Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
En France, on a l’habitude de voir des auteurs de BD se lancer dans l’Art avec un grand A – celui pour lequel les critiques s’extasient et les grandes fortunes dépensent des millions – entre les sculptures de Philippe Geluck, les planches originales dans les galeries et les ventes publiques, les tirages limités ou encore les « tirages de tête » collector.
Mais au Japon, la situation est radicalement différente. Il est très difficile pour des mangakas de devenir des Artistes (toujours avec le grand A) car le manga est vu avant tout comme un produit de consommation culturelle, et non une œuvre d’art. Le gouvernement japonais joue également de son influence sur le sujet, car il considère les mangas essentiellement comme un produit de consommation de masse, ce qui est bien plus rentable du point de vue fiscal pour l’État. Et oui, avec 14 000 nouveautés par an, l’industrie du manga est bien plus commerciale qu’artistique !
C’est là que le ReVibes Project entre en jeu. En raison de ce peu de considération artistique, les auteurs et les personnages iconiques du manga sont restés largement absents du paysage artistique contemporain. On a bien eu quelques collaborations, principalement avec des marques de vêtements – on se souvient de la collection Gucci X Hirohiko Araki X Spur – mais jamais vraiment d’événement-piédestal qui légitimise les personnages de d’animation et de manga comme des créations artistiques marchandes à part entière. D’où ce projet, né de la collaboration entre Toei Video et Tangle, qui ont mandaté l’artiste Kosuke Kawamura pour réinterpréter le personnage de Cobra, né sous la plume de Buichi Terasawa, ancien assistant du maître Tezuka, dans une forme de Pop Art du XXIe siècle.
Sans chercher à reproduire des affiches ou des cases de manga telles quelles, l’artiste a intégré le personnage de Cobra dans sa propre démarche artistique. Il a ainsi créé deux œuvres, chacune limitée à trois exemplaires. La première est un collage représentant plusieurs personnages de la série, intégrés à la crinière ébouriffée du héros. Détail intéressant à noter, le collage est réalisé en utilisant des toiles métalliques à effet miroir : selon l’angle de vue, l’œuvre change légèrement. La seconde pièce relève du « shredder art », un style en relief visant à reproduire le résultat d’une déchiqueteuse à papier. Rassurez-vous, l’œuvre n’est pas qu’un amas de bandelettes de papier, elle est déployée sur une toile en aluminium surmontée d’une plaque acrylique. Le résultat est assez psychédélique.
Mais dans la démarche, le commerce reste la principale motivation et une manière de consolider les licences, en leur donnant une seconde vie à travers l’Art contemporain et créant des œuvres qui capitalisent sur la nostalgie. La collaboration entre Toei Video et Tangle se conclut par une vente publique.
Les œuvres seront mises aux enchères au fur et à mesure sur la plateforme de SBI Art Auction. Une première vente a eu lieu ce 4 juin 2026, mais tous les tirages n’ont pas été vendus en une seule fois. Les enchères suivantes n’ont pas encore été annoncées. Attention, bien que la vente ne se soit pas faite « en gants blancs », la demande reste forte : les candidats-participants aux enchères sont tirés au sort !
Les enchères se déroulent en personne et en ligne, en s’inscrivant sur le site officiel. Cette mise aux enchères étant la première de sa catégorie, il est évident qu’elle servira de modèle pour la suite.
Et ensuite ? Avec le ReVibes Project, Toei Video et Tangle ouvre une sacrée perspective dans le monde du manga où les planches originales restent rares en raison d’une législation japonaise à la fois sourcilleuse et floue. La volonté du ReVibes Project semble être de créer une passerelle avec le marché international, une opération soigneusement contrôlée par les ayants droits japonais. Une démarche finalement pas très éloignée de certaines initiatives européennes, comme celle d’Art Strips sur les licences Astérix, Buck Danny, Michel Vaillant ou encore Largo Winch.
La mécanique est subtilement conçue : les œuvres sont créées et vendues au compte-goutte pour garder des prix et une demande élevés. Les deux entreprises ont déjà annoncer préparer une suite avec un nouveau dialogue entre licence connue et artiste contemporain, sans donner plus de détails. À voir si cette première mise aux enchères aura du succès.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion