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Nicole Claveloux dévoile un nouveau pan de l’érotisme dans "La Belle et la bête"

Par Charles-Louis DETOURNAY Favori de la rédaction 30 novembre 2025 
Plus de vingt ans après sa première édition, La Musardine remet au goût du jour l'un des trois ouvrages érotiques de Nicole Claveloux. Fauve d'honneur du FIBD d'Angoulême 2020, Claveloux est une figure incontournable de la bande dessinée (et de la peinture) de ces cinquante dernières années. Celles et ceux qui la connaissaient surtout pour son implication dans la littérature enfantine et dans les magazines révolutionnaires tels que Charlie Mensuel, Ah Nana ! et Métal Hurlant, seront sidérés de découvrir ce nouveau pan de son extraordinaire talent.

À n’en pas douter, Morceaux choisis de la Belle et la bête s’impose d’embllée comme la réédition patrimoniale (et incontournable) de l’année ! Tout d’abord parce que la grande majorité du public actuel n’a sans doute jamais eu connaissance de sa première édition, parue en 2003. Et puis parce qu’il permet de dévoiler les talents de la grande Nicole Claveloux dans le domaine de l’érotisme. Car, outre la fabrication de l’ouvrage et le talent indéniable de son autrice, le ton de l’ensemble reste d’une étonnante modernité, démontrant même son intemporalité par le biais de ce conte dont les origines remontent aux débuts de notre ère.

Nicole Claveloux dévoile un nouveau pan de l'érotisme dans "La Belle et la bête"
Stéphane Beaujean aux côtés du prix d’honneur de la cérémonie FIBD 2020 : Nicole Claveloux.
© Cédric Munsch, ActuaBD.

Mais avant d’en parler, laissons d’abord Nicole Claveloux elle-même nous expliquer comment elle s’est passionnée pour cette thématique, ce qui ne manque pas de surprendre lorsqu’on sait qu’elle est l’une des figures incontournables de la littérature enfantine. « Depuis longtemps, j’ai souvent ressenti l’envie de réaliser des dessins plus ou moins érotiques, nous explique-t-elle, mais auprès d’éditeurs « jeunesse », il n’y avait pas de « créneau » ! Cette envie est devenue plus forte après l’an 2000. Et après avoir illustré « La Belle & la Bête », le conte de Madame Leprince de Beaumont, pour l’éditeur Christian Bruel aux Éditions Être en 2001, j’ai fait une sorte de suite pour les adultes — pratiquement dans le même style et avec les mêmes personnages, car j’avais beaucoup aimé l’atmosphère du premier livre ! »

Et de continuer : « J’avais vu “La Belle et la Bête” de Jean Cocteau quand le film est sorti, ou presque, en 1947, je crois. Ça m’avait énormément plu, j’avais pleuré sur la pauvre bête qui mourait seule… J’ai donc été ravie d’illustrer le conte, puis une version érotique. Christian Bruel m’a trouvé un éditeur pour cette dernière version : Henri Labbé, qui a aimé et l’a publiée en 2003 chez Éden Éditions. Et comme il risquait d’y avoir une petite confusion chez les libraires, on l’a appelé “Morceaux Choisis de la Belle & la Bête”. »

Elle continue de nous expliquer : « J’ai toujours aimé les parodies et, après La Belle et la Bête, j’ai fait un deuxième livre érotique dans une atmosphère à la Arsène Lupin : « Confessions d’un monte-en-l’air » (avec Marcel Lerouge) chez Folies d’encre en 2007, et un troisième en utilisant les contes de fées : « Les contes de la Fève et du Gland » (avec les textes de Charles Poucet), également publié par Jean-Marie Ozanne en 2010... Puis mes envies de dessins “érotiques” ont été calmées définitivement ! »

Nicole Claveloux

Et de conclure : « Mes trois livres érotiques sont à part dans ma production, y compris par la manière de procéder : après avoir choisi mes héros et héroïnes, j’ai dessiné en toute liberté une série de scènes avec décors, personnages, action, mais sans scénario précis, sans me préoccuper de l’histoire. Puis j’ai transmis mes dessins à l’auteur qui, sous trois différents pseudonymes, a écrit pour chaque image un récit, des dialogues, inventé une intrigue et des péripéties que parfois je n’aurais jamais trouvées ! C’est moi qui ai eu alors la surprise agréable de voir “illustrer” mes dessins par un texte. Procédé très agréable pour la dessinatrice, croyez-moi ! »

