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Spirou est un personnage qui, on le sait, appartient aux éditions Dupuis, filiale de Média-Participations. Il est ici le chef de file d’une galerie de personnages dont les droits sont détenus ou exploités par différentes sociétés : Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe, le Marsupilami, Lucky Luke, Kid Paddle, Boule et Bill, Zombillénium ou encore Petit Poilu. Ajoutons les Schtroumpfs, dont les droits sont gérés par IMPS, la société fondée par la famille de Peyo, ou encore Naruto de Masashi Kishimoto., propriété intellectuelle japonaise notamment contrôlée par Shueisha. Le manga est publié en France par Kana, filiale de Média-Participations. À l’origine du projet se trouve Parexi, société spécialisée dans le développement de parcs de loisirs, associée à Média-Participations et à d’autres investisseurs dans une opération représentant près de 50 millions d’euros.
En juin 2018, le Parc ouvre ses portes. Les débuts sont difficiles : alors qu’il espérait atteindre rapidement le seuil de 450 000 visiteurs, seuls 120 000 sont au rendez-vous la première année. En cause : une offre insuffisante et un tarif public mal adapté. Grâce à un investissement supplémentaire de 10 M€ et sept nouvelles attractions, l’année suivante, en 2019, la fréquentation bondit à près de 280 000 visiteurs. Mais le compte d’exploitation reste lourdement déficitaire.
L’année suivante, en 2020, c’est l’année du Covid. Média-Participations reprend le contrôle de l’activité. Entre 2021 et 2024, le chiffre d’affaires augmente de plus de 80 %, passant de 7,57 M€ à 13,67 M€, tandis que la perte nette se réduit de 4,70 M€ à 2,81 M€. Signe encourageant : l’activité courante commence à dégager de l’argent, avec un excédent brut d’exploitation redevenu positif. Mais les amortissements, le poids des investissements et leur financement maintiennent le résultat final dans le rouge. En 2024, le Parc Spirou réalise ainsi 13,67 M€ de chiffre d’affaires pour une perte nette de 2,81 M€.
La même année, le groupe franchit une nouvelle étape en acquérant le parc aquatique concurrent et voisin Wave Island. Cette opération permet de constituer à Monteux un ensemble de loisirs susceptible, à terme, de devenir une véritable destination touristique. Les comptes de Wave Island restent cependant distincts de ceux du Parc Spirou : son activité est positive.
Une fréquentation qui progresse
En 2025, la fréquentation du Parc Spirou atteint environ 330 000 visiteurs. Mais ses propriétaires espèrent encore progresser en 2026 grâce à l’arrivée annoncée en 2025 de la licence Naruto, dont le manga est édité en France par Kana, propriété du groupe Média-Participations, cumulant plus de 30 milions d’exemplaires vendus. Hervé Lux, le directeur général du parc, a déclaré que cette licence constituait un « game changer » décisif..
Les premiers résultats semblent lui donner raison. L’ouverture de Naruto – Konoha Land, le 4 avril 2026 a produit un effet immédiat sur la fréquentation : 80 000 visiteurs ont été enregistrés durant un peu plus du premier mois de la saison, contre 45 000 sur la même période en 2025.
L’enjeu est désormais de construire une véritable offre de resort, avec hébergements et restauration, afin d’élargir l’expérience visiteur des familles, d’allonger la durée de leur séjour et de multiplier les dépenses annexes : restauration, hébergement et produits dérivés issus des univers exploités. Le modèle Disney reste en ligne de mire, mais modestement. Le parc Spirou a-t’il trouvé là sa martingale ? Le spécialiste des parcs Parzy le pense. Il en parle dans cette vidéo.
Des espoirs de diversification déçus
Cela donne de l’espoir, mais on ne peut achever ce tour d’horizon sans évoquer deux tentatives de diversification de Média-Participations dans les parcs de loisirs, en Chine et à Angoulême, lesquelles se sont soldées par des échecs. Paradoxalement, les deux dossiers sont liés.
En effet, implanté à Shanghai depuis 2014, Média-Participations ambitionnait d’y décliner ses héros en parcs d’attractions, en travaillant sur le modèle du projet provençal. En 2018, Vincent Montagne, président de Média-Participations, annonçait même en présence de partenaire chinois Dragon Deity un programme de « cinq à six parcs en cinq ans », autour du Marsupilami, de Yakari, Léonard ou Valérian. En novembre 2019, de nouveaux accords sont annoncés à Shanghai entre Dargaud et Dragontoon, en présence du ministre français de la Culture, Franck Riester. Aucun de ces projets de parc ne verra finalement le jour.
On retrouve cependant Dragontoon en France, à l’origine du Parc Spirou à Angoulême, comme principal investisseur d’un projet de parc sur ce modèle : Imagiland associé avec Parexi et d’autres partenaires dont Média-Participations, annoncé en janvier 2020 pour sortir de terre en 2023.
Ce complexe de loisirs représentant un investissement de plus de 100 millions d’euros devait réunir deux parcs et un hôtel autour de célèbres personnages de bande dessinée, notamment Boule et Bill, Gaston Lagaffe ou Blake et Mortimer d’un projet de parc sur le modèle. Parexi devait en assurer la gestion, tandis qu’ADIM Nouvelle-Aquitaine, filiale de Vinci Construction France, était chargée du développement immobilier. Mais Dragontoon est écarté du dossier en 2021, la Banque des Territoires de Nouvelle-Aquitaine le jugeant « pas assez fiable ». Le projet est alors retardé et revu à la baisse. Prévu initialement pour ouvrir en 2023, Imagiland ne verra finalement jamais le jour.
Comme on le voit, même à une échelle bien moindre que les 6 milliards d’euros que s’apprêtent à investir les Saoudiens dans leur projet français, entrer sur le marché des parcs de loisirs en France n’est pas une entreprise facile, mais encore moins au niveau mondial.
Par Didier PASAMONIK
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