer… Il semblerait que contrairement à beaucoup d’autres, les murs d’Angoulême n’aient pas d’oreilles. Car ce n’est pas depuis janvier 2025 que retentissent les cris d’alerte. Il y a plus de dix ans que les observateurs attentifs et participants assidus s’inquiètent des dérives de la société 9eArt+ et de son poisson pilote l’Association FIBD. Cour des comptes, burn-out, brutalité managériale chaque année plus désinhibée, gestion de plus en plus autocratique, tentatives de pressions financières accrues à l’encontre des éditeurs, augmentation irrationnelle du prix des entrées et surtout opacité de certains circuits de financement. Tout ceci était sur la place publique depuis longtemps, connu aussi bien des habitants que des autorités locales. La nouveauté de la dernière édition est sans aucun doute l’affaire Chloé-Élise qui a réveillé la strate cruciale de tous les festivals, celle des auteurs et autrices. Dès lors, plus rien n’a été comme avant. Là, où en d’autres temps, quelques mesures cosmétiques et cajoleries à l’endroit des éditeurs auraient suffi à calmer le jeu, la détermination des particules élémentaires a interdit que la rivière retourne dans son lit. C’est peut-être une victoire à la Pyrrhus, mais c’est la seule qui ait réussi à débarrasser le festival du mal qui le rongeait. A cet égard, la lettre consternante des membres de l’Association que vous publiez est particulièrement éloquente. Le poisson pilote s’y exprime comme s’il était le requin, alors que chacun sait qu’il n’a été tout au long de ces décennies que l’auxiliaire des manœuvres d’un seul homme qui, certes, à ses débuts a réussi de grandes choses, mais qui au fil du temps n’a plus contrôlé son hubris. Les justifications calendaires, les piaillements victimaires, les explications pâteuses sur la gestion du faux appel d’offre, sont pathétiques et en disent long sur l’impuissance absolue de ce "machin" sans cap ni pouvoir. Maintenant, les premiers sur la sellette pour renflouer ce Titanic - incapable en dix ans, d’éviter l’iceberg - sont les pouvoirs publics. Nous allons voir s’ils arrivent à s’accorder entre eux pour donner ses chances à une renaissance, souhaitée je crois par tous les acteurs de cet indispensable sabordage. S’ils y parviennent nous serons, auteurs, éditeurs et, je l’espère financeurs privés, résolument à leurs côtés.

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    • Répondu le 8 décembre 2025 à  08:27 :

      Après ce boycott historique, quels financeurs privés pourraient avoir envie de relancer la machine ?

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      • Répondu par JLF le 8 décembre 2025 à  18:37 :

        Si votre question n’est pas que rhétorique : tous les financeurs sincères et honnêtes qui n’ont rien à redouter des premiers intéressés, les auteurs et les éditeurs.

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        • Répondu le 8 décembre 2025 à  21:33 :

          La SNCF, Leclerc et la Caisse d’Epargne ne reviendront pas… la FNAC ne viendra plus, les dernières fois c’était RAJA, et enfin QUICK… Avant de bousiller le Festival, fallait penser un peu sponsors privés quand même. Je serai curieux de voir qui oserait investir dans le FIBD maintenant. Et pour gagner quoi ?

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          • Répondu par JLF le 8 décembre 2025 à  23:34 :

            C’est bien ce que je pensais. Ce n’était pas une question. Juste une façon de distiller votre fiel. Peut-être faites-vous partie de ceux qui, année après année, ont détruit le festival.

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            • Répondu le 9 décembre 2025 à  08:22 :

              Non, je fais partie de ceux qui pensent qu’il fallait obtenir la tête de Bondoux sans détruire le festival. Faire de la politique, quoi, au lieu d’exprimer une fois de plus un désir de pureté.

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              • Répondu le 9 décembre 2025 à  09:38 :

                En outre, je ne vois pas où serait le "désir de pureté". Si vous parlez de ce qui a déclenché l’ire d’une génération d’auteurs et d’autrices, c’est à mes yeux la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

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                • Répondu le 10 décembre 2025 à  00:12 :

                  Ce qui était gravissime, c’est l’affaire du viol. C’est bien plus qu’une goutte d’eau. Pour le reste, le désir de pureté, c’était de vouloir tout obtenir au risque de rendre la manifestation impossible dès janvier. Il fallait conditionner la venue des éditeurs et des artistes au départ de Bondoux. Ça aurait été un bon début.

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                  • Répondu le 15 décembre 2025 à  13:10 :

                    Décidément,les conseilleurs…Que n’étiez-vous là au moment de la bataille pour nous éclairer de vos conseils avisés !

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