Bon
21 avril 2025
Arizona 1840, le commandant d’un fort décide d’attaquer un village Hopi pendant une de leurs cérémonies traditionnelles. C’est un massacre accompagné de viols. La jeune épouse du chef donne naissance à des jumeaux. L’un est blanc, l’autre a la peau des Indiens. Ce dernier est déposé devant la porte d’une veuve blanche dont le mari et les trois fils ont été tués par les Indiens. Alors qu’elle les déteste, et pour cause, elle doit s’occuper de l’enfant. S’il meurt, elle sera pendue.
Les auteurs ont choisi la sobriété des dialogues. Pas de tirades habituelles par des protagonistes d’un western fantasmé. De nombreuses cases sont muettes. La narration s’opère essentiellement par le dessin. La vie était rude. On parlait peu dans ces paysages désertiques. Les regards, les gestes suppléent au mutisme.
L’intrigue progresse en même temps que l’enfant grandit. Mais alors que le quotidien morne se poursuit, on réalise progressivement que le récit prend une dimension mystique. L’ombre de l’aigle sacré plane sur la vie des humains. L’enfant indien développe seul des facultés peu communes.
Par son art, Eugenio Sicomoro nous décrit l’ouest américain du dix-neuvième siècle plus vrai que nature. Son dessin fait parfois penser à des daguerréotypes d’époque colorisés. De superbes planches au découpage étudié qui imprime une dynamique visuelle tout en exposant au lecteur la nature sauvage : la pluie torrentielle succède au soleil aveuglant et asséchant. Les visages burinés, habitats vétustes, vêtements usés, mais aussi les comportements, attitudes des personnages accentuent cette impression de réalisme.
La psychologie des acteurs est également mise en avant. Ces personnes esseulées dans une région sauvage et perdue qui s’accrochent pour certains à l’alcoolisme. Les sentiments de haine qui se nourrissent et finissent par exploser dans des actes de violence.
Ce récit propose une belle lecture pour les amateurs du genre. L’homme blanc venu perturber un peuple qui communiait avec la terre. L’histoire du destin d’un enfant confié et d’une vengeance revue sous le prisme mythologique.
Par David SPORCQ
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