Excellent
15 juillet 2025
L’album s’ouvre sur un braquage qui a mal tourné et dont nous ne connaissons pas les détails. Nous retrouvons alors le criminel contraint de se planquer dans un hangar abandonné avec une possible monnaie d’échange : un otage. Le visage dissimulé, vêtu du costume de Robin, et attaché à un pilier, la victime engage la conversation avec son bourreau. Un récit s’engage alors afin d’illustrer les conséquences de nos choix individuels et la variété des possibles qui s’offre à nous, surtout lorsqu’on n’a pas eu la chance de naître au bon endroit.
La fable dont les mots s’égrènent dans les échos de l’entrepôt relate l’histoire d’un roi qui protégeait ses terres aux côtés de ses fils adoptifs et de son fils de sang. Il s’agit bien évidemment de Batman protégeant Gotham City avec l’aide de la famille Wayne : Dick Grayson (Nightwing), Jason Todd (Red Hood), Tim Drake (Red Robin), Damian Wayne (Robin) et Barbara Gordon (Batgirl). Chacun de ces fils incarne une dimension de l’éducation et de l’instruction que Batman a dispensées, mais aussi une émancipation et la construction d’une identité nouvelle. Une parabole sur la manière pour chacun et chacune de trouver une place dans une famille, et plus généralement dans la société qui n’en est qu’une forme élargie.
Damian Wayne est ici celui qui doit trouver sa place. Le fils prodige, le fils de sang, formé par la redoutable ligue des Assassins, est un tueur né. Un talent en complète opposition à la philosophie de Batman. Robin, qui n’est qu’un enfant, veut satisfaire ce père qui l’a recueilli sur demande de sa mère, de la même manière qu’il recherchait constamment l’assentiment de son grand-père, Ra’s al Ghul.
Il éprouve de la jalousie vis-à-vis de ses frères qui agissent comme des miroirs déformants, y percevant des qualités qu’il n’a pas et des défauts qu’il juge trop lourds pour supporter le regard du protecteur de Gotham. Heureusement, son sentiment d’échec se trouve nuancé et questionné par le destin de Red Hood vers lequel il décide de se tourner alors que la ligue des Assassins menace le monde.
Afin de porter ce récit, Juni Ba réalise des planches d’une grande force graphique grâce à un dessin très stylisé et qui témoigne d’une assimilation réussie d’influences diverses. Parmi elles, on peut retenir un usage du noir et de l’encrage qui rappelle des pratiques de Mike Mignola, mais aussi une dimension cartoonesque à la Bruce Timm. L’aspect fabuleux du récit est soigné grâce aux choix graphiques qui jouent constamment sur l’évocation et le merveilleux.
Ce choix est renforcé par la dimension religieuse et symbolique apportée aux personnages de la ligue des Assassins, dont Damian Wayne lui-même, au puits de Lazare, ainsi qu’aux récits les mettant en scène. La couverture de l’album représente le portique d’une potentielle Cathédrale qui comprend des statues de saints, dont Nightwing et Batgirl, avec au centre Robin et une tête de démon. Une référence au surnom de son grand-père Ra’s al Ghul, le démon. Une couverture qui interroge donc la capacité du petit-fils du Diable à se muer en fils de Dieu (Batman) afin de siéger à sa droite, voire dans une optique de transsubstantiation, à prendre sa place.
On ne peut que saluer la qualité du récit et de l’illustration, tous deux portés par Juni Ba. Les couleurs de Chris O’Halloran viennent enrichir et magnifier ce travail sur Robin. Un récit qui traite intelligemment de thématiques pourtant déjà explorées par d’autres. Un excellent moment de lecture mené d’une traite et porté par une narration qui vous happe. Nous insistons par ailleurs sur le fait que ce one-shot est accessible aux lectrices et lecteurs confirmé(e)s comme novices dans l’univers de la Bat-famille.
Avec cet album, l’auteur sénégalais confirme toute l’étendue de son talent et s’impose comme un auteur de référence que les lectrices et les lecteurs, convaincu(e)s par ses albums (Ma vie avec le capitaine Nemo, Monkey Meat, Robin - The Boy Wonder…), doivent suivre dans les années à venir. Souhaitons que ce travail sur l’univers de Batman en enfante d’autres et que les projets de Juni Ba continuent de nous ravir.
Par Romain GARNIER
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Robin, The Boy Wonder - Par Juni Ba - Éd. Urban Comics - 184 pages - 18.7 x 1.7 x 28.2 cm - 11 juillet 2025 - 20,50€.