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Comme chaque début d’été, l’Association des éditeurs belges (ADEB), en partenariat avec le PILEn, publie son étude annuelle sur la santé économique du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique francophone). Si le rapport 2024 laissait entrevoir un ralentissement de la bande dessinée après plusieurs années exceptionnelles, les chiffres 2025 confirment que le secteur est désormais entré dans une nouvelle phase. La baisse se poursuit, mais elle s’inscrit cette fois dans un mouvement plus large qui touche l’ensemble du marché du livre.
Un marché du livre qui ralentit
En 2025, le marché du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles recule de 1,8 %, à 272,23 millions d’euros. Les ventes progressent uniquement dans trois catégories : la littérature générale (+4,8 %), les beaux livres (+5,1 %) et les ouvrages consacrés aux loisirs et à la vie pratique (+1 %). Tous les autres segments terminent l’année en baisse.
Même constat du côté des éditeurs belges francophones. Leur activité, y compris l’export, atteint 324,94 millions d’euros, soit une diminution limitée à 1,38 %, grâce à la progression du numérique (+10,6 %), qui compense en partie le recul marqué de la production papier (-5,18 %), son plus fort repli depuis plusieurs années.
Contrairement au bilan 2024, où la bande dessinée apparaissait comme l’un des principaux secteurs en difficulté, le ralentissement concerne désormais l’ensemble de la filière.
La bande dessinée reste le deuxième marché du livre
Sur le marché du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles, la bande dessinée enregistre un chiffre d’affaires de 54,58 millions d’euros, en baisse de 6 % par rapport à 2024. Malgré ce recul, elle conserve sa place de deuxième segment éditorial, avec 20,1 % de parts de marché, derrière la littérature générale. Ce poids économique confirme que la BD demeure l’un des piliers du secteur en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Du côté des éditeurs, la production de bandes dessinées s’établit à 101,09 millions d’euros, contre 105,56 millions l’année précédente, soit une baisse plus limitée de 4,23 %. Fait intéressant, ce recul reste inférieur à celui de l’ensemble de la production papier (-5,18 %), signe que la BD résiste légèrement mieux que la moyenne des autres secteurs imprimés.
La fin d’un cycle exceptionnel
L’évolution des cinq dernières années raconte à elle seule l’histoire récente du secteur.
Après un chiffre d’affaires de 89,37 millions d’euros en 2020, la production de bande dessinée avait atteint un sommet historique de 122,37 millions en 2021, portée par l’explosion des ventes de mangas et le contexte particulier de la pandémie. Depuis ce pic, le secteur connaît un reflux progressif : 116,16 millions en 2022, 115,27 millions en 2023, 105,56 millions en 2024 et désormais 101,09 millions en 2025.
Cette trajectoire représente une baisse de plus de 21 millions d’euros depuis le record de 2021.
Pour autant, parler de crise serait excessif. En comparaison avec 2020, la production de bande dessinée reste, comme en France, encore supérieure d’environ 13 %. L’ADEB insiste d’ailleurs sur ce point : en dépit de deux années consécutives de recul, les niveaux demeurent largement supérieurs à ceux observés avant 2021. Plus qu’un effondrement, les chiffres traduisent donc un retour progressif vers un nouvel équilibre.
Une industrie toujours tournée vers l’export
L’autre enseignement majeur du rapport concerne l’international.
Sur les 101 millions d’euros générés par la production de bande dessinée, 88,25 millions proviennent des exportations francophones, contre 9,82 millions seulement sur le marché belge francophone. Autrement dit, près de neuf euros sur dix sont réalisés hors des frontières belges. C’est essentiellement Dupuis, Dargaud-Lombard et leur filiale Kana qui sont à l’origine de ce chiffre.
Cette dépendance historique à l’exportation constitue à la fois une force et une fragilité. Elle permet aux éditeurs belges de rayonner sur l’ensemble du marché francophone, mais les rend également particulièrement sensibles aux évolutions économiques de leurs principaux débouchés, à commencer par la France.
Le manga ralentit, le papier reste roi
Comme l’an dernier, l’ADEB attribue une partie du recul de la bande dessinée à l’essoufflement du marché du manga, qui ne bénéficie plus de phénomènes éditoriaux comparables à ceux des années 2021-2023. Le rapport souligne néanmoins que le ralentissement touche désormais l’ensemble des segments de la BD.
Autre constat : malgré la progression générale du numérique dans l’édition belge (+10,6 %), la bande dessinée demeure un marché presque exclusivement imprimé. Les revenus numériques de la BD atteignent 680 000 euros, soit moins de 1 % de la production totale du secteur. À l’inverse, les sciences humaines ou le scolaire poursuivent leur transition numérique à un rythme bien plus soutenu.
Une normalisation plus qu’une crise
Les chiffres 2025 confirment donc le changement de cycle amorcé l’an dernier. Après l’euphorie post-Covid et les records portés par le manga, la bande dessinée retrouve progressivement un rythme plus conforme à ses fondamentaux.
Le secteur recule, mais il conserve un poids économique considérable, tant sur le marché du livre qu’au sein de l’édition belge francophone. Deuxième segment éditorial, largement tourné vers l’exportation et toujours nettement au-dessus de ses niveaux d’avant-pandémie, la BD ne semble pas entrer dans une crise structurelle. Elle tourne plutôt la page d’une période exceptionnelle pour aborder un nouvel équilibre, dans un contexte où l’ensemble de la chaîne du livre doit composer avec le ralentissement de la consommation, l’inflation et l’évolution des habitudes d’achat.
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ADEB - Association des éditeurs belges
Asbl PILEn - Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique