Très bon
3 septembre 2024
En apparence, Romain est un auteur de bandes dessinées à l’existence bien réglée (c’est ce quils pensaient jusqu’ici au Canard enchaîné et dans Fluide Glacial...). Chaque matin, après le petit-déjeuner, il se rend à son atelier comme vous et moi irions au bureau. Mais ne vous fiez pas, en réalité, il mène une double vie. Non qu’il trompe sa femme comme celle-ci se l’imagine ; elle va d’ailleurs engager un détective privé pour en avoir le cœur net.
En fait, il passe régulièrement chez sa grand-mère pour vérifier qu’elle n’a pas fait une nouvelle bêtise car la mamie n’a comme qui dirait plus toute sa tête… Persuadée de vivre toujours pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est convaincue que tous ceux qui sonnent à sa porte sont des boches qui lui veulent du mal. Elle s’empresse ainsi…. de les faire disparaître à l’intigation des mânes de son défunt mari, hallucination à cause de laquelle elle commet sans cesse l’irréparable. Et c’est à Romain d’assumer...
Ce jour-là, notre dessinateur découvre dans la cave le corps d’une nouvelle victime : l’installateur du compteur Linky. Décidément, dès qu’on a le dos tourné, elle remet ça !
Bon, on vous l’a dit, Romain est un type un peu spécial. Plutôt que d’appeler la police ou le SAMU, il fait le choix de se débarrasser du cadavre, comme d’habitude… Pour que la police – et accessoirement son employeur – ne remarque pas sa disparition inquiétante, Romain reprend l’uniforme de la victime pour continuer sa tournée sauvagement interrompue par la vieille dame.
Entre l’enquête pas très efficace de la police judiciaire qui laisse filer le coupable sans coup férir, le détective privé qui file Romain et qui pense avoir débusqué une liaison extra-conjugale, Romain doit continuer à canalise sa grand-mère prête à tuer son petit-fils qu’elle prend à son tour pour un boche, le thriller s’avère assez rapidement drôlatique.
Sacré vieillesse
« La vieillesse est un naufrage, et nous sommes tous sur le même bateau, mes frères » prophétisait Pierre Desproges. Mais cette fois, les lecteurs de Romain Dutreix se sont embarqués sur le bon rafiot ! Avec Mamie n’a plus toute sa tête, il réussit à transformer une situation tragique – le grand âge et ses dommages collatéraux, à commencer par les pertes de mémoire – en une comédie d’une drôlerie irrésistible, quoiqu’inquiétante, doublée d’un authentique polar nourri par une intrigue déroutante et proprement hénaurme.
En complice fantasmé d’une serial killeuse compulsive, il nous livre une série qui tranche de l’ordinaire, au propre comme au figuré, pétrie d’humour noir et d’autodérision. Ce volume s’annonce comme un tome 1. On espère bien !
Par Jessy LEMESLE
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