Morceaux choisis de la Belle et la Bête était donc la première incursion de Nicole Claveloux dans le monde de l’érotisme, et elle s’y distingue directement, en développant un double contraste. D’abord graphique, avec cette myriade de traits s’inspirant des anciennes gravures ; la masse sombre de la Bête, conférant des accents diaboliques, tranche avec la blancheur angélique de la Belle. Ce jeu des traits et des formes est amplifié par un second contraste : celui du ton de cette Belle qui ne cède pas à la Bête, mais s’intéresse elle-même à la découverte des plaisirs et des amours. Bien loin de l’image de la femme dominée au sein d’un couple où les ardeurs masculines doivent être satisfaites pour garantir un semblant de pérennité, ces assauts-là, la Belle les cherche, les suscite, les cultive... Sans parler nécessairement de libération, c’est autour de cette implication volontaire et active — même parfois dans une domination consentie — que la Belle s’évade dans une autre dimension.

Anne Hautecoeur

C’est ce ton qui a su séduire Anne Hautecoeur, directrice de la maison d’édition La Musardine. « Cet ouvrage me tient particulièrement à cœur, nous explique-t-elle. Je connaissais cet album dans sa version originale, chez Éden, que nous avons beaucoup vendu à la librairie La Musardine. C’est en en parlant avec notre libraire que nous nous sommes dit que ça serait intéressant de le rééditer. J’adore le travail de Nicole Claveloux et trouve très intéressant qu’elle œuvre aussi bien pour les enfants que pour les adultes, tout en distinguant bien les deux univers, naturellement. Et je trouve sa relecture du conte La Belle et la Bête tout à fait moderne, dans le sens où la Bête invite la Belle à écouter son désir, ce qui amène celle-ci à découvrir son corps et à développer ses propres fantasmes, jusqu’à les assumer totalement. Il y a une vision totalement féministe et très délicate, amoureuse, dans cet album, au-delà des mises en scène d’une passion sexuelle. Qui correspond à mon sens à la sensibilité et à la modernité de Nicole Claveloux. »

« En ce qui concerne la fabrication du livre en lui-même, continue-t-elle, nous avons repris la maquette d’origine et les choix de fabrication qui avaient été ceux d’Henri Labbé, qui a travaillé sur la première édition : quand un livre est bien conçu, beau, inutile de changer pour changer. Nous avons simplement changé la typographie intérieure et modifié très légèrement la couverture. Quant aux pages de garde, nous avons fait ce choix afin de ne pas laisser de pages blanches. »

L’ouvrage commence effectivement par une particularité : des doubles pages de garde qui permettent d’éveiller d’emblée l’intérêt des lecteurs. Dans cette sarabande de corps enchevêtrés dans une nouvelle quête du plaisir, on entre déjà dans l’univers du récit. Il l’intègre pour oser des scènes extrêmement explicites tout en ôtant tout signe de vulgarité. Ce qui légitime toutes les recherches de la Belle. Pourquoi voir du mal là où il y a du plaisir ?!

La page de titre, avec ses lettres sexuées, pose de nouvelles petites pierres blanches sur le chemin de l’Eden perdu. Puis la mécanique du livre s’installe : traditionnellement une grande illustration sur la page de droite, avec un court texte ou dialogue sur la page de gauche, souvent complété par un autre dessin. Peu à peu, on suit alors le cheminement de la Belle, où la pudeur s’étiole au fur et à mesure des pages, au point de la laisser prendre l’initiative. Un retour au naturel, où l’équilibre dans le couple, la rencontre et le plaisir vont de pair.

Vous l’aurez compris, nous sommes complètement tombés sous le charme de ce magnifique ouvrage, tant dans la forme (dos toilé, papier ivoire) que dans le fond. On ne cesse de passer du dialogue aux images, obsédantes et hypnotiques, dont on continue de découvrir des finesses et des rondeurs à chaque fois. Universel et intemporel, magie des courbes et des hachures, Morceaux choisis de la Belle et la Bête est sans doute l’un des plus beaux livres graphiques dédiés à l’érotisme de l’année. À ne pas rater !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

Par Charles-Louis DETOURNAY

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Code EAN : 9782364906822

Bande dessinée érotique réservée à un public adulte et averti.

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