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Excellent
18 avril 2026
L’évolution des habitudes alimentaires des Gaulois sous l’occupation romaine, l’essor des livres de recettes au Moyen Âge, l’irruption des épices sur les tables Renaissance, la métamorphose de l’auberge en restaurant et du cuisinier en restaurateur durant la Révolution : autant de jalons qui fondent et nourrissent la gastronomie française. Paul, protagoniste fictionnel et dépositaire de cet héritage millénaire, le transmet comme on lègue un bien précieux—son auberge, ses secrets, sa philosophie du partage.
De l’Antiquité gloutonne aux tables révolutionnaires
L’ouvrage célèbre sans détour les excès de la table à travers les âges et notamment ceux de l’empire romain qui détonnent en engloutissant, par exemple, pour l’empereur Geta, 200 plats par ordre alphabétique ; Claudius Albinus, avalant 500 figues, 100 pêches, 10 melons, 100 becs-figues, 4 douzaines d’huîtres et 10 litres de raisin en un seul repas ; Maximin exigeant quotidiennement 40 livres (13 kilos) de viande et 80 litres de vin. Les banquets exubérants de Versailles rivalisent d’extravagance : Bailly, fou d’architecture, édifie ses briques en nougat et son ciment en caramel ; où la pâtisserie devient cathédrale comestible.
Du festin de mammouth préhistorique aux délices d’Escoffier, cette excursion gastronomique peint l’évolution des pratiques culinaires en un tableau vivant, où chaque époque révèle ses appétits, ses raffinements, ses démesures.
Depuis 2010, l’UNESCO a inscrit le repas gastronomique français au patrimoine immatériel de l’humanité - légitimité qui justifie cette célébration bédéiste où bases historiques solides et informations précises s’orchestrent chronologiquement, mises en scène dans une historiette contemporaine piquée de drôlerie et de caricatures. Juste ce qu’il faut de facétie pour aborder les sujets essentiels à notre survie : transformer repas et marchés, cuisines et tables en moments mêlés de plaisir gastronomique, de culture, de partage et de rire franc.
Une recette bien orchestrée, héritière d’un succès mondial
Daisy Alice Sadler, Mike Sadler et Kilien Stengel signent cette fresque culinaire en tant que scénaristes—les mêmes auteurs qui ont vendu plus de 100 000 exemplaires de L’Histoire de la musique en BD, succès international traduit en 17 langues. Bernard Deyriès, dessinateur, coréalisateur de Ulysse 31 et d’Inspecteur Gadget et scénariste des Mystérieuses Cités d’or apporte son trait reconnaissable dans la bande dessinée. En somme, une main experte en narration visuelle, en humour graphique, en pédagogie ludique.
Comme une recette bien orchestrée, colorée et savoureuse, cette bande dessinée s’inscrit dans la même ambition encyclopédique, même alchimie entre instruction et divertissement, même conviction que l’histoire se déguste mieux quand elle fait sourire.
Elle ravira les passionnés de gastronomie et d’histoire, ceux qui savent que manger n’est jamais qu’un acte banal, mais une transmission, une célébration, une fenêtre ouverte sur les civilisations qui nous ont précédés. « Que ce livre fasse de vos repas et de leur préparation sur vos marchés, puis dans vos cuisines des moments mêlés de plaisir gastronomique, de culture, de partage, et de rire franc », déclame en préface Jean-Robert Pitte, de l’Institut Président de la Mission française du Patrimoine et des Cultures alimentaires. Et de cela, on ne peut qu’acquiescer. Alors, bon appétit chers lecteurs !
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Il était une fois la gastronomie, une histoire de l’art culinaire, Daisy Alice Sadler, Mike Sadler, Kilien Stengel et Bernard Deyriès, Edition Delcourt, 25,50 €