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Très bon
26 juin 2026
Salvatore Nives le reconnaît sans détour : Block Out est d’abord une ode personnelle au volley-ball, ce sport qu’il a pratiqué avec passion dans sa jeunesse. À travers le parcours de Nico, l’auteur explore avec justesse les doutes, les peurs et les petites victoires qui jalonnent l’adolescence, une période où le corps change plus vite que l’esprit. Le jeune héros incarne cette génération d’enfants trop grands, trop maladroits, trop en décalage avec les attentes des adultes. Sa croissance fulgurante (1,85 m à 12 ans !) n’est pas qu’un détail physique : c’est une malédiction sociale. Les médecins, la mère, les professeurs : tous semblent convaincus que le salut ne peut venir que du sport. Pourtant, Nico déteste ça. Pas par paresse, mais parce que chaque tentative se solde par un échec cuisant, une humiliation supplémentaire.
Le volley, ce sport qui sauve les ados en crise
C’est là que réside la force du récit : Nives ne tombe pas dans le cliché du « sport qui transforme tout ». Le volley-ball n’est pas une révélation divine pour Nico. Au contraire, il le découvre par hasard, poussé par Kia, cette amie qui, sans ménagement, brise ses résistances. Le premier match est une débâcle et c’est précisément ce qui le fascine. Pour la première fois, Nico joue sans se comparer, sans craindre le regard des autres. Le volley devient un espace de liberté, loin du carcan maternel et des attentes sociales. Mais cette émancipation naissante se heurte à un mur : sa mère, justement. Celle qui l’a toujours harcelé pour qu’il fasse du sport… s’oppose soudain au volley. Pourquoi ? Le récit laisse planer le mystère, ajoutant une tension psychologique à l’intrigue sportive.
Ce qui frappe dans Block Out, c’est la sincérité du propos. Nives ne glorifie pas le sport comme une panacée, mais en montre les ombres : la pression, la compétition toxique, l’humiliation. Lorsque Nico intègre le club de Sanviraco, il croit enfin trouver sa place. Mais le choc est brutal. Le volley de rue, joyeux et spontané, n’a rien à voir avec l’univers impitoyable des adultes. Les coéquipiers de Nico ne sont pas des partenaires, mais des rivaux. Les entraînements ne sont plus des jeux, mais des batailles. Cette transition brutale entre deux mondes du sport, l’un libérateur, l’autre oppressant, est traitée avec une justesse rare, évitant les écueils du manichéisme.
Entre autobiographie et spokon : une BD qui frappe fort
Block Out n’est pas qu’une simple histoire de sport. C’est un projet éditorial ambitieux, porté par une maison d’édition qui a fait du manga de création sa marque de fabrique. En s’aventurant sur le terrain du spokon (ces mangas sportifs japonais où la compétition est souvent idéalisée), les éditions ont pris un risque : celui de dépasser les clichés. Et force est de constater qu’elles y parviennent. Le premier tome de Block Out mise sur l’authenticité plutôt que sur l’exagération. Salvatore Nives, en puisant dans ses souvenirs, donne une épaisseur humaine à son récit, loin des héros surhumains des shōnen classiques.
Graphiquement, la série mise sur un style dynamique et expressif, où les mouvements des joueurs sont rendus avec une précision presque cinématographique. Les cases dynamiques, les angles de vue audacieux et les expressions des personnages, notamment celle de Nico, dont le visage passe du mépris à l’émerveillement en quelques pages, collent parfaitement au rythme effréné du volley. Mais c’est dans les détails techniques que le dessinateur excelle : les smashes, les blocs, les rotations… Tout est dessiné avec un souci du réalisme qui rappelle les meilleurs spokon, tout en évitant l’écueil du jargon incompréhensible. Le lecteur comprend les enjeux du terrain sans avoir besoin d’être un expert.
Pourtant, ce qui rend Block Out vraiment captivant, c’est son équilibre entre drame et légèreté. D’un côté, l’histoire de Nico est celle d’un adolescent en quête d’identité, tiraillé entre l’autorité maternelle et son désir d’indépendance. De l’autre, le volley-ball devient une métaphore de la résilience : un sport où l’on apprend à tomber, à se relever, et à trouver sa place malgré les obstacles. La relation entre Nico et Kia, par exemple, est un modèle de complicité sans mièvrerie. Elle le pousse à jouer, il la surprend par son talent naissant, et ensemble, ils forment une équipe inattendue.
Le tome 1 se termine sur une note à la fois prometteuse et inquiétante : Nico a trouvé un sport qui lui plaît, mais le club adulte de Sanviraco pourrait bien étouffer sa passion sous le poids des attentes compétitives. Quant à sa mère, son opposition inexpliquée au volley laisse présager un conflit familial qui pourrait éclater dans le prochain tome. Une chose est sûre : Block Out a tout pour devenir une référence du spokon moderne, où le sport n’est pas une fin en soi, mais un miroir des tourments adolescents.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Block Out T.1, Salvatore Nives, Editions Ankama, 7,95 €