Un conseil : ouvrez les cahiers et prenez des notes, car la rentrée des éditions Dupuis s’annonce on ne peut plus chargée. Pour l’heure, attardons-nous sur ce sacré morceau qu’est le rayon jeunesse. En prenant la température, on constate que cette rentrée est portée par les grands héros et autres têtes d’affiche, entre réédition et nouvelles aventures, ne laissant finalement que peu de place aux one-shots.
Cette rentrée jeunesse démarre sur les chapeaux de roues le 5 septembre avec la plutôt prolifique série de Midam et sa troupe tonitruante quoique muette : Game Over. Un 24e tome aux accents British si l’on en croit son titre : “Fish & Ships”, mais qui promet un humour toujours aussi universel. Comme d’habitude ; le gore gentillet guette le lecteur au coin de la page.
En parallèle, sort le premier tome d’une toute nouvelle série : Max et Cornélius, de Franck Soullard et Alec Veniel. Max, 11 ans, débordant d’imagination mais, freiné par une timidité tout aussi grande, est recueilli par son oncle, un gardien de musée. Là, il découvre un tableau ancien mettant en scène un pirate redoutable. Soudain, la frontière entre rêve et réalité s’efface : happé dans la toile, Max va s’embarquer aux côtés du pirate, Cornélius, à la recherche de son légendaire trésor. Un duo diamétralement opposé et assez inattendu qui sort du cadre classique, mais rentre dans le tableau. Ce qui ne manque pas de piquer notre curiosité.
Le 12 septembre paraîtra le 10e tome de Le Royaume, série médiévale au trait expressif capable de nous muscler les zygomatiques, signée par l’auteur et animateur Benoît Feroumont. On y suit une fois encore la jeune Anne, tavernière de profession et accessoirement petite protégée du roi qu’elle servait auparavant. Alors que Cécile, la fille de ce dernier, est sur le point de se marier, l’heure est aux réjouissances. Notamment pour Anne, qui a toujours été proche de la princesse. Mais par-dessus tout, ce mariage est l’occasion rêvée pour la jeune femme de relancer sa taverne. Mais c’est sans compter sur l’exécrable reine, toujours aussi maladivement jalouse d’Anne. Elle s’inscrit dans l’archétype des marâtres de contes de fées et ne trouvera le repos que quand Anne sera éliminée. Cette nouvelle aventure, toujours entre tension et humour, s’inscrit dans la continuité directe de l’album précédent Le Complot de la reine, qui s’achevait sur un cliffhanger haletant.
Elle vient clore le diptyque Le Royaume de Blanche-Fleur — titre de l’album spécial publié en 2019, qui regroupait à l’origine ces deux chapitres. Un album qui avait eu du mal à l’époque à trouver son public. Au format classique, Dupuis va conclure son parti de la deuxième chance.
On continue avec le personnage titre des éditions Dupuis, leur petit protégé, mais grand aventurier : Spirou. Après le retrait des rayons de Spirou et la gorgone bleue de la collection “Le Spirou de…”, un an après sa sortie suite à une polémique que nous avons déjà abordée en large et en travers, les éditions Dupuis renouent avec le style Franquin avec la collection “Une aventure classique de Spirou et Fantasio”. Après avoir illustré “Spirou chez les Soviets”, le dessinateur Fabrice Tarrin s’associe cette fois-ci avec Lewis Trondheim au scénario pour “Le Trésor de San Inferno”. Dans cette nouvelle aventure de cette série toute fraiche qui se veut revenir aux sources, Fantasio pense - une fois de plus - tenir un scoop. Direction l’Amérique centrale et son village isolé de San Inferno, avec Spirou, bien évidemment, pour une chasse au trésor qui va nous emporter dans les profondeurs des catacombes. Si Seccotine n’est - comme toujours - jamais bien loin, même le Marsupilami est de la partie dans cette aventure à découvrir le 26 septembre.
