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Très bon
24 septembre 2024
Hannah, du haut de sa tour qui ressemble à celle de Montparnasse, est la grande organisatrice des flux incessants de la gare qu’elle dirige. Dans ce monde un peu futuriste surgit Adam, un musicien dont Hannah est tombée éperdument amoureuse et qu’elle veut retenir à tout prix.
Ce qu’elle parvient à faire en faisant changer les numéros du passeport d’Adam. Ce dernier, tel Ulysse chez Circé, est pris au piège, auquel il semble cependant consentir, comme hypnotisé par cet amour fou. Dès lors, Hannah, jusqu’alors concentrée sur son travail, l’abandonne totalement, laissant la gare tourner comme elle peut, c’est-à-dire mal. Assez rapidement, la grève menace et c’est tout l’édifice qui est ébranlé. "L’effondrement de son moral a des répercussions sur toute la gare..." Gare !
Incontestablement, on tient là une histoire très originale, où le cœur de la femme et celui de la gare battent à l’unisson. "La gare, c’est moi, de ses tréfonds à ses sommets" (p.166.) Raphaël Geffray, dont c’est le deuxième ouvrage, après C’est pas toi le monde, puise à de nombreuses sources (un parfum biblique avec Adam, un zeste de mythologie aussi, le tout dans une ambiance à la Playtime de Tati, et une atmosphère de lutte des classes).
Le traitement graphique n’est pas en reste, aussi original que l’histoire : visages caricaturaux, architecture biscornue, plans larges dans lesquels les personnages font figure d’électrons libres, bulles multiples encerclant les protagonistes...
Raphaël Geffray joue de tous les codes picturaux pour nous prendre dans les filets de son histoire. Une belle audace, qui mérite d’être encouragée.
Par Philippe LEBAS
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