Excellent
16 décembre 2024
30 x 40 cm, est un format qui correspond à la moitié de la feuille d’une machine offset classique qui compose un cahier de 32 pages plus 4 de couverture sur un papier un peu plus épais. C’est aussi, peu ou prou, le format classique d’une page originale de bande dessinée. L’un des premiers volumes de la collection, publié en 1974 aux éditions Futuropolis, mettait en lumière le trait fabuleux d’un jeune auteur alors débutant : Jacques Tardi. Il s’agissait de la célèbre Véritable Histoire du soldat inconnu.
Cet album attira deux ans plus tard, le jeune JC Menu dans la boutique d’occase du libraire-éditeur. Le jeune homme aux cheveux (déjà) hirsutes cherchait alors un album de Macherot : Sibylline et la betterave. Il repartit avec l’album de Tardi sous le bras avec cette leçon : s’il devenait un jour éditeur, il fallait qu’il publie des ouvrages hors-normes, loin des canons de la BD commerciale qui avait tant fait souffrir -il l’apprendra plus tard- son idole belge Raymond Macherot.
C’était déjà la démarche d’Etienne Robial qui, dans cette collection, marquait avec ce format « la naissance de la bande dessinée d’auteur et par là-même son positionnement face aux albums [sic] infantiles de la production franco-belge, écrit-il dans la préface énamourée qu’il adresse à cet ouvrage. Nous voulions à Futuro que notre bande dessinée s’adresse aux adultes, aux matures. Le format hors-normes des livres de la collection ( 30 x 40 cm ) permet une meilleure lecture du trait dessiné, mais surtout, interdit physiquement son accès aux bacs des librairies destinés aux héros des enfants classés par ordre alphabétique… »
Ce côté « punk », Menu le cultiva quand il lança L’Association, avec ses ouvrages aux formats improbables, toujours changeants, jamais formatés, à la fabrication et à la typographie soignés, simples et impeccables. On le retrouve dans ce volume dont le code-barre est quasiment dissimulé dans le dessin de la 4e de couverture. Menu a toujours été opposé à ces stigmates de laideur imposés par la grande distribution, mais elle s’impose hélas, aussi, à l’édition alternative. C’est sans doute pour cela que Robial a fait de Menu son héritier spirituel. C’est d’ailleurs le graphiste-star qui a conçu la couverture.
Et comme toute charité bien ordonnée commence par soi-même, c’est JC Menu qui signe le premier volume de cette renaissance.
Un ouvrage hétéroclite, variante de son Méta-Mune Comix (2014), tantôt en noir et blanc, tantôt en couleurs, où Menu s’exprime et se raconte, parfois dans des choses très personnelles, comme les derniers moments puis le décès de son père, la disparition de sa mère, entremêlés à des aventures de son inspecteur Lapot qui enquête sur un facho « qui s’est mangé une fourche dans le buffet » (on reconnaît là son goût pour les punchlines à la Maurice Tillieux…), de nouvelles aventures de Vert Thépamur, la Jeunesse de Meder ou ses « Chroquettes » où l’on peut lire un hommage au Bérurier Noir ou une escapade sur son Mont-Vérité, sous la forme d’un périodique foutraque au trait de plume foisonnant.
On croise au passage Hergé et Tardi, balancés aux chiottes, et on aboutit dans l’arche de Noé de l’auteur, collectionneur compulsif, content d’avoir produit ce 30/40 pour mieux le ranger à côté de ceux de Robial qu’il a au complet, bien évidemment.
Par Didier PASAMONIK
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Menu 30/40 - Par JC Menu - Ed. L’Apocalypse, 27€
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