Après la belle saga Amours fragiles, Philippe Richelle retrouve Jean-Michel Beuriot pour une nouvelle série au thème original : les choix et leurs conséquences en temps de guerre.
Dans le Paris occupé des années 1940, les inspecteurs Marsac, Brunet et Mercadier enquêtent sur un double meurtre sordide. Un couple de personnes âgées a été cambriolé, torturé et tué — un mode opératoire qui rappelle étrangement à Marsac la façon de faire d’un truand qu’il a envoyé en prison, Lucien Grenier. Mais à la faveur de l’Occupation allemande, ce dernier a retrouvé la liberté grâce à une collaboration active avec l’ennemi, collaboration qui s’est avérée très lucrative. Une situation assez courante à l’époque, où de nombreux repris de justice furent recrutés par l’occupant pour exécuter de sales besognes.
Face à cette situation, certains, comme le commissaire Fleury, préfèrent démissionner. Pour ceux qui restent, comme Marsac et ses deux collègues, la tâche s’annonce difficile. Tandis que l’affaire s’enlise, Paris connaît des heures sombres. Ceux qui ne subissent pas la situation en profitent pour s’enrichir… Toutes sortes de trafics fleurissent, et la plupart des personnages de cet album arrondissent leurs fins de mois grâce à des activités aussi lucratives qu’illégales.
Dans ce contexte, Marsac, qui mena jadis une lutte acharnée contre le grand banditisme, se retrouve à la fin de cet album à la merci de l’ignoble Lucien Grenier, l’homme qu’il a envoyé en prison. Contre toute attente, ce dernier a un marché à lui proposer…
C’est ainsi que se conclut le premier tome de cette nouvelle série, qui s’annonce passionnante. Elle se distingue aussi par son originalité : les héros — ou plutôt les protagonistes — ont tous leur part d’ombre. Le scénario de Philippe Richelle est complexe à souhait et demande une lecture attentive pour saisir toutes les subtilités de l’intrigue et les luttes d’influence qui s’y jouent.
Côté graphisme, Jean-Michel Beuriot propose un dessin soigné, entre réalisme et ligne claire, avec pour cadre le Paris de la Seconde Guerre mondiale. Un style où l’on sent l’influence digérée d’un certain Jacques Tardi. La mise en couleurs d’Albertine Ralenti est d’un classicisme discret qui renforce la lisibilité de l’album.
Si la suite de la saga tient ses promesses, cette série Un flic sous l’Occupation s’annonce comme une bande dessinée à suivre dans les années à venir.
Par Dominique ERNST
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