Le phénomène Louca revient avec un 12e opus intitulé…Phénoménal. Une série toujours signée Bruno Dequier. Louca l’a montré à maintes et maintes reprises : c’est un de ces mordus de foot, un vrai passionné. Seulement, il y a un hic : le gringalet démarre avec un niveau d’une médiocrité sans nom. Si tout le monde commence bien quelque part et que nul n’a été en haut du podium avant de se ramasser sur le terrain, Louca, lui, est une catastrophe vivante. Maladroit, habitué aux tendances fabulatrices, le jeune homme va cependant recevoir le coup de main d’un joueur hors pair nommé Nathan, qui apparaît un peu comme son reflet inversé. Seulement, voilà, Nathan grignote en réalité les pissenlits par la racine. En d’autres termes, il est mort. C’est d’un revenant que Louca reçoit de l’aide. Le décor est posé pour une série mouvementée entre compétition, épreuve et dangers. Qui aurait imaginé un instant que Louca serait par la suite poursuivi par un tueur à gage et devrait même partir en exil ?... De retour, plus fort que jamais, le jeune sportif se concentre désormais sur la compétition dans ce 12e tome. Les toutes dernières secondes de match seront décisives. Une série pour les fans de foot, qui conquis indéniablement un public plus large. La couverture électrique annonce en tout cas une confrontation qui le sera tout aussi. À découvrir le 3 octobre.
À la même date, Léon Mare, auteur habitué de la BD alternative, fait son entrée au catalogue Dupuis avec Euy. Un one-shot (semble-il), pour changer un peu dans ce programme. On y suit une jeune fille prénommée Euy (titre !). La question ne serait pas tant où, mais quand : à la préhistoire, plus précisément durant le Néolithique. Période où se seraient mis en place les premiers villages. La jeune fille aux yeux vairons vit heureuse aux côtés d’un dénommé “Lance”, un chasseur (ce qui n’est pas étonnant avec un tel blase).
Seulement voilà, lorsque son protecteur disparaît, Euy se retrouve seule et rejetée de par la communauté. Seulement, elle va faire la rencontre d’un étrange sorcier qui lui propose son aide pour ramener à la vie son protecteur. Euy accepte de le suivre, persuadée d’avoir besoin de lui… à moins que ce ne soit plutôt l’inverse. Une idée qui laisse présager une quête initiatique d’émancipation, peut-être. Cette BD s’inscrit dans le récent label Les Ondines, qui propose des “romans graphiques” adressés aux jeunes lecteurs.
On continue avec une valeur sûre : Dad. La série à la galerie de personnages pour le moins atypiques rempile pour un 12e album ce 10 octobre. C’est toujours un plaisir de retrouver ce tendre père célibataire et son quatuor de filles de mères différentes. Après un album on ne peut plus nostalgique, l’heure est au changement, notamment en ce qui concerne les filles, Panda, Ondine, Roxane et Bérénice. Il faut dire que l’auteur Nob, sait depuis le début faire évoluer les personnages de sa série gaguesque qui n’en perd pas pour autant sa recette efficace de douce tranche de vie humoristique.
On le sait, cela fait bien un moment que les influences du manga dépassent les côtes de l’archipel du pays du Soleil Levant. C’est le cas de la série Kyle Travel de Marco Russo et Alessio Zonno. On y suit un jeune homme nommé Kyle qui est subitement enlevé par des extraterrestres pour devenir un redoutable combattant. Et, contrairement à Elio du dernier film Pixar (qui résonne quelque peu avec cette BD) qui cherchait désespérément à se faire embarquer par des aliens, la situation de Kyle n’est pas de son fait. Il n’a qu’une seule idée dans ce troisième opus à retrouver le 24 octobre : rentrer chez lui et retrouver sa sœur. La couverture, beaucoup plus axée dans l’action et la tension que les deux premiers opus, donne le ton.
Le même jour, c’est le 21e tome de Kid Paddle qui envahit les rayons BD. Midam a encore frappé pour cette rentrée. Même si, dans l’histoire ; il flânerait plutôt au rayon jeux-vidéo. L’éternel gamer, accro aux consoles et jeux d’arcade est fidèle au poste, avec Horace et toute la bande. On regrettera simplement une couverture assez convenue, sans grande originalité à l’échelle de la série. Le titre, Zombie or not to be, détourne bien sûr la fameuse réplique de Shakespeare, « To be or not to be ». Quant au contenu, saura-t-il convaincre la rédaction ? That is the question.
