De Rodolphe Tœpffer, l’un des pères fondateurs de la bande dessinée, à la star Zep, en passant par Ceppi, Poussin, Ab’Aigre, Exem, Albertine, Buche, Tirabosco, Kalonji, Chapatte ou Frédéric Peeters, Genève a toujours été une terre fertile pour les auteurs de BD. S’appuyant sur le fait que le 9e Art, associé à l’illustration et à l’affiche genevoise, est inscrit en tant que tradition vivante dans la liste du patrimoine culturel immatériel suisse selon la Convention de l’UNESCO, la Ville et le Canton de Genève ont toujours mené une politique active dans ce domaine.
Ces institutions ont créé en 1997 les prix Rodolphe Tœpffer, qui récompensent chaque année un auteur majeur (Posy Simmons, Catherine Meurice, Nikita Mandryka, Bastien Vives, Manu Larcenet, etc.), un auteur genevois et un jeune auteur genevois (moins de 30 ans). Genève possède également un hôtel entièrement décoré par des dessinateurs genevois (Ibis Style Genève-Carouge), une Haute école d’art et de design (HEAD, fondée en 2006) et, encore plus pointue, une École supérieure de bande dessinée et d’illustration, créée en 2017. À ces institutions et à une ville bien dotée en librairies spécialisées, devrait s’ajouter en 2027 un musée dédié à la bande dessinée et à l’illustration.
Zep, fer de lance de ce projet de musée de la BD
Depuis quelques années, le canton de Genève, la commune du Grand-Saconnex et l’Association pour un Musée de la bande dessinée et de l’illustration (AMBDI) travaillent conjointement à la création de ce nouvel établissement qui aura pour écrin la Villa Sarasin, une belle demeure bourgeoise du XIXe siècle située près de l’aéroport. « Depuis une dizaine d’années, on travaille sur cette idée. Nous avions entamé les premières démarches, alors que le musée de l’horlogerie avait perdu son activité. Nous souhaitions réinvestir les lieux. Finalement, ça n’a pas pu se faire, car l’espace était très bien pour exposer des montres, moins pour exposer de la bande dessinée. Et nous avons eu cette opportunité avec la Villa Sarasin », détaille Philippe Chappuis, alias Zep, le président de l’AMBDI.
Un budget de douze millions de francs suisses
En 2023, l’appel d’offre lancé par le Canton de Genève pour l’aménagement de ce musée a reçu un franc succès, avec plus de 80 réponses de bureaux d’architectes suisses et étrangers. Le choix final s’est porté sur le bureau d’architecture genevois YKRA, connu pour ses scénographies qui cassent les codes traditionnels. En août 2024, une nouvelle étape a été franchie, le gouvernement genevois a adopté à destination du parlement un projet de crédit de cinq millions de francs suisses (à peu près l’équivalent en euros), qui devrait être validé par les députés. De quoi boucler un budget de pas loin de FS 12 millions, dont près de la moitié de fonds privés, qui servira à transformer la vénérable demeure en un musée attrayant et novateur. Une fois ce crédit accordé, la création du musée de la bande dessinée de Genève sera officielle et les différentes parties prenantes pourront se pencher sur la sélection du directeur ou de la directrice des lieux.
Un choix déterminant, puisqu’il ou elle aura la responsabilité de « donner la couleur du musée » et d’aménager les espaces muséaux. Et ce n’est pas la matière qui lui manquera, puisque la Ville de Genève dispose de nombreux originaux de Rodolphe Töpffer tandis que de grands collectionneurs se sont déjà engagés à donner ou à prêter des planches originales, des documents et des objets de leurs collections. « Aujourd’hui, ce n’est pas compliqué de faire des expositions, il y a bien des auteurs et dessinateurs qui acceptent de prêter leurs originaux », relève Zep, qui fera certainement partie des donateurs !
S’inspirer de Bâle, Angoulême ou Bruxelles…
Le futur directeur du musée genevois pourra aussi trouver l’inspiration en se rendant à Bâle (Cartoonmuseum), Angoulême ou Bruxelles, des villes connues pour leurs établissements culturels dédiés à la bande dessinée. « Ce qui est important, c’est que les spécialistes, comme ceux qui n’y connaissent rien, puissent s’y retrouver. Que ce ne soit pas trop pointu… », estime le père de Titeuf.
Alors que ce musée pourrait ouvrir ses portes en 2027, l’AMBDI imagine déjà ce à quoi pourrait ressembler dans ces murs le récit de l’histoire de la bande dessinée qui, en plus de ses nombreuses évolutions, constitue le secteur le plus dynamique du marché du livre. « Avant, on voyait la BD comme un truc pour les ados attardés, un public très masculin et jeune. Aujourd’hui, il y a une telle diversité : avec les mangas, les comics, les romans graphiques, la bande dessinée est devenu un genre littéraire très populaire », insiste le dessinateur, ravi de faire bientôt découvrir aux Genevois le pionnier Tœpffer ou la place de leur ville dans la bande dessinée francophone.
Par Dominique ERNST
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