Bon
14 juin 2024
La couverture de l’album laisse penser à une balade dans la nature, en famille : le père, la fille et leur chien. Le reflet dans l’eau avec des tentacules et le bras de l’homme levé, comme appelant à l’aide, nous met cependant sur la voie d’une histoire moins paisible.
Une histoire fantastique en un volume qui laisse quelques points sans réponse
A la nuit tombée, une mère et sa fille font du camping et sont attablées pour manger des tomates mozza (« comme hier, avant-hier et tous les jours depuis le début des vacances »).
Quelques cases plus bas, un bruit et une patte monstrueuse apparaissent.
Mais, afin de ménager du suspens, la deuxième planche nous transporte dans un resto-bar d’un petit village où un homme consulte, sur son portable, un article sur des tomates qui poussent en novembre dans le village de Juvara.
Certes, c’est déjà la réalité : des cerises en décembre et des tomates sur les étals toute l’année. Les auteurs ont-ils voulu faire un clan d’oeil aux lecteurs ? Est-ce le résultat du réchauffement climatique, des produits phytosanitaires et engrais de l’agro-industrie ou de la mondialisation ?
Dans la présente histoire, si la première hypothèse est bien envisagée, c’est toutefois une cause différente, comme ce sera révélé par la suite, qui en est à l’origine.
William, quarantenaire attablé dans un bar restaurant, porte en médaillon, un cristal étrange qui se met à briller.
Il se précipite dans sa voiture et arrive à l’endroit où Lou et sa mère campent. Un monstre les attaque. Lou tente de sauver sa mère, sans succès. William attaque à son tour la créature et la fait fuir mais elle emporte la mère de l’adolescente.
Les auteurs
Elsa Bordier, installée à Rennes, développe des projets BD et pour la littérature de jeunesse, avec une prédilection pour les univers mêlant réalisme et fantastique. Scénariste, on lui doit, en 2024, La Forêt de Louison et les années précédentes, le T.1 d’Alia chasseuse de fantômes, La chevaleresse (https://www.actuabd.com/La-Chevaleresse-transgression-des-genres), La grande ourse ou encore Maléfices (prix 2020 Du vent dans les BD décerné par les bibliothèques et médiathèques du Finistère).
Les oubliées est la première BD d’Hugo Decraene, animateur 2D et 3D pour le cinéma. Dessinateur, il a aussi participé au scénario, puisant l’idée de départ dans les illustrations d’Obliskura d’Alex Constat et la série Supernatural.
Des thématiques et personnages que l’on aurait souhaités plus originaux
Le thème du chasseur de créatures qui poursuit une vengeance permet une histoire efficace.
Le couple formé par l’adolescente et l’adulte, Lou et William (qui évidemment ne se seraient jamais rencontré si…) et dont les personnalités et les choix sont parfois opposés, constitue également un ressort classique et là encore, efficace.
Les thèmes de la famille, du deuil, des monstres et de la nature et la mise en scène d’émotions variées de plusieurs personnages (Lou, William, les villageois, Sophia) relèvent l’ensemble.
Une BD ado réussie bien que laissant dans l’ombre l’origine des créatures (probablement extraterrestre), la façon dont elles sont arrivées et leur but, l’origine du cristal et s’il est bien la cause des pertes de mémoire, le pourquoi de l’attitude des villageois (quel est leur intérêt ?).
Par Christian GRANGE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.