Godzilla était à l’honneur cette année à Japan Expo : un monstre terrifiant qui contraste avec l’affable Shinji Higuchi qui a partagé avec le public quelques uns de ses souvenirs lors d’une conférence pleine de rire et d’anecdotes nostalgiques.
Ce sont les souvenirs d’enfance qui ont ouvert les échanges : Shinji Higuchi fut très tôt fasciné par les posters des films de Kaiju qui mettaient en scène des destructions massives. Malheureusement, il ne retrouvait pas dans les films eux-mêmes l’ampleur de ces destructions. Puis avec Les Envahisseurs de l’espace (film japonais de 1970), il comprit que c’était en réalité les scènes de catastrophes qui le subjuguait.
Cependant sa passion des monstres n’a jamais faibli, et ce fut un grand drame lorsque ses parents jetèrent à la poubelle son grand carton de jouets de monstres, car à leurs yeux, il était devenu trop âgé pour se donner à cette passion.
Shinji Higuchi compensa cette perte et l’interdiction des Kaijus, par des hobby connexes : les château japonais et les créatures des grands fonds marins. Un autre film de catastrophe aura également une grande influence sur cet imaginaire compensatoire : La Submersion du Japon, de 1973.
Plus tard, lorsqu’il fut au lycée, sa tante l’emmena visiter les studios Toho, où elle travaillait sur des publicités. Cette sortie eut un grand impact chez lui, surtout qu’il eut la chance d’assister à un tournage exceptionnel : la destruction, dans un immense bassin, d’une réplique de 10 mètres du Yamato, le plus célèbre navire de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, il utilisera régulièrement l’argent récupéré lors de ses cours du soir pour visiter les studios Toho !
Finalement, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique en 1983, en tant que stagiaire sur Bye-Bye Jupiter. Il précise que lors de ce tournage, la plupart des maquettes ont été réalisées par des étudiants. L’année suivante, il travaille sur Le Retour de Godzilla en tant qu’assistant maquettiste.
Nous faisons ensuite un bon dans le temps pour connaître le fond de sa pensée sur le passage au tout numérique, lui qui a connu la grande époque des maquettes. Il n’a pas semblé plus nostalgique que cela car le numérique le passionne tout autant : il est toujours à rechercher de nouveaux effets. D’ailleurs, au sein de Shin Godzilla, il y existe un jeu avec les caméras des téléphones des personnages pour explorer ces nouvelles perspectives.
La conférence se termina par des questions posées par le public. Par exemple, s’il était curieux d’assister un jour à des films de Kaiju français. "Évidemment que oui", a-t-il répondu, tout en s’excusant que Paris fut détruit dans plusieurs des films auxquels il participa !
On lui demanda également quels souvenirs il avait gardé de son travail chez Gainax (il y fut employé de 1987 à 1997). Higuchi expliqua qu’il le ressentit comme son premier véritable travail. En effet l’animation n’avait jamais été une passion dans sa vie. Il avait ainsi beaucoup de pression au début, car il n’y connaissait pas grand chose, mais cette expérience lui a permis d’accroître sa confiance en lui.
On lui demanda ensuite de parler des films de L’Attaque des Titans qu’il réalisa. Il expliqua que ce n’était pas une commande, mais lui-même qui est allé voir les studios après avoir lu les trois premiers tomes qui venaient à peine de paraître. Le projet commença ainsi à se monter avant même que le manga devienne le phénomène que l’on connaît aujourd’hui. Il avoua d’ailleurs qu’en connaissant aujourd’hui la fin, il n’aurait sans doute pas décidé de réaliser ces films.
Il ajouta également que la production des films de L’Attaque des Titans - et son succès - ont permis de faire Shin Godzilla l’année suivante, composée de la même équipe en tout point. Sans les films sur les Titans, il n’y aurait sans doute pas eu Shin Godzilla.
Enfin, la conférence se termina par une question pertinente. "Aimeriez vous réaliser un cross-over entre Godzilla et Ultraman ?" lui demanda une personne dans la salle. Rappelons que Shinji Higuchi est aussi le réalisateur de Shin Ultraman, sorti dans le grand écran en 2022. Il répondit que c’était une idée intéressante, mais la difficulté qui se poserait à lui serait celle de savoir lequel des deux portera le laurier de la victoire - en dépit de l’autre - pour ne pas déplaire aux spectateurs !
Par Guillaume BOUTET
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