Bon
22 octobre 2024
Dans À la ligne, Joseph Ponthus nous raconte sans pathos, sans jugement non plus, ses mois de travail à la chaîne, lui, un ancien khâgneux et travailleur social que rien ne prédestinait à ce travail. Sauf que, pour suivre sa femme et contribuer à l’économie du couple, il lui fallait accepter ce type de travail, qui laisse le cerveau au repos et n’interdit pas les vagabondages littéraires. Nous voilà donc plongés dans l’agro-alimentaire breton (le porc bien sûr, mais aussi les poissons qu’il faut laver, trier, mettre en boites, porter, peser et ranger).
Ce livre a connu un grand succès et a même été récompensé par plusieurs prix, dont celui du Grand Prix RTL-Lire. Après la musique et le théâtre, c’est au tour de la BD de s’y colleter, avec Julien Martinière à la manoeuvre. Pas facile d’adapter un texte à la scansion particulière, sorte de long poème en prose.
Le mieux était en effet de se le réapproprier, de l’adapter, c’est-à-dire utiliser les moyens de son medium pour dire autrement. Dessiner permet par exemple de donner vie au monde de l’usine, décrit ici avec précision quand, dans le roman, c’était beaucoup plus elliptique. Cela permet aussi de voir de très belles scènes oniriques, dans lesquelles le travail devient un combat (les ouvriers sont parfois représentés comme une armée de soldats), et où les poissons deviennent des monstres, comme si on était en enfer.
Impossible de tout reprendre non plus, notamment les propos émouvants de Ponthus sur le cancer de sa mère quant on sait ce que c’est cette même maladie qui l’emporté à seulement 42 ans.
D’un point de vue scénaristique, c’est là où le bât blesse un peu, car ce qui passe bien à l’écrit, devient vite une succession de scènes un peu répétitives, sans progression véritable. Fort heureusement, nous sommes servis par les dessins de J. Martinière. Ce dernier utilise un très beau crayonné en noir et blanc, très précis, et qui nous donne vaut de très belles planches parfois pointillistes. Les scènes nocturnes sont, à cet égard, tout à fait remarquables.
Au total, voici un ouvrage original, à lire, tout comme le roman de Ponthus bien sûr.
Par Philippe LEBAS
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