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L’Âge d’Ombre - Par Caza - Ed. Les Humanoïdes Associés

Par Marc VANDERMEER Favori de la rédaction 9 octobre 2025 
Retour sur un classique de la SF : L’Âge d’Ombre de Caza, dans une intégrale d’excellente facture, agrémentée d’une postface de Nicolas Trespallé. Une œuvre bouleversante, tant sur le plan scénaristique que visuel !

Grandiose, sublime, épatant… Les superlatifs pour décrire l’univers de Caza ne manquent pas ! Teintée d’une poésie fine, cette œuvre à part dépeint avec une grande adresse des éléments de vie, de mort, d’amour et de destruction, le tout mis en relief par une qualité graphique somptueuse.

Ce recueil d’histoires courtes, indirectement liées les unes aux autres et ayant pour objectif commun de dévoiler la genèse des ’oms et leur éradication définitive, fut initialement publié dans la revue « Pilote » ; il réunit deux tomes respectivement intitulés Les Habitants du Crépuscule , paru en 1982, ainsi que Les Remparts de la Nuit en 1984, aux éditions Dargaud.

Plus de quatre décennies plus tard, cet OVNI jubilatoire n’a absolument rien perdu de son éclat, plaçant L’âge d’Ombre au panthéon des titres de science-fiction, de par sa trame insolite et ses planches millimétrées à donner le tournis.

Auteur phare et incontournable du magazine « Métal Hurlant », Philippe Caza s’est illustré en devenant l’un des piliers de la SF avant-gardiste de sa génération, tant sur le plan scénaristique que graphique, pour un résultat ô combien envoûtant.

Avec grande classe, ce conteur nous distille un récit époustouflant, sans temps mort, aux frontières de la vie, du cosmos et de sa finalité, sa déchéance, son extinction. On y découvre la vie et le quotidien d’un peuple, les ’oms, qui peu à peu déclinent, meurent, incapables de sortir de leur forteresse en dépit de la dureté d’un climat hostile et inhospitalier.

L'Âge d'Ombre - Par Caza - Ed. Les Humanoïdes Associés
©Caza/ Les Humanoïdes Associés

Les notions de mort, de suicide et de désespoir inondent ce récit quelque peu apocalyptique. C’est d’autant plus curieux que ce peuple des ’Oms ne ressent pour ainsi dire rien la plupart du temps : ni haine, ni joie, sauf lorsqu’il est stimulé par des événements extérieurs, comme c’est le cas du joueur de flûte qui soumet curieusement une entité entière de ’Oms se noyant dans la rivière.

Un autre cas de figure interpellant se démarque avec l’autorité supérieure qui soumet son peuple par le biais d’images et de rêves projetés dans l’esprit des individus. Toute pensée à caractère sexuel doit impérativement être rejetée lors d’une décontamination émotionnelle : une opération favorable à l’élimination de déchets toxiques, en quelque sorte, une façon de conduire chaque membre vers une forme d’aliénation.

Ceci dit, on notera également une liaison amoureuse lors du chapitre intitulé « Les Ailes des autres », durant lequel un ’oms de la ville d’Aut’Om retrouve, hors de la Cité, Llible, une créature bleue aux ailes titanesques, dont il s’éprend. Mais tout espoir s’effondre comme neige au soleil, puisque l’un comme l’autre se retrouvent dans l’incapacité de se réunir à nouveau. Radioactivité, terres desséchées, animaux mutants ou encore eau polluée empêchent les ’oms de quitter leur prison, bien que ce soient eux qui soient à l’origine de ce chaos.

Toute échappatoire se veut improbable. L’univers narré par Caza est à la fois poétique, magique, inspiré et porteur de louanges, avant de bercer chapitre après chapitre vers un écho similaire : la fin et le néant.

En parcourant L’âge d’Ombre, le lecteur se trouve saisi entre le vertige du vide abyssal et l’intensité d’une expérience poignante. Les vases communicants, en quelque sorte, imprégnés d’une force vivante et de son contraire : la vacuité sans la moindre teneur. Mais il y est également question d’un cycle, comme le découvrira le lecteur : un voyage au-delà du temps et des époques.

Des plans architecturaux de grande beauté, des décors troublants imprégnés de souffrance et de désolation, ou encore des créatures hybrides à la fois attachantes et désolantes : tant d’éléments mis en valeur par le génie de Caza. La partie graphique n’est pas en reste et vaut son pesant d’or, invitant le lecteur à s’attarder longuement sur certaines planches.

Absolument rien dans cet album n’est à négliger, que ce soit les techniques de découpage variées ou encore sa palette colorimétrique jouant tour à tour l’éventail de l’arc-en-ciel, à l’instar d’autres titres atypiques de Caza tels que Arkhé et Laïlah ou encore Les Mondes d’Arkadi.

Quant à l’édition elle-même, chapeau bas ! Un premier et quatrième plat de couverture splendides, un papier d’excellente qualité, sans oublier la cerise sur le gâteau : une postface enrichie de Nicolas Trespallé « Le Matin du Magicien ».

Autant l’avouer clairement, cet album se veut être un must absolu en la matière !

©Caza/ Les Humanoïdes Associés

Par Marc VANDERMEER

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Code EAN : 9782731666595

L’âge d’Ombre. Auteur : Caza. Editeur : Les Humanoïdes Associés. 111 pages. Sortie : le 11 juin 2025. Prix : 24,95 euros.

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1 Message :
  • L’Âge d’Ombre - Par Caza - Ed. Les Humanoïdes Associés
    12 octobre 2025 12:33, par crisostome

    Des récits magnifique de beauté et d’intelligence du grand CAZA, qui donnent à réfléchir au delà de l’admiration du prodigieux travail de l’artiste. Et bien loin des histoires qui paraissent dans l’actuel Métal Hurlant trop vides de sens et d’essence vitale de ce qui se produisait à l’époque (de Pilote et de Métal Hurlant).

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