Métal Hurlant et ses 50 ans

Par Didier PASAMONIK 22 février 2025 
Un demi-siècle ! Métal Hurlant a un demi-siècle. C’est en effet en janvier 1975, au festival d’Angoulême, que l’on vit pour la première fois le N°1 de Métal Hurlant, un titre « révolutionnaire » qui va marquer l’époque. Les Humanoïdes Associés, créés pour la circonstance, ont le même âge.

Après bien des tribulations et des interruptions répétées, le titre est encore là, entre nouveauté et nostalgie qui réunit, grâce à ses timoniers actuels Jerry Frissen et Lloyd Chery, une belle brochette de talents à l’occasion de cet anniversaire.

Comment interpréter cette couverture signée Frederik Peeters où l’on voit un quidam (le Major Fatal ?) dévorer le portrait de Jean-Pierre Dionnet, rédacteur en chef du premier Métal, réinterprété Par Etienne Robial, une couverture iconique et mégalo du Métal historique, comme si c’était un cachet de stupéfiant ? De façon évidente : la « machine à rêver » a stupéfié ses contemporains.

Souvenez-vous d’où on venait : entre la « bonne presse » catholique, les deux hebdos belges Tintin et Spirou, l’inaltérable Mickey et Pif Gadget le communiste, la BD, c’était pour les « nenfants » et la vétilleuse commission de censure « pour la protection de la jeunesse » y veillait.

Heureusement, les coups de boutoirs successifs de Pilote, de Hara Kiri, de Charlie Hebdo puis Charlie Mensuel, enfin de L’Echo des savanes, finirent par avoir raison de l’instance-croupion du ministère de la justice. Mais pour l’heure, nous n’en sommes pas encore là.

C’est dans le foulée de L’Echo des savanes que va naître Métal autour d’anciens de Pilote. Et autour d’un « mauvais genre », la science-fiction avec en ligne de mire des écrivains comme Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, Robert A. Heinlein, Ray Bradury, Philip K. Dick et bientôt tous les films qui en seront tirés. Un secteur « niche » qui explique pourquoi Métal est d’abord un trimestriel.

Mais le génie de ses créateurs, et de son éditeur en particulier, Jean-Pierre Dionnet, qui s’ouvre très vite aux talents de la jeune génération en se débarrassant de la chrysalide de la SF (Margerin, Chaland, Clerc, Montellier et bien d’autres), est d’élargir son champ d’investigation au cinéma et aux autres genres. Interrogé dans ce numéro, il ne sent pas particulièrement « révolutionnaire » : Frigidaire en Italie et El Vibora en Espagne secouaient aussi le cocotier.

Métal Hurlant et ses 50 ans
Jean-Pierre Dionnet. 50 après, il est toujours là.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Mais graphiquement, de l’Europe au Japon, des USA à la Turquie, Métal avait sidéré. Parce que ce n’était pas de la SF à l’état pur, mais du rock, du cinoche, de la littérature… Les Humanoïdes étaient des érudits gavés de BD classique mais aussi de littérature, de peinture, d’art…

Ce numéro reflète cette sidération : avec ses couvertures commentées d’Otto Maddox qui nous parle d’auteurs aujourd’hui aussi méconnus que cultes Jean-Michel Nicollet, Didier Eberoni, Chris Foss, Guido Buzelli, H.R. Giger, avec ses interview énamourées de Dionnet, de Robial, de Schuiten, de Ridley Scott ; avec ses hommages aux grands anciens de Frederik Peeters à Killofer, de Derf Backferf à Martin Panchaud, Marc Pichelin, Aimée de Jongh, Richard Guérineau, Stevan Subič,… des graphismes parfois très éloignés du canon originel.

Une belle page de Fabrizio Dori
© Metal Hurlant
Derf Backderf découvrant Métal Hurlant aux USA
© Metal Hurlant
Etonnamment Martin Panchaud...
© Metal Hurlant

Mais qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ! Nous sommes dans le souvenir et la célébration. Métal n’a pas perdu sa voix, il continue de hurler.

Couvertures alternatives du N°14 par Laurent Durieux et Frederik Peeters

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782731631593
Les Humanoïdes Associés Science-fiction Marché de la BD : Faits & chiffres
 
Participez à la discussion
9 Messages :
  • Métal Hurlant et ses 50 ans
    22 février 2025 16:14, par Arthur Lempereur

    Excellent n° de Métal ce spécial 50 ans. Un bémol : les extraits que vous montrez ne sont pas les meilleures BD du journal et même peut-être les pires notamment celles de Panchaud (dessinateur Powerpoint) et de Derf Backderf. Je dis ça pour les futurs acheteurs. Ces 2 extraits ne donnent pas envie d’acheter ce n° alors que d’autres BD sont excellentes notamment celles de Guérineau, de Peeters, de 2 Jongh, de Carot, de Trouillard, de Pisarev...

    Répondre à ce message

    • Répondu le 22 février 2025 à  18:25 :

      La couverture ne donne pas envie non plus…

      Répondre à ce message

      • Répondu par Arthur Lempereur le 23 février 2025 à  10:43 :

        Laquelle celle de Peeters ? Elle est amusante et fait référence à celle du n°50. Mais il y a 2 couvertures, la plus belle étant celle du célèbre affichiste du cinéma Laurent Durieux.

        Répondre à ce message

    • Répondu par Gina Vanilla le 22 février 2025 à  20:53 :

      Je ne sais pas, pas encore trouvé en librairie.
      Une chose est sûre, plutôt que de hurler, ce serait bien que le Métal gémisse de plaisir !

      Répondre à ce message

      • Répondu par Milles Sabords le 23 février 2025 à  07:56 :

        Avec un peu de maquillage, Dionnet ferait un très bon JOKER !

        Répondre à ce message

      • Répondu par Jpierre le 23 février 2025 à  10:53 :

        ...question de goût....j’apprecie les 2 couvertures.....!

        Répondre à ce message

  • Métal Hurlant et ses 50 ans
    3 mars 2025 04:55, par patrick brami

    Quand on compare le Métal des années 70- 80 et ce numéro,on se dit quand même que le niveau a vachement baissé...

    Répondre à ce message

    • Répondu le 3 mars 2025 à  13:01 :

      Vous parlez du niveau en dessin ? Eh oui, en France, contrairement à l’Italie et à l’Espagne, on n’enseigne plus le dessin à l’école, on fait de « l’art plastique ».

      Répondre à ce message

  • Métal Hurlant et ses 50 ans
    3 mars 2025 13:12, par lafond

    Cette nouvelle mouture de MH, reste bien en deçà des anciens...c’est beaucoup plus/trop lisse, bienveillant et politiquement correct, rien de bien provoquant ou irrevencieux ....c’est plutôt plat, ya moins d’artiste, plus de dessinateur à la tâche...
    Bref, c’etait mieux avant:p

    Répondre à ce message

CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Didier PASAMONIK  
A LIRE AUSSI  
Actualité