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Très bon
17 octobre 2024
La grand-mère de Jeanne n’est pas très diserte lorsqu’il s’agit d’évoquer le souvenir de son fils. De lui, elle garde le souvenir d’un enfant bon mais un peu à part. Sa propension à remplir des feuilles d’esquisses et de portraits de toute la famille incite ses parents à l’envoyer prendre des cours chez Micheli, un des meilleurs élèves de Giovanni Fattori. Puis en grandissant, Modigliani se met à fréquenter des jeunes gens que sa mère qualifie de bons à rien : paresseux, puants, alcooliques... et peintres. Désemparée, la mère incite son fils à partir à Florence mais, là-bas, comme ensuite à Venise, il ne se plait pas. Ambitieux, il part à Paris, et sa mère ne sait alors plus grand chose de lui. Quand elle le retrouve des années plus tard, il est comme absent, le regard changé. Face aux souvenirs flous de sa grand-mère, ou peut-être par son incapacité à revenir sur des souvenirs très douloureux, Jeanne se rend alors dans un asile psychiatrique où est enfermé Maurice Utrilo, un vieil ami de Modigliani. Ce dernier peut lever une partie du voile et apporter les réponses qu’attend Jeanne.
On remonte alors plus de 20 ans en arrière, quand Modigliani s’installe à Paris. Sans le sou, il tente de vendre quelques portraits, et persistera à vouloir peindre des portraits de femmes au moment où le cubisme s’impose comme le style dominant. Sa rivalité croissante avec Picasso, tant artistique que personnelle, est d’ailleurs évoquée à grands traits. Tantôt encensé, tantôt censuré, il est l’archétype de l’artiste maudit, qui n’obtiendra pas la reconnaissance qu’il cherchait de son vivant. Ses excès n’aident pas sa santé fragile ; seul l’amour de Jeanne Hébuterne (à qui un ouvrage a été dédié en 2017 par Nadine Van der Straeten) semble le rattacher à une certaine normalité sociale. Leur fin aussi passionnée que tragique met un point final à une existence hors-norme.
À travers le regard vide d’Utrilo, que l’on imagine rongé par une vie d’excès, depuis son mouroir, la vie de Modigliani paraît encore plus brumeuse que la fumée de cigarette qui semble s’échapper de chaque page. Ce point de vue confère au récit une dimension presque particulière, où on ne sait pas trop si les faits relatés suscitent de la nostalgie ou s’il en subsiste quelque rancune. C’est sans doute là la traduction de toute l’ambivalence du personnage.
Au dessin, le style d’Ernesto Andrade, proche de la peinture, propose différentes tonalités selon l’ambiance évoquée. Certaines scènes, superbes, sont dessinées sur une page entière et contribuent à la dimension onirique du récit.
Par Damien BOONE
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