Un flic sous l’Occupation T. 1, profit garanti – Par Richelle & Beuriot – Ed. Glénat

Par Dominique ERNST 23 octobre 2025 
Dans le Paris occupé de la Seconde Guerre mondiale, les inspecteurs de police Marsac, Brunet et Mercadier ont fort à faire pour tenter de faire respecter la loi dans une ville où les truands sont devenus des supplétifs de l’armée allemande. Personne n’est totalement propre dans cette histoire, pas même Marsac, le personnage principal de la série, qui améliore son ordinaire en trempant dans des trafics louches. Richelle et Beuriot signent un premier album réussi, qui augure d’une série de belle qualité si le scénario tient ses promesses…

Après la belle saga Amours fragiles, Philippe Richelle retrouve Jean-Michel Beuriot pour une nouvelle série au thème original : les choix et leurs conséquences en temps de guerre.
Dans le Paris occupé des années 1940, les inspecteurs Marsac, Brunet et Mercadier enquêtent sur un double meurtre sordide. Un couple de personnes âgées a été cambriolé, torturé et tué — un mode opératoire qui rappelle étrangement à Marsac la façon de faire d’un truand qu’il a envoyé en prison, Lucien Grenier. Mais à la faveur de l’Occupation allemande, ce dernier a retrouvé la liberté grâce à une collaboration active avec l’ennemi, collaboration qui s’est avérée très lucrative. Une situation assez courante à l’époque, où de nombreux repris de justice furent recrutés par l’occupant pour exécuter de sales besognes.

Face à cette situation, certains, comme le commissaire Fleury, préfèrent démissionner. Pour ceux qui restent, comme Marsac et ses deux collègues, la tâche s’annonce difficile. Tandis que l’affaire s’enlise, Paris connaît des heures sombres. Ceux qui ne subissent pas la situation en profitent pour s’enrichir… Toutes sortes de trafics fleurissent, et la plupart des personnages de cet album arrondissent leurs fins de mois grâce à des activités aussi lucratives qu’illégales.
Dans ce contexte, Marsac, qui mena jadis une lutte acharnée contre le grand banditisme, se retrouve à la fin de cet album à la merci de l’ignoble Lucien Grenier, l’homme qu’il a envoyé en prison. Contre toute attente, ce dernier a un marché à lui proposer…

C’est ainsi que se conclut le premier tome de cette nouvelle série, qui s’annonce passionnante. Elle se distingue aussi par son originalité : les héros — ou plutôt les protagonistes — ont tous leur part d’ombre. Le scénario de Philippe Richelle est complexe à souhait et demande une lecture attentive pour saisir toutes les subtilités de l’intrigue et les luttes d’influence qui s’y jouent.
Côté graphisme, Jean-Michel Beuriot propose un dessin soigné, entre réalisme et ligne claire, avec pour cadre le Paris de la Seconde Guerre mondiale. Un style où l’on sent l’influence digérée d’un certain Jacques Tardi. La mise en couleurs d’Albertine Ralenti est d’un classicisme discret qui renforce la lisibilité de l’album.
Si la suite de la saga tient ses promesses, cette série Un flic sous l’Occupation s’annonce comme une bande dessinée à suivre dans les années à venir.

Par Dominique ERNST

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Code EAN : 9782344058565
Paris
 
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4 Messages :
  • Le dessin de Jean Michel Beuriot possède toujours autant, comme une évidence, un naturel désarment, une classe folle.
    L’élégance alliée à la justesse...
    Je ne pourrais jamais oublié cette "révélation" qui me fut faite à la lecture de Belle comme la mort, puis,Le dernier printemps au fil des mois à la lecture de (à suivre).
    Le propre de la revue :
    Chercher du Tardi, du Schuiten,etc et y découvrir naissant en nous, peu à peu ou brusquement un Sylvain Victor, Beuriot etc...

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    • Répondu par Philippe Wurm le 25 octobre 2025 à  16:26 :

      Je suis bien d’accord avec Julien. 
Beuriot à la classe !
      Cela se voit depuis le début de la série "Amours fragiles" chez Casterman.

      J’ai envie de creuser certaines qualités de la dimension graphique chez Beuriot et de montrer en quoi elle permet d’intensifier le récit toujours très élaboré et bien rythmé de Philippe Richelle.
      
Beuriot dit lui-même être inspiré par Tardi et Moebius.
      
