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Rencontres Chaland 2025 de Nérac : l’étonnant dialogue entre la Ligne claire et la BD alternative

Par Didier PASAMONIK 6 octobre 2025 
On les a souvent opposées, les « belgeries » d’Hergé, de Franquin, de Tillieux, de Macherot… et cette « Nouvelle BD française » signée Gotlib, Bretécher, Moebius, ou Bilal… Et surtout à cette BD qui avait prospéré dans les années 1980 en copiant servilement les recettes de ces grands anciens, notamment ce « 48cc », ce 48 pages standardisé cartonné qui s’était imposé à l’industrie jusqu’à étouffer toute créativité, opposée au renouveau des années 1990 incarné par L’Association. Les Rencontres Chaland de 2025 ont illustré cette année la remarquable concorde entre la BD la plus créative des années 1980 que fut le mouvement de la Ligne claire avec le renouveau de la bande dessinée alternative incarnée par L’Association, le label-phare de la BD indépendante des années 2000. L’homme qui incarna le mieux cette synthèse ? Stanislas, l’invité d’honneur de ces 18e Rencontres, co-fondateur de L’Association, mais aussi admirateur d’une Ligne claire graphique qui passe par Saint-Ogan et Hergé jusqu’à Yves Chaland…

Le château Henri IV qui surplombe la vieille ville de Nérac, a à peine levé sa paupière sur ce qui s’est passé ce week-end tranquille, si ce n’est lorsqu’un petit crachin d’une demi-heure était venu rafraîchir un temps doux, agréable.

Rencontres Chaland 2025 de Nérac : l'étonnant dialogue entre la Ligne claire et la BD alternative
Stanislas et Isabelle Beaumenay-Chaland au moment de l’inauguration
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Patrice Killoffer à Nérac
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Pourtant, vous lecteurs d’ActuaBD, vous imaginez-vous cette programmation de fou ? Stanislas, Patrice Killoffer, Anne Baraou ou Mattt Konture croisant Serge Clerc ou Jacques Terpant ? Guy Delisle à la même table que Lucas Harari ? Frédéric Bézian face à Sandrine Revel ou Christian Durieux ? Lolita Couturier et Loo Hui Phang ? Frédéric Rebena et le jeune Léandre Thouin ?

On les connaît les collectionneurs d’Hergé, de Jacobs, de Jacques Martin, de Franquin, de Tillieux, de Jijé, de Giraud… emballant soigneusement leurs albums de papier cristal, connaissant le moindre détail de la vie et de l’œuvre de leur auteur favori. Chaland en était. Stanislas aussi et, cela se sait moins, JC Menu... Les amoureux de ces auteurs étaient tous réunis à Nérac ce week-end, dans une même communion. L’opposition véhémente des années 1990-2000 n’était-elle donc que rhétorique ?

Dans la programmation, un documentaire sur Lucas Harari introduit par lui-même avec l’aide du journaliste Jean-Christophe Ogier.
Photo : Jade Mouti
Bob Fish et Stanislas. Le ludion des réseaux sociaux était dans son élément.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Oui et non. D’abord parce que la Ligne claire incarnée par Joost Swarte, Floc’h, Ted Benoît, Yves Chaland et Serge Clerc, voire par le Tardi d’Adèle Blanc-Sec a toujours été moderniste. La preuve ? Swarte est publié dans les années 1980 aussi bien par Futuropolis que par les Humanoides Associés. Ted Benoît comme Tardi par les Humanos comme par Casterman. Il fallait être aveugle pour ne pas voir George Mc Manus et E. C. Segar sous le dessin hergéen de Swarte ou Will Eisner sous le trait d’Yves Chaland et de Serge Clerc. Ils étaient tous référentiels, mais leur travail de déconstruction a aidé à accoucher de la créativité des années suivantes.

Visite exceptionnelle du Jeune Albert pour cette 18e édition. Ici avec le sculpteur Stéphane Saint-Emett
Photo : Kelian Nguyen

Stanislas, David B, Dupuy & Berberian figurent parmi les tout-premiers ouvrages publiés par L’Association. Avec Mattt Konture, il y a aussi une filiation : Crumb, Gilbert Shelton, Doury ou Masse. Ce qui les réunit, ce sont des dessins exprimant une personnalité, une culture, une écriture. Une constante que l’on retrouve chez bon nombre de contemporains, que ce soit Emile Bravo ou Lucas Harari. La continuité est celle du talent, tout le reste n’est que littérature.

Autre exposition aux rencontres Chaland : "je Joue avec Yves Chaland"

Le moment fort du festival a été la très intéressante table ronde excellemment animée par Jean-Christophe Ogier avec quelques-uns de ses fondateurs et acteurs principaux de L’Association : Stanislas, Patrice Killoffer, Mattt Konture, Anne Baraou. Imaginez les collectionneurs de papier cristal découvrant que ce monde est en réalité le leur ! Stanislas, avec calme et pédagogie, Patrice Killoffer avec fougue et panache, Matt Konture avec une palpable émotion, Anne Baraou, toujours rationnelle dans ce milieu de garçons turbulents, ont raconté les débuts de cette association qui allait s’avérer révolutionnaire grâce notamment à l’énergie de JC Menu. Une rencontre, un moment privilégié où l’on apprend notamment par Mattt Konture que l’équipe avait fait la fête pour célébrer le millionnième exemplaire vendu de Persepolis de Marjane Satrapi... La conférence a fait l’objet d’une captation par Avril Tembouret que nous publierons ici d’ici quelques semaines.

La table ronde racontant les débuts de L’Association avec (De g. à droite) Jean-Christophe Ogier, Stanislas, Mattt Konture, Anne Baraou et Patrice Killoffer
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Au programme également, le concert dessiné de Christian Durieux et le groupe Robert & Mitchum. Dix musiciens sur scène !
Photo : Kelian Nguyen

Autre table ronde du festival dont le sujet était « Comment éditer sa bande dessinée aujourd’hui ? ». Là, Claude Auger, éditeur des éditions Tanibis, Michel Jacquet des éditions Jarjille, Jim Jourdane des éditions Makisapa, et l’agent littéraire Vincent Pellet ont pu faire un état des lieux des pratiques du métier. Technique mais intéressant si on veut devenir auteur de BD. Mais les perspectives étaient un peu moins réjouissantes…

Les Prix Jeune Albert 2025 ont été décerné cette année à Mathieu Sapin (Prix Petit Albert) pour L’Oeil du loup (d’après Daniel Pennac) chez Nathan et Lolita Couturier (Prix Jeune Albert) pour Détour par Epsilon aux Humanoïdes Associés.

Autres faits toujours marquants, les visites commentées des expos par leurs auteurs, notamment celle entre Jean-Christophe Ogier et Stanislas ou encore Lolita Couturier, lauréate du Prix Jeune Albert. À chaque fois, la passion est au rendez-vous, sans esprit de chapelle. Un vrai bonheur. On y retourne l’année prochaine ?

La visite guidée de Stanislas dans son exposition
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Stéphane Saint-Emett et Stanislas en plein embouteillage de voitures vintage... Ce rassemblement a été une des attractions du festival.
Photo : Jade Mouti
"Détour pas Epsilon" de Lolita Couturier (Humanoïdes Associés) - Prix Petit Albert 2025
L’Oeil du loup - Par Mathieu Sapin d’après Daniel Pennac - Ed. Nathan. Prix Jeune Albert 2025.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782092494639

Les Expositions du festival continuent ! Les dates et différents détails sur le site.

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