On l’attendait de pied ferme, le deuxième tome de Retour à Neverland qui arrive ce 31 octobre, après avoir été repoussé. Les Américains Tom Taylor et Jon Sommariva poursuivent leur sequel aussi moderne que libre du classique Peter Pan de J. M. Barrie. Lors de cette première aventure un groupe d’enfants démunis voyait son quotidien bouleversé et se trouvait emporté dans une aventure épique hors du temps (littéralement). Le final nous laissa quelque peu troublés. Si on a été gâté par plusieurs aspect de la BD, il n’était en revanche pas chose aisée d’esquisser une quelconque théorie de suite. À bon entendeur, le rendez-vous est pris. Une version de l’univers de Barrie, façon super-héros. Ce qui n’est pas étonnant quand l’on sait que les auteurs ont l’habitude de piloter des comics tels que Superman et X-Men.
Pour les plus jeunes et les grands enfants, Céline Fraipont et Pierre Bailly reviennent avec leur mignon Petit Poilu, pour un 32e album. Seulement quatre mois après le précédent. On ne les arrête décidément pas. Ironie du calendrier : les histoires de Petit Poilu s’ouvrent toujours sur le chemin de l’école, qu’il n’atteint jamais vraiment. Pas étonnant, en somme, qu’il débarque le 14 novembre en librairie. Une fois encore, le bonhomme hirsute égaré va se faire de folles rencontres. Arrivé dans une forêt où la pluie tombe avec une force incessante, Petit Poilu doit se trouver un abri. Seulement, aucun ne lui convient. Avec ses nouveaux amis, il entreprend alors la construction d’une maison. Une histoire muette, dans la tradition de la collection, qui présage un message d’entraide et d’affirmation de sa singularité.
Et du côté des intégrales ?
Prisé notamment des collectionneurs et des nostalgiques, on ne peut passer à côté des best of, des intégrales et des autres hors-séries. les intégrales remplissent aujourd’hui une fonction nouvelle : « celle d’être le dépositaire de la mémoire et de la culture du 9e art... » , remarquait notre confrère Didier Pasamonik. Paraissant en fin d’année chez Dupuis, nul doute qu’ils finiront au pied de nombreux sapins.
Le 17 octobre, c’est un hors-série Gaston Lagaffe qui sort. Le 8e de la collection. Un recueil de gag intitulé "L’Amour de Lagaffe", qui met à l’honneur mademoiselle Jeanne, ou comme dirait Gaston avec sa cool attitude habituelle "m’oiselle Jeanne". Un coup de projecteur sur la relation platonique - au grand dam de l’intéressée ! - des deux employés de bureaux. Un album empli d’une douce tendresse maladroite, qui aurait très bien pu sortir à l’occasion de la Saint Valentin. Les éditeurs gaffent aussi... Par ailleurs, il s’agit de la réédition du best-of de 2011 paru chez Marsu Productions, avant que le label ne tombe sous la coupe de Dupuis.
Pour la première fois, la série L’Agent 212 de Cauvin et Kox paraît dans ce format. Le premier, à paraître le 31 octobre, reprend en couverture celle du deuxième tome de la série, Au Nom de la loi. L’intégrale comprend d’ailleurs les quatre premiers albums : 24 heures sur 24, Au Nom de la loi, Sens interdit et Voie sans issue. L’occasion de redécouvrir le maladroit Arthur Delfouille, l’agent de police 212 et son supérieur, le colérique commissaire Raoul (encore un) Lebrun.
Après le décès de son scénariste Raoul Cauvin en 2021, cette sortie peut être vue comme un bel hommage rendu à cette œuvre. Et dire que la série, née dans Spirou, ne devait pas durer à l’origine...
Pendant ce temps, Lucky Luke, le cow-boy solitaire, poursuit son bout de chemin dans l’Ouest dans une 7e intégrale regroupant les albums signés René Goscinny : Les Rivaux de Painful Gulch, Billy the Kid et Les Collines noires. Le tout, toujours agrémenté des commentaires éclairés du couple Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault. La couverture de cette intégrale reprend une illustration initialement esquissée par Morris en 1962 pour Les Rivaux de Painful Gulch, mais refusée à l’époque en raison du contexte de répression visant à protéger la jeunesse, du fait du caractère violent et sévère de l’image. Lucky donne rendez-vous le 14 novembre en librairie. Nul doute que le cow-boy le plus rapide du Far Wst y sera avant nous.
Voilà qui conclut cette prise de température qui annonce un automne riche en aventures mouvementées.
Par Rémi BARNAULT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion