Bon
3 décembre 2024
Toute la petite communauté du village semble les attendre avec curiosité, impatience et une certaine fébrilité. Notamment le maire qui est à l’origine du projet : faire venir ici des réfugiés cambodgiens pour aménager un territoire abandonné depuis des années et redynamiser l’économie de la commune en rouvrant la distillerie
Nous sommes dans les années 1970. L’assurance du maire est vite troublée par la crainte des habitants de voir débarquer ici ces « Chinois », comme ils les appellent. C’est aussi la fureur et l’aigreur d’Antoine, un reclus solitaire qui inquiète un peu le maire. Ce sont sur ces terres que ce dernier veut faire travailler les nouveaux venus, et dans sa propriété qu’il veut les loger. Un pari particulièrement risqué quand on sait qu’Antoine a perdu son fils lors de la guerre d’Indochine et que, comme tout le monde à cette époque, il assimile ces étrangers aux ennemis qui lui ont retiré son unique enfant. Mais il faut compenser l’exode rural qui touche les campagnes françaises et redynamiser ces territoires en voie de marginalisation.
Mais c’était sans compter sur la présence de Vityea, lui aussi victime de la guerre, orphelin, qui s’attache, comme de nombreux enfants, à celui qui semble le rejeter le plus. Le garçon voit en Antoine un protecteur, ce dernier considère l’enfant comme le sien et apporte au petit Cambodgien tout ce qu’il n’a pu donner à son propre fils.
Cette bande dessinée est le récit d’un choc des cultures entre deux mondes qui ne se connaissent pas et qui doivent coexister, tout en s’interrogeant mutuellement sur les façons de vivre des uns ou des autres. C’est aussi la chronique d’une méfiance et d’une méconnaissance de l’autre qui mènent bien souvent aux préjugés, au racisme ordinaire et au rejet. C’est aussi l’histoire de ces boat-people dont on ne parle que très peu aujourd’hui, mais qu’on voyait risquer leur vie qui y a quarante ans, entassés très nombreux sur ces bateaux de fortune, fuyant la guerre.
Mais c’est enfin est surtout une formidable leçon de tolérance et une invitation à remettre en question ses propres stéréotypes et préjugés, car, malgré l’avertissement qui ouvre l’album et qui précise que cette histoire est une fiction, on ne peut s’empêcher de constater la triste réalité des migrants d’hier et d’aujourd’hui et la considération trop souvent négative qui leur est portée.
Par Romain BLANDRE
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