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Le château Henri IV qui surplombe la vieille ville de Nérac, a à peine levé sa paupière sur ce qui s’est passé ce week-end tranquille, si ce n’est lorsqu’un petit crachin d’une demi-heure était venu rafraîchir un temps doux, agréable.
Pourtant, vous lecteurs d’ActuaBD, vous imaginez-vous cette programmation de fou ? Stanislas, Patrice Killoffer, Anne Baraou ou Mattt Konture croisant Serge Clerc ou Jacques Terpant ? Guy Delisle à la même table que Lucas Harari ? Frédéric Bézian face à Sandrine Revel ou Christian Durieux ? Lolita Couturier et Loo Hui Phang ? Frédéric Rebena et le jeune Léandre Thouin ?
On les connaît les collectionneurs d’Hergé, de Jacobs, de Jacques Martin, de Franquin, de Tillieux, de Jijé, de Giraud… emballant soigneusement leurs albums de papier cristal, connaissant le moindre détail de la vie et de l’œuvre de leur auteur favori. Chaland en était. Stanislas aussi et, cela se sait moins, JC Menu... Les amoureux de ces auteurs étaient tous réunis à Nérac ce week-end, dans une même communion. L’opposition véhémente des années 1990-2000 n’était-elle donc que rhétorique ?
Oui et non. D’abord parce que la Ligne claire incarnée par Joost Swarte, Floc’h, Ted Benoît, Yves Chaland et Serge Clerc, voire par le Tardi d’Adèle Blanc-Sec a toujours été moderniste. La preuve ? Swarte est publié dans les années 1980 aussi bien par Futuropolis que par les Humanoides Associés. Ted Benoît comme Tardi par les Humanos comme par Casterman. Il fallait être aveugle pour ne pas voir George Mc Manus et E. C. Segar sous le dessin hergéen de Swarte ou Will Eisner sous le trait d’Yves Chaland et de Serge Clerc. Ils étaient tous référentiels, mais leur travail de déconstruction a aidé à accoucher de la créativité des années suivantes.
Stanislas, David B, Dupuy & Berberian figurent parmi les tout-premiers ouvrages publiés par L’Association. Avec Mattt Konture, il y a aussi une filiation : Crumb, Gilbert Shelton, Doury ou Masse. Ce qui les réunit, ce sont des dessins exprimant une personnalité, une culture, une écriture. Une constante que l’on retrouve chez bon nombre de contemporains, que ce soit Emile Bravo ou Lucas Harari. La continuité est celle du talent, tout le reste n’est que littérature.
Autre exposition aux rencontres Chaland : "je Joue avec Yves Chaland"
Le moment fort du festival a été la très intéressante table ronde excellemment animée par Jean-Christophe Ogier avec quelques-uns de ses fondateurs et acteurs principaux de L’Association : Stanislas, Patrice Killoffer, Mattt Konture, Anne Baraou. Imaginez les collectionneurs de papier cristal découvrant que ce monde est en réalité le leur ! Stanislas, avec calme et pédagogie, Patrice Killoffer avec fougue et panache, Matt Konture avec une palpable émotion, Anne Baraou, toujours rationnelle dans ce milieu de garçons turbulents, ont raconté les débuts de cette association qui allait s’avérer révolutionnaire grâce notamment à l’énergie de JC Menu. Une rencontre, un moment privilégié où l’on apprend notamment par Mattt Konture que l’équipe avait fait la fête pour célébrer le millionnième exemplaire vendu de Persepolis de Marjane Satrapi... La conférence a fait l’objet d’une captation par Avril Tembouret que nous publierons ici d’ici quelques semaines.
Autre table ronde du festival dont le sujet était « Comment éditer sa bande dessinée aujourd’hui ? ». Là, Claude Auger, éditeur des éditions Tanibis, Michel Jacquet des éditions Jarjille, Jim Jourdane des éditions Makisapa, et l’agent littéraire Vincent Pellet ont pu faire un état des lieux des pratiques du métier. Technique mais intéressant si on veut devenir auteur de BD. Mais les perspectives étaient un peu moins réjouissantes…
Les Prix Jeune Albert 2025 ont été décerné cette année à Mathieu Sapin (Prix Petit Albert) pour L’Oeil du loup (d’après Daniel Pennac) chez Nathan et Lolita Couturier (Prix Jeune Albert) pour Détour par Epsilon aux Humanoïdes Associés.
Autres faits toujours marquants, les visites commentées des expos par leurs auteurs, notamment celle entre Jean-Christophe Ogier et Stanislas ou encore Lolita Couturier, lauréate du Prix Jeune Albert. À chaque fois, la passion est au rendez-vous, sans esprit de chapelle. Un vrai bonheur. On y retourne l’année prochaine ?
Par Didier PASAMONIK
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Les Expositions du festival continuent ! Les dates et différents détails sur le site.