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Marché du livre belge 2024 : les chiffres qui inquiètent le secteur BD

Par Christian MISSIA Dio 9 juillet 2025 
Comme chaque année à la même période, l’ADEB – en partenariat avec le PILEn – publie son étude sur le marché du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles, livrant un état des lieux précieux à l’orée des vacances d’été. Si les chiffres globaux suggèrent une certaine stabilité, l’analyse révèle des tensions sous-jacentes : entre la percée de la littérature générale et la solidité du scolaire, la bande dessinée – pourtant pilier historique de l’édition belge – affiche un net recul. Un coup d’arrêt qui interroge, après plusieurs années d’euphorie.

L’Association des Éditeurs belges (ADEB) a publié son étude annuelle sur l’activité éditoriale en Fédération Wallonie-Bruxelles (en Belgique francophone, NDLR). Derrière une apparente stabilité, les chiffres révèlent des dynamiques contrastées selon les genres éditoriaux. Si la littérature générale et l’édition scolaire progressent, la bande dessinée – pourtant pilier de l’édition belge – accuse un net recul. Revenons ensemble sur les faits marquants de cette étude.

Une photographie fiable du secteur

L’étude de l’ADEB repose sur les déclarations d’environ 90 maisons d’édition belges francophones. Bien qu’aucune obligation légale n’impose ces déclarations, la couverture dépasse 95 % de la réalité économique du secteur. Les données portent sur les chiffres d’affaires éditeurs HTVA, ventilés par support (papier, numérique), langue, genre éditorial et destination (Belgique ou export).

Deux types d’indicateurs sont distingués :

  • La production éditoriale : les revenus des éditeurs (ventes, droits, cessions) ;
  • Le marché du livre : les ventes réelles aux consommateurs (prix publics TVAC).
Marché du livre belge 2024 : les chiffres qui inquiètent le secteur BD
Photo © ADEB/PILEn

Une croissance apparente... qui masque des tensions

En 2024, l’ensemble du secteur affiche un chiffre d’affaires de 333 millions d’euros, soit une hausse de +0,6 % par rapport à 2023. Mais si l’on neutralise le phénomène éditorial du Dr Philippe Boxho, qui a connu un succès massif en Belgique et à l’international, l’activité éditoriale recule en réalité de -1,5 %, retrouvant les niveaux de 2021-2022.

Cette stagnation cache de fortes disparités :

  • Le papier reste le support dominant (237,85 M€) mais légèrement en baisse (-0,23 %) ;
  • Le numérique progresse modestement (+3,5 %), porté par les secteurs scolaire et juridique, principalement en néerlandais ;
  • Le nombre de titres publiés augmente (+6 %, avec 2.835 nouveautés), mais les volumes vendus chutent de -7 %, notamment à cause de la baisse des ventes jeunesse et BD.

Un marché du livre en léger mieux, porté par la littérature

Du côté des ventes aux lecteurs (marché du livre), l’année 2024 se clôt sur un chiffre d’affaires de 268,2 millions € TTC, en hausse de +1,3 %. Cette croissance tient principalement à trois genres :

  • Littérature générale : +12,2 %, grâce à la new romance, au grand format et au succès du docteur Boxho ;
  • Édition scolaire : +4,3 %, particulièrement en Flandre ;
  • Sciences humaines et techniques : +2 %.

Mais tous les segments ne suivent pas cette tendance positive...

La BD en déclin : fin d’un cycle de croissance

La bande dessinée, qui avait largement contribué à la croissance du secteur durant la pandémie (avec un record en 2021), enregistre une baisse de -9,7 % de chiffre d’affaires éditeur en 2024, à 105,6 millions d’euros. Ce repli est d’autant plus significatif qu’il touche tous les canaux :

  • Marché belge : -15,9 % (10,27 M€ contre 12,21 M€ en 2023) ;
  • Exportation : -7,5 %, une baisse inquiétante dans un secteur historiquement tourné vers l’international ;
  • Numérique : progression marginale (+3,6 %), à peine 0,54 M€.
    Sur le marché du livre (ventes publiques), la BD poursuit aussi sa décrue : -6 % en valeur, avec notamment un ralentissement marqué dans les ventes de mangas, en quête de nouveaux titres phares.
Photo © ADEB/PILEn

Causes et perspectives

Plusieurs facteurs expliquent ce recul :

  • Une offre pléthorique dans un marché saturé, combinée à une baisse des achats impulsifs ;
  • La fin de l’euphorie manga, qui avait boosté les chiffres en 2021 ;
  • Une forte dépendance aux ventes à l’export, plus sensibles aux fluctuations économiques ;
  • Une timidité persistante dans le numérique, alors que d’autres genres (littérature, scolaire) investissent davantage ce canal.

Sur cinq ans, la bande dessinée belge affiche une croissance de +20 %, ce qui lui permet de suivre presque l’inflation (22,8 %), mais en restant derrière d’autres secteurs comme la jeunesse (+50 %) ou le scolaire (+36 %, surtout en Flandre).

Quel rebond possible pour le secteur BD ?

Malgré cette année morose, la bande dessinée reste un secteur structurant de l’édition belge. Mais elle doit se réinventer. L’ADEB évoque plusieurs pistes :

  • Revaloriser les fonds de catalogue, aujourd’hui peu exploités face à une course aux nouveautés ;
  • Explorer les nouveaux formats : webtoons, BD numériques interactives, albums augmentés ;
  • Miser sur la création locale et soutenir la relève des autrices et auteurs ;
  • Renforcer la présence en librairies indépendantes, seul canal physique en progression (+4,1 %).

Conclusion

Si la stabilité globale du marché du livre belge peut rassurer, elle ne doit pas masquer la fragilité de certains piliers, au premier rang desquels figure la bande dessinée. Après avoir porté la croissance post-Covid, le secteur doit désormais faire preuve d’innovation pour éviter l’essoufflement. Le défi est de taille, mais les talents et les savoir-faire sont là. Reste à transformer le coup de mou en nouvelle impulsion.

Photo © ADEB/PILEn

Par Christian MISSIA Dio

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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