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Bon
3 septembre 2025
L’Orient, à feu et à foi
En 1248, le roi Louis IX, bientôt canonisé sous le nom de Saint Louis, prend la mer depuis Aigues-Mortes, cap sur l’Égypte. Il ne part pas seul : à ses côtés se tiennent l’élite de la noblesse française — les comtes d’Artois, de Poitiers, de Flandre — ainsi que son épouse, Marguerite de Provence. Son objectif : libérer Jérusalem du joug musulman en s’attaquant au cœur stratégique de l’Islam ayyoubide, l’Égypte.
Les premiers mois, la croisade brille par sa rigueur morale et sa discipline. À Chypre, les croisés préparent leur offensive. En juin 1249, ils s’emparent de Damiette, victoire aussi fulgurante que trompeuse. Louis IX s’installe dans la ville, mais tarde à marcher sur Le Caire. L’armée, affaiblie par la chaleur et la dysenterie, s’enlise. En avril 1250, à Mansourah, c’est la débâcle : le frère du roi, Robert d’Artois, se précipite dans un piège et périt avec ses hommes. Louis IX est capturé par les Mamelouks. L’humiliation est totale. Le roi ne recouvre la liberté qu’après une rançon colossale et l’abandon de Damiette.
Joinville, mémoire fidèle d’un désastre
C’est ici qu’entre en scène Jean de Joinville, seigneur champenois, chroniqueur et ami fidèle du roi. Sans chercher à se mettre en avant, il livre un témoignage d’une rare sincérité dans son Histoire de Saint Louis. Loin de l’épopée triomphante, il raconte les souffrances du quotidien, les tensions internes, le courage du roi, mais aussi ses erreurs d’appréciation. Joinville ne masque rien : ni la lassitude des chevaliers, ni les doutes religieux, ni les failles de la stratégie royale.
Après sa libération, Louis IX ne rentre pas immédiatement en France. Il prolonge son séjour en Terre sainte jusqu’en 1254, tentant de renforcer les places franques de Tyr, d’Acre et de Césarée. Son souci de paix, son respect de la parole donnée et sa volonté de restaurer les forteresses chrétiennes contrastent avec l’échec militaire cuisant. Revenu en France, il en sort grandi, presque sanctifié. Mais la croisade, elle, laisse un goût amer : celui d’un rêve brisé par le réel.
Aujourd’hui encore, cette aventure du XIIIᵉ siècle inspire historiens et artistes. Par le miracle du neuvième art, l’album Saint-Louis et la 7ᵉ croisade ressuscite cette épopée chevaleresque, s’appuyant sur la plume altière de Joinville. Une fresque étonnante signée Robert Paquet, généralement plus habitué à dessiner Michel Vaillant ou Les 24 h du Mans, que ces campagnes où se mêlent panache, piété et péril dans la poussière des routes d’Orient. Toutefois, au fil des pages, le trait semble plus rapide et moins précis, gâchant quelque peu le plaisir visuel qui résulterait de cette lecture.
Par Jessy LEMESLE
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Saint-Louis et la 7e Croisade, de Robert Paquet, Edition Plein vent, 16,90 €