Un vaisseau s’écrase sur une étrange planète déserte, avec à son bord un humain prénommé Achille. Sous le choc, celui-ci ne se souvient plus de l’objet de sa venue. Rapidement, il sympathise avec un certain Yago, une sorte de grenouille anthropomorphe, et découvre son peuple. Ces autochtones vouent un culte à un gigantesque cactus, qu’ils arrosent régulièrement en échange des épines aux effets plus qu’enivrants.
Ce qu’ils ignorent cependant, c’est qu’ils foncent tout droit vers leur perdition. Entre thématiques écologiques, exploitation et questionnement sur les dérives sectaires, l’album explore la manière dont une croyance peut devenir toxique… au sens propre comme au figuré. Entre Achille et les habitants d’Akoua se tisse un destin croisé, un étrange miroir où chacun ignore, à sa manière, une face essentielle de la réalité. C’est toute une société bercée dans une illusion.
On est propulsé dans un univers SF aux couleurs pop, avec quelques variations d’ambiance créant de vraies ruptures. Des pages blanches, parfois ornées d’un petit dessin, ponctuent le récit à la manière des noirs utilisés dans les séries TV, principalement pour marquer une transition de scène ou de décor. La mise en page, tantôt fidèle à la tradition du gaufrier classique occidental, emprunte également aux codes du manga.
Parmi les multiples influences, on note Akira Toriyama, Stéphane Blanquet ou encore Kaws. On sent que l’auteur – qui se décrit lui-même comme un créatif indiscipliné – prend plaisir à varier les codes graphiques, avec quelques choix surprenants, mais jamais dérangeants. Parfois, les bulles d’Achille et de Yago sont peintes dans des couleurs distinctes, parfois non. À d’autres moments, leurs dialogues partagent une même bulle, avec une typographie différenciée par couleur, symbolisant leur amitié naissante. Il arrive également que le dialogue échappe complètement au gaufrier, rappelant les prémices du 9ᵉ art.
Malgré quelques petites maladresses, l’ensemble reste agréable et captivant, porté par une intrigue aux accents écologiques, accessible au plus grand nombre. Né d’une mère institutrice et d’un père dessinateur, Julien Paris se tourne lui aussi vers les arts, se passionnant pour l’illustration, le graffiti et, bien sûr, la bande dessinée. Diplômé en 2009 d’Intuit.lab à Paris, il travaille ensuite pour diverses agences de communication avant de s’établir en indépendant. Pendant plusieurs années, il officie comme directeur artistique chez KissKissBankBank, découvrant ainsi l’économie créative.
Après avoir dirigé une édition associative, il crée un atelier d’impression textile dans le 14ᵉ arrondissement, à Paris. Avec Achille & Yago, Julien Paris signe sa toute première bande dessinée, publiée en auto-édition. Pour la suite et la fin de l’aventure, on espère voir davantage de personnages mis en avant, un approfondissement des protagonistes existants et une action soutenue. La sortie de ce final est prévue pour 2026.
Par Rémi BARNAULT
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