Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Astro Royale T. 4, La charge des Yotsurugi - Par Ken Wakui - Éd. Glénat Manga

Par Milan MORALES Pas mal 8 juillet 2026 
Un shônen de yakuzas sous une pluie de météorites qui entame son dernier virage, Astro Royale revient avec un tome 4 aussi explosif que frustrant. « La charge des Yotsurugi », c’est celle d’un clan lancé à pleine vitesse vers le cœur du mystère du « minerai de l’aube », mais aussi d’une série contrainte de lever le pied plus tôt que prévu…

Hibaru et sa fratrie de jeunes yakuzas ont quitté les ruelles d’Asakusa pour mettre le cap sur la plateforme zéro, une gigantesque base installée dans la baie de Tokyo.
Au centre de toutes les convoitises se trouve le fameux minerai de l’aube, ressource liée à l’apparition des « astro », ces pouvoirs nés lors de la pluie de météorites et activés par un objet intime qui révèle autant la capacité que la personnalité de son porteur.

La plateforme fonctionne comme un champ de bataille compartimenté : chaque section devient l’arène d’un duel entre forces de l’ordre et yakuzas, chacun avançant avec ses propres motivations (la raison d’État pour les uns, l’honneur du clan et la survie pour les autres).
Ce tome s’ouvre ainsi sur quatre combats en suspens, promesse de grand spectacle et de montée en puissance après les affrontements urbains des trois premiers volumes.

Pourtant, Ken Wakui choisit rapidement d’expédier trois de ces face-à-face, les réglant en peu de pages pour concentrer toute la tension sur le duel central : Hibaru vs Hyoga, figure clé liée au bureau n° 6 et au secret du minerai.
Ce combat, plus étiré, devient le pivot du volume. Au fil des échanges, Hyoga est moins un simple obstacle qu’un révélateur : ses motivations et sa connexion au minerai font basculer l’intrigue de la guerre de territoires vers un enjeu bien plus large, quasi mortel pour le monde d’Astro Royale.

Mais le véritable cœur émotionnel de ces chapitres, c’est Kinpa. Jusqu’ici en retrait, la jeune fille voit ses pouvoirs se réveiller en pleine mêlée, portée par sa soif de vengeance. Ce réveil ne se limite pas au simple exutoire : Kinpa franchit le cap entre rancœur et deuil, transformant sa douleur en décision, et Ken Wakui lui offre enfin l’espace qu’elle mérite pour exister autrement qu’en second rôle. Le combat devient alors une catharsis, où la violence graphique se met au service d’une scène chargée en émotions, presque crépusculaire.

Visuellement, notre mangaka reste fidèle à ce qui fait sa patte : silhouettes élancées, style vestimentaire travaillé et cadrages au cordeau qui donnent un souffle cinématographique aux affrontements.
La mise en scène du pouvoir de Kinpa, la détermination inscrite dans ses postures et ses regards confirment que l’auteur sait rendre le réveil d’un astro lisible, spectaculaire et signifiant.
Une fois le duel Hibaru/Hyoga bouclé, le tome dévoile enfin le rôle central du minerai de l’aube dans la mécanique d’Astro Royale, installant ce dernier comme moteur des prochains chapitres et comme instrument possible de domination pour le clan Yotsurugi.

Ce volume ouvre en réalité l’arc final d’une série qui, au Japon, s’achève en six tomes. Ayant conscience de cela, on perçoit beaucoup plus clairement que chaque révélation sur le minerai est destinée à préparer la course vers cette ligne d’arrivée qui apparaît tout à coup sur notre ligne d’horizon narratif.

Astro Royale reste pour moi une curiosité attachante : un shônen de crime organisé qui préfère les silhouettes fines aux gros bras, la dramaturgie familiale aux démonstrations de puissance gratuites. Avec ce tome 4, j’ai le sentiment que Ken Wakui a enfin trouvé le ton exact de son univers : les combats sont plus nerveux, les pouvoirs mieux exploités et le rythme ne retombe quasiment jamais une fois la plateforme zéro atteinte.

On le sent pourtant pris dans un étau. Le manga ayant été stoppé prématurément en six volumes, ce début d’arc final doit enchaîner les révélations pour bâtir une conclusion « digne de ce nom », quitte à sacrifier une partie du développement des duels annoncés.
Les lecteurs qui espéraient quatre combats mémorables resteront donc sur leur faim : on perd en variété ce qu’on gagne en intensité (trop) concentrée.

En revanche, Kinpa est la grande gagnante de cet opus. Sa montée en première ligne, l’éveil de son pouvoir et la manière dont elle dépasse la simple vengeance pour entamer son deuil offrent une séquence réellement émouvante, qui fait écho aux thèmes annoncés dès le début : fraternité, héritage, honneur, trajectoires cabossées. On sent que Wakui a de l’affection pour ce type de personnage : brisé mais encore debout, animé par quelque chose de plus vaste que la haine brute. C’est dans ce genre de scènes qu’Astro Royale touche du doigt ce qu’il aurait pu être sur une durée plus longue.

Par Milan MORALES

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782344071472
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Milan MORALES  
A LIRE AUSSI  
BD d’Asie