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Shong, vous avez travaillé pour le 10e art, un des beaux-arts auquel prétend le jeu-vidéo. Comment en êtes-vous venu à vous lancer dans la BD ?
Faire du jeu vidéo est une activité frustrante. On ne s’amuse pas forcément dans les tâches à faire. Évidemment, c’était génial et ça m’a beaucoup apporté. Mais, à côté, j’avais besoin de m’exprimer plus librement. Un jour, une personne est venue dans l’équipe et a proposé à certains de participer à un fanzine.Il se trouve que j’étais le seul vraiment prêt à m’investir dans ce projet. Ainsi, en pleine production d’un jeu, j’ai pu raconter pour moi les histoires qui m’intéressaient. Je n’ai pas vraiment quitté le monde de la création de jeu puisque maintenant je l’enseigne dans une école.
« Si je devais faire une analogie, je dirais que Tim c’est le Gaston Lagaffe des jeux vidéo »
En 2003, vous publiez la BD SF Red Earth Chronology, en 2005, Le Mont des lauriers et 2007 vous publiez aussi L’Escouade des ombres aux Humanoïdes associés où vous reprenez un peu les codes du manga. Comment en êtes-vous arrivé à varier les styles et à aborder finalement un style franco-belge au gros nez typique ?
Ça vient beaucoup du jeu vidéo. Quand on travaille dans un studio d’animation, on doit être très souple et s’adapter à la demande. Quand j’ai fait la BD Airsoft Tim, je me suis demandé quel format je souhaitais et j’ai effectivement pensé que l’école franco-belge pouvait coller. Je ne voulais pas que ce soit trop dans un style manga, qui est quelque chose de souvent plus dynamique. Mon intention était surtout que ça soit drôle. J’ai étudié ça d’un point de vue « marketing ». Ça me semblait le plus pertinent. Maintenant est-ce que j’ai eu raison ou tort ? je ne sais pas.
Le personnage principal de Aux Pixels près, Tim, a été créé à l’origine pour votre première série sur le thème de l’airsoft : Airsoft Tim. Pourquoi l’avoir ré-utilisé dans cette nouvelle série ?
L’idée était de fidéliser les lecteurs déjà présents sur Airsoft Tim. Je voulais vraiment capitaliser sur ce lectorat et sur la sympathie que suscite Tim. Je pense qu’il y aurait eu de toute façon une comparaison entre les deux univers, donc je me suis dit que ce n’était pas la peine de créer un autre protagoniste.
On n’en sait pas beaucoup et surtout on n’en voit pas beaucoup le jeu vidéo sur lequel Tim et toute l’équipe travaillent. Est-ce pour garder le mystère pour la suite ou pour se concentrer sur la réalité du métier ?
C’est vraiment pour se concentrer sur les personnages de la BD. Montrer l’équipe de production. Les jeux on en voit déjà partout, on y joue déjà beaucoup. D’autres BD comme Kid Paddle montrent plus concrètement les jeux. Moi je voulais me concentrer sur le côté humain. Sur chaque personne qui contribue à l’élaboration de ces jeux. Ça sera pareil pour la suite.
Vous regorgez de références, on le voit notamment dans Aux Pixels près, avec tous ces nombreux clins d’œil à la pop-culture et aux jeux vidéo en particulier. Artistiquement, quelles sont vos principales influences ?
Je n’ai vraiment pas de style bloqué à la base. Je me demande toujours ce qui peut convenir le mieux à ce que je veux raconter. Aussi, je n’ai pas la prétention d’avoir une culture bédéiste et cinématographique étendue. Pour mes BD, j’adapte les personnages au récit et pas l’inverse.
Quand j’étais petit, j’avais un gros défaut qui était de traîner dans le côté librairie des grandes surfaces. Au lieu d’aider ma mère pour les courses j’allais me plonger dans les Astérix ou les BD de Franquin. Aussi, j’aimais beaucoup de choses qui n’étaient pas particulièrement de mon âge à l’époque, comme des œuvres de Gotlib.
Puis le manga papier est arrivé et j’en ai beaucoup lus. J’étais aussi un fan des comics américains comme les X-Men, les Superman, les Batman... J’ai adoré car il y a des pouvoirs. C’est super d’avoir d’avoir pouvoirs ! On retrouve moins ça dans la BD franco-belge, qui a toutefois beaucoup d’humour. Donc, vraiment, je prends toujours un peu à droite à gauche dans mes inspirations. Et ce qui m’intéresse beaucoup, c’est de faire rire les gens.
On ne voit pas le visage de certains personnages, notamment la sœur de Tim. Pourquoi ce choix étonnant et intrigant ?
(rires) C’est un choix scénaristique destiné à préparer la suite. Mais je voulais déjà montrer un peu qu’il a une sœur.
Est-ce qu’au fond Tim, c’est vous ? Ou êtes-vous plus proche du directeur artistique présent de la BD, poste que vous avez occupé ?
Les employés du jeu vidéo dans cette BD, ce sont des archétypes, clairement, que j’ai rencontrés plusieurs fois et que je synthétise. Mais Tim, c’est un peu moi, oui.
Cette BD, très ludique et riche, bombarde d’informations sur les divers métiers liés aux jeux vidéo, ainsi que sur le processus créatif et ses aléas. Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?
Je voulais transmettre un témoignage aux lecteurs sur ce que l’on fait dans une boîte de jeux vidéo : comment ça se produit, l’ambiance qu’il peut y avoir. Je pense qu’aujourd’hui le public a compris qu’il y a des personnes qui sont sous pression. Il y a eu aussi une très mauvaise campagne de presse vis à vis de grosses boîtes comme d’Ubisoft ou dernièrement Microïd. Cette BD c’est aussi pour redorer, je dirais, le blason de ceux qui font ces métiers et de donner des indications pour ceux qui ambitionnent à travailler là dedans. Maintenant c’est surtout mon point de vue de la chose.
On a évoqué Les Humanoïdes associés. Comment en êtes-vous venu à éditer vous-même Airsoft Tim et Aux Pixels près ? Est-ce une volonté propre ? Avez-vous d’abord soumis votre projet à des éditeurs ?
J’avais envie de proposer mes projets. Mais comme pour beaucoup de monde, ça n’a pas été retenu. Peut-être est-ce par rapport au sujet, aux choix éditoriaux. J’avais déjà publié des BD chez des éditeurs, mais là j’avais deux options. Soit je me morfondais dans mon coin, soit au final, je croyais en ce que je faisais et je fonçais. Il n’y a pas beaucoup de solutions. à la base de la base, je viens du métier du livre, donc je sais comment ça se passe.
Ce premier tome de Aux Pixels près s’intitule Préprod. Production et post-production sont-ils déjà en préparation ?
Oui, l’idée est bien de montrer chaque étape de la création d’un jeu par tome. Là, pour l’heure, je suis en train de finaliser le 5e tome d’Airsoft Team. Après, j’attaquerai Aux Pixels près 2. J’ai déjà toute la trame prête. Je ne sais pas s’il y aura autant d’événements que dans l’album Préprod, mais c’est déjà pas mal chargé. Le personnage de Tim devrait prendre du galon....
Voir en ligne : LE SITE DE SHONG
Par Rémi BARNAULT
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En médaillon : Shong au FIBD d’Angoulême de 2025. Photo de Rémi Barnault.