Il dessine les personnages aussi souplement que Moebius et il rend les atmosphères urbaines aussi fortement que Tardi.

      Son trait est unique en son genre. Et même si la prouesse graphique ne saute pas aux yeux elle est pourtant bien présente.
      
Pour me faire comprendre je souhaite développer un exemple en exprimant un problème de dessin : Il s’agit de la question du point de vue de l’image chez Beuriot.
      Dans une série policière urbaine qui comprend beaucoup de décors en intérieur les espaces sont souvent exigus et les cadrages avec les « acteurs » sont compliqués.

      Beuriot arrive à nous impliquer dans l’image par le point de vue du personnage en plaçant souvent la caméra juste par dessus l’épaule de celui-ci. Or cette vue, apparemment banale, « par dessus l’épaule » est un vrai défi.

      D’abord parce qu’elle exige de bien réussir la perspective depuis la vue du protagoniste et de bien poser les personnages qui y figurent. Ensuite parce que dessiner les épaules vues de dos est ingrat. En effet, les épaules sont généralement « informes ». Littéralement sans forme. C’est un volume massif mais peu identifiable comme tel (elles dépendent en cela du style de vêtement). Les épaules sont aussi d’une anatomie complexe. Rodin disait qu’une sculpture se gagnait par la succession de ses profils.
Une épaule a très peu de profils que l’on peut aisément caractériser.
 Or nous sommes dans le registre de la ligne claire réaliste et il est difficile de trouver la bonne résolution graphique à ce problème. Milton Caniff a proposé sa solution par les taches noires et le pinceau en trait épais pour bien marquer l’avant-plan (style expressionniste et influence du cinéma noir américain). Hergé à proposé sont élégante ligne claire, semi-réaliste, souple et précise à la fois (style art déco et illustrateurs des années 20). Entre ces deux pôles il y a Beuriot qui réussit à être réaliste sans mettre du noir, sans épaissir l’encrage, sans marquer les ombres, tout en restant cohérent avec la constance du trait caractéristique de la ligne claire. En cela il apporte une remarquable synthèse. Son dessin est extrêmement exact tout en prenant l’apparence d’une grande légèreté de tracé.

      Cette « vue par dessus l’épaule » exige aussi un sens de l’attitude en « demi-ton » du personnage qui est contraignante. Donner dans les attitudes excessives ou trop théâtrales ne fonctionnerait pas.
      Beuriot est au contraire capable d’indiquer graphiquement une émotion par la position du corps de manière très fine en nous faisant ressentir toute une gamme d’impressions sensibles propres à caractériser le protagoniste et à marquer sa psychologie.
      
Pour un récit policier ou d’espionnage, cette manière de cadrer avec cette façon de caractériser les personnages, est un atout majeur qui permet au récit de se développer dans toute sa finesse et toute sa force.
 Il me semble que Beuriot soit un des rares dessinateurs à pouvoir nous jouer cette partition aujourd’hui. Voilà une des raisons pour lesquelles Beuriot a, me semble-t-il, la classe.
      Il faut également souligner l’excellent travail de couleur d’Albertine Ralenti qui met en lumière le dessin et apporte beaucoup d’ambiance à l’histoire.

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      • Répondu par Julien le 26 octobre 2025 à  09:10 :

        La lumière,le rapport à l’espace... Tout ce qui permet avec éclat la respiration d’une image, l’équilibre et le rythme d’une planche.
        Philippe Wurm, présent dans ces derniers mois de (à suivre...)a également,la couleur !,su donner des pages Fortes ;
        D’une puissance discrète,ou le raffinement ne compromet pas l’impact du dessin.
        Et le propre du genre :
        La bande dessinée.

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        • Répondu par Philippe Wurm le 26 octobre 2025 à  15:29 :

          Oui ! Le rapport à l’espace de Beuriot est un enchantement. Il nous fait voir ce qu’habituellement on ne voit pas en bande dessinée. C’est le charme et la classe .
          Je suis content qu’Albertine Ralenti mette en Couleur les planches de Beuriot pour lui apporter de la lumière et de l’air qui correspondent si bien à son dessin. Pour ma part j’avais bénéficié de l’immense talent de Bruno Marchand pour les couleurs ce qui a sauvé l’album.
          la délicatesse du travail de Beuriot mérite un Marchand, un Fraymond ou aujourd’hui une Ralenti. Coloriste de haut niveau est un métier à faire mieux reconnaître encore.

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