Jean-Christophe Menu relance la collection 30/40 d’Etienne Robial

Par Didier PASAMONIK Excellent 16 décembre 2024 
L’admiration réciproque que se portent Jean-Christophe Menu, co-fondateur et ex-timonier de L’Association et Etienne Robial, co-fondateur et ex-timonier de Futuropolis, n’est un secret pour personne. Menu a vociféré plus d’une fois contre le « faux-turopolis » qui est aujourd’hui la propriété du groupe Gallimard et Robial a soutenu dès le début le label « L’Apocalypse » que Menu a créé en quittant L’Association. Ces deux esthètes s’estiment. C’est pourquoi Menu relance l’un des concepts les plus fameux de l’éditeur de la rue du théâtre, avec l’adoubement de son créateur : la collection 30/40.

30 x 40 cm, est un format qui correspond à la moitié de la feuille d’une machine offset classique qui compose un cahier de 32 pages plus 4 de couverture sur un papier un peu plus épais. C’est aussi, peu ou prou, le format classique d’une page originale de bande dessinée. L’un des premiers volumes de la collection, publié en 1974 aux éditions Futuropolis, mettait en lumière le trait fabuleux d’un jeune auteur alors débutant : Jacques Tardi. Il s’agissait de la célèbre Véritable Histoire du soldat inconnu.

Cet album attira deux ans plus tard, le jeune JC Menu dans la boutique d’occase du libraire-éditeur. Le jeune homme aux cheveux (déjà) hirsutes cherchait alors un album de Macherot : Sibylline et la betterave. Il repartit avec l’album de Tardi sous le bras avec cette leçon : s’il devenait un jour éditeur, il fallait qu’il publie des ouvrages hors-normes, loin des canons de la BD commerciale qui avait tant fait souffrir -il l’apprendra plus tard- son idole belge Raymond Macherot.

C’était déjà la démarche d’Etienne Robial qui, dans cette collection, marquait avec ce format «  la naissance de la bande dessinée d’auteur et par là-même son positionnement face aux albums [sic] infantiles de la production franco-belge, écrit-il dans la préface énamourée qu’il adresse à cet ouvrage. Nous voulions à Futuro que notre bande dessinée s’adresse aux adultes, aux matures. Le format hors-normes des livres de la collection ( 30 x 40 cm ) permet une meilleure lecture du trait dessiné, mais surtout, interdit physiquement son accès aux bacs des librairies destinés aux héros des enfants classés par ordre alphabétique… »

Ce côté « punk », Menu le cultiva quand il lança L’Association, avec ses ouvrages aux formats improbables, toujours changeants, jamais formatés, à la fabrication et à la typographie soignés, simples et impeccables. On le retrouve dans ce volume dont le code-barre est quasiment dissimulé dans le dessin de la 4e de couverture. Menu a toujours été opposé à ces stigmates de laideur imposés par la grande distribution, mais elle s’impose hélas, aussi, à l’édition alternative. C’est sans doute pour cela que Robial a fait de Menu son héritier spirituel. C’est d’ailleurs le graphiste-star qui a conçu la couverture.

Et comme toute charité bien ordonnée commence par soi-même, c’est JC Menu qui signe le premier volume de cette renaissance.

Un ouvrage hétéroclite, variante de son Méta-Mune Comix (2014), tantôt en noir et blanc, tantôt en couleurs, où Menu s’exprime et se raconte, parfois dans des choses très personnelles, comme les derniers moments puis le décès de son père, la disparition de sa mère, entremêlés à des aventures de son inspecteur Lapot qui enquête sur un facho « qui s’est mangé une fourche dans le buffet  » (on reconnaît là son goût pour les punchlines à la Maurice Tillieux…), de nouvelles aventures de Vert Thépamur, la Jeunesse de Meder ou ses « Chroquettes  » où l’on peut lire un hommage au Bérurier Noir ou une escapade sur son Mont-Vérité, sous la forme d’un périodique foutraque au trait de plume foisonnant.

On croise au passage Hergé et Tardi, balancés aux chiottes, et on aboutit dans l’arche de Noé de l’auteur, collectionneur compulsif, content d’avoir produit ce 30/40 pour mieux le ranger à côté de ceux de Robial qu’il a au complet, bien évidemment.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782367310312

Menu 30/40 - Par JC Menu - Ed. L’Apocalypse, 27€

L’Apocalypse ✏️ Jean-Christophe Menu France Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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9 Messages :
  • Jean-Christophe Menu relance la collection 30/40 d’Etienne Robial
    16 décembre 2024 16:14, par marc rousseau

    bonjour,
    le premier 30x40 était celui consacré à Calvo suivi du Gir

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    • Répondu par Didier Pasamonik - L’Agence BD le 16 décembre 2024 à  18:41 :

      Nous avons corrigé. Merci.

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  • Grand auteur, grand éditeur ! Que le grand prix d’Angoulême soit remis à Menu cette année !

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    • Répondu par Olric Hunter le 17 décembre 2024 à  12:37 :

      Grand auteur non, il n’a aucune oeuvre majeure.

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      • Répondu par Gina Vanilla le 17 décembre 2024 à  20:24 :

        Il a fait Meder, peut-être autobio. Et aussi les appréciables Carnets de Fhamille,à l’Asso. Et même un album cartonné couleurs chez Delcourt, écrit par Sfar et Trondheim !

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        • Répondu le 18 décembre 2024 à  08:08 :

          Cela ne fait pas une œuvre majeure.
          La place marquante de Menu dans la bande dessinée est celle d’un éditeur et d’un graphiste.
          Menu était l’éditeur de l’Association. Il a été viré par ses associés et depuis, l’Association n’a plus la même aura. L’esprit de l’Association, on le retrouve dans les édition de l’Apocalypse. Sans Menu était l’esprit qui faisait la cohérence de l’Association.
          Le Futuropolis de Gnaedig n’est pas Futuropolis. C’est une noix dont la substance a été remplacée par autre chose mais on a gardé la coquille pour faire vendre. Gnaedig n’a pas du tout l’esprit de Robial. Les deux personnalités sont aux antipodes.

          Menu et Robial ont en commun d’avoir été privés de ce qu’ils ont initié. Pas étonnant qu’ils se rejoignent. Ce sont deux graphistes brillants qui ont aussi une vision très indépendante, radicale et exigeante de la bande dessinée.

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          • Répondu par RDevelder le 18 décembre 2024 à  20:35 :

            Jean-Christophe Menu a vu des auteurs éclore autour de lui sans que son talent à lui n’intéresse (hors quelques initiés), peut-être en-a-t-il de la rancoeur ?

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          • Répondu le 19 décembre 2024 à  09:33 :

            Je ne connais pas Gnaedig personnellement (contrairement à vous qui semblez venir ici régler quelques comptes), mais c’est toujours compliqué de reprocher à une personne de ne pas en être une autre. Il me semble que quand la marque Futuropolis a été relancée, l’ancien Futuropolis n’existait plus depuis un bon moment.

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            • Répondu par Ammar Abboud le 19 décembre 2024 à  18:33 :

              Le nouveau Futuropolis est 10 meilleurs en qualité que l’ancien (non pas la librairie original que Robial et Co ont achetés) et rentable pour une fois.

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