Très bon
10 mai 2025
Dès l’entame de ce récit noir, le lecteur pourra rapidement déceler vers quel genre d’atmosphère il se dirige. Manifestement, au vu du contexte sombre et réaliste signé Takahiro Kato, dans lequel les visages des protagonistes traduisent à eux seuls l’ambiance suffocante voire claustrophobique mise en scène, chaque séquence joue sur nos émotions... et nos nerfs.
Que diriez-vous d’avoir le pouvoir de faire disparaitre n’importe qui, notamment ceux qui vous gênent et vous dérangent ? Une aptitude absolue d’effacer quiconque vous trahit ou peut importe la raison. L’Anneau de Gygès démarre à cent à l’heure, dans une atmosphère quelque peu mystique.
Dans ce mélange subtil d’humour pince-sans-rire et de polar urbain au cadre malsain, nous suivons le parcours de Takeru, mangaka en perte de vitesse, qui entreprend soudain un voyage à la campagne en quête d’inspiration, là où des événements étranges et mystérieux se sont déroulés.
Une légende urbaine raconte que quiconque prie en un lieu précis, au sanctuaire de Kumoni Hachimangu, disparait aussitôt. Cela a été le cas pour deux villageois, ainsi que d’autres membres du village qui, contrairement à leurs deux homologues, n’avaient même pas prié... Des gens disparaissent ainsi que leur maison, comme emportés par enchantement.
Accompagné au sanctuaire par son jeune disciple Yu, chacun, l’un après l’autre, formulera un vœu en corrélation avec leur travail d’artiste mangaka. L’élève souhaite disparaitre suite à une pression maximale de son responsable éditorial, tandis que Takeru, ressort bredouille de son rendez-vous avec son agent qui l’évince de la négociation bloquant la suite de sa série « Invisible Man Zero ».
Face à cet échec cuisant, il s’énerve contre son agent Monsieur Nakamura, déclarant à haute voix qu’il souhaite que ce dernier disparaisse. La seconde qui suit, celui-ci s’évapore tandis qu’au même instant, à un autre endroit, l’élève de Takeru devient invisible...
Les prières formulées au sanctuaire Kumoni Hachimangu se sont étrangement réalisées, conférant à Takeru un don inespéré : celui de rendre invisible toute personne qui le contrarie. Un talent qui joue rapidement en sa défaveur lorsque son agent, devenu invisible, le contraint à commettre des actes illégaux. Décontenancé et loin d’adhérer aux plans diaboliques qu’on tente de lui imposer, Takeru, pris dans le feu de l’action, assassine son commanditaire. Mais heureusement, ses prouesses de magicien lui permettent en plus de faire disparaitre les cadavres ou de les faire réapparaître à sa volonté...
Voici dorénavant un auteur de mangas reconverti en criminel avec une capacité de faire disparaitre les gens à sa guise. Serait-ce le tremplin pour signer sa prochaine œuvre fictive ou le départ d’une toute autre existence ?
Pourvu d’une élégance graphique très réaliste, Takahiro Kato se distingue par un trait nerveux et expressif. Son héros principal, accablé par la vie, suite à une séparation amoureuse et des soucis financiers, patauge immanquablement dans sa condition mais recherche toutefois un second souffle pour s’en sortir. Ce climat émotionnel est hautement mis en valeur, même si ses décots s’embarrassent peu d’artifice, au profit de personnages décrits avec précision et finesse, concentrés sur leurs émotions extrêmes.
Comme à leur habitude, les éditions Ki-oon nous livrent ici un thriller de qualité qui prend aux tripes d’entrée de jeu.
Par Marc VANDERMEER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
L’Anneau de Gygès T. 1. Auteur : Takahiro Kato. Editeur : Ki-oon. Sortie : le 7 mai 2025. Prix : 7,95 euros.