Très bon
7 mai 2025
Hélène rentre chez ses parents au moins un samedi sur deux. Mais ce soir-là, elle subit le déluge. Des torrents s’abattent du ciel et l’obligent à rester la nuit. Tel le film d’animation primé aux Oscars, Flow, l’inondation est incontrôlable et Hélène et ses deux parents se retrouvent piégés au premier étage de la maison sans réseau ni électricité.
Ce week-end de déconnexion forcée est un bon moyen pour ces trois de se reconnecter. Hélène passe du temps avec son père, amoindri par la vieillesse, bien qu’il fasse mine de ne pas être touché par la fatigue, mais aussi avec sa mère, meurtrie par la maladie d’Alzheimer.
Cela dit, c’est aussi le moment pour les parents de prendre soin de leur fille. Ces derniers temps, ils remarquent qu’elle est dépendante de son téléphone, qu’elle se dissimule derrière des vêtements amples et qu’elle a tendance à se renfermer et à s’écraser. L’inquiétude monte chez ses parents car, comme la foudre, le compagnon d’Hélène frappe fort et la détruit.
Pour ce troisième ouvrage, Jean Cremers s’appuie sur ses forces. Il s’appuie, ici encore, sur le vécu pour construire ses albums, que ce soit son passé ou celui de ses proches. Avec Après l’Orage, il rend hommage à sa mère et ses grands-parents. Il place, encore une fois, l’eau comme acteur principal de son intrigue pour inscrire des personnages caractérisés et forts dans une fable fantastique.
Son trait se veut efficace et lâché, il n’en est pas moins expressif. Il sublime le propos et soutient un ouvrage concentré sur la psyché, les relations et les dialogues.
Grâce à ce confinement fantasmagorique, Jean Cremers traite des sujets sombres comme l’éloignement social, la vieillesse, la maladie ou les violences conjugales. Des enjeux malheureusement intemporels que l’on a vus ressurgir lors d’un autre confinement durant l’épidémie de Covid. Pas misérabiliste, cet album touchant et vrai envoie un message d’espoir. Il alerte aussi et sensibilise, avec comme arme et leitmotiv, identique aux deux autres albums de l’auteur : l’empathie.
Après l’Orage s’inscrit dans une continuité avec ses deux prédécesseurs. Bien qu’ils soient tous indépendants, Jean Cremers crée un théâtre du réel. Une grande fresque de l’humain pour graver dans le marbre un hommage familial.
Par Kelian NGUYEN
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Après l’Orage - Par Jean Cremers - Ed. Lombard