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Bartosz Sztybo emmène le lecteur dans une double trame : les faits dépeints par Amad Mir de planche en planche, et un monologue dont on ignore tout de l’auteur jusqu’au mot final. À la fois étrange et poétique. Le lecteur ne manquera pas de se perdre dans la prose digne d’une lettre d’adieu et le ton direct employé lors des différentes rencontres du "Sorceleur" dans le village de Badreine en Poviss.
La vie y est, étrangement, idyllique. Grâce, sans aucun doute, à la bourgmestre tout aussi suspicieusement adorée aux yeux de Geralt. L’existence même, dans ce coin entouré de villes toujours de plus en plus appauvries, n’est pas naturelle. Et alors que notre héros est engagé par cette dame affable pour combattre des monstres survenus ces derniers temps sans raison apparente, l’homme est bien déterminé à trouver la faille dans ce gouvernement trop parfait pour être vrai. Et si le mystère résidait dans la tour du mage des lieux ?
Les auteurs présentent une nouvelle aventure du Sorceleur empreinte d’une certaine nostalgie. "Souvenirs Lointains" pour qui ? Geralt de Riv qui envisage de changer de vie faute de missions à relever ? Ou encore pour le pêcheur qu’il rencontre sur la côte avant de rejoindre Badreine ? Il est clair toutefois que la narration poétique, éloignée du récit proprement dit, laisse envisager toutes les possibilités, même les plus saugrenues comme ces Brumelins, espèce de gobelins, qui non contents de s’en prendre aux enfants du village, s’avèrent dotés de la parole…
Pourtant le peuple ne semble pas plus effrayé que cela. Ils vivent en toute insouciance, mangent à leur faim et accordent toute leur confiance à la bourgmestre et son mage pourtant cloîtré dans sa tour impénétrable. Une tour qui révèle, à l’instar des décors architecturaux de ce village, toute la géométrie du graphisme de Amad Mir. Des lignes, des droites… très peu de courbes et encore moins des naturelles, figeant les protagonistes dans des poses et des rictus robotisés plantés là, dans ces cases sombres et pesantes. Dans ce Badreine fleurissant, seule la nuit semble être le maître mot, éclairée tantôt par un crépuscule, tantôt par des torches.
Autant dire que si le scénario de Bartosz Sztybor suscite un quelconque intérêt, le style graphique est loin d’être aussi prometteur que celui en couverture, signé Evan Cagle. Alors le lecteur suit l’intrigue, comprend les encarts poétiques d’une lettre et c’est sans réel plaisir, si ce n’est celui de découvrir une nouvelle aventure de Geralt de Riv, tant adulé dans les jeux que la série télévisée, que cet ouvrage se referme…
Par Marc VANDERMEER
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The Witcher T. 3 : Souvenirs lointains. Scénario : Sztybor Bartosz. Dessin : Mir Amad. Editeur : Urban Comics. Sortie : le 8 octobre 2021. Prix : 15 euros.
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