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Pourquoi il faut lire "Fritz Haber", le chef d’oeuvre de David Vandermeulen

Par Philippe LEBAS 16 juillet 2026 
Après douze ans d'attente, voici le cinquième et avant dernier tome de la série au long cours consacrée par David Vandermeulen au Prix Nobel de chimie 1918, Fritz Haber. Et cela valait le coup d'attendre. Retour sur une série qui a tout du chef d'oeuvre.

À l’ère du tout tout de suite, de la parution express et d’une production effrénée, on ne peut qu’être impressionné par l’ampleur de l’entreprise menée par Vandermeulen, ce qui explique le temps qu’il y a consacré et une parution qui s’étale sur plus de vingt ans (dont plus de 10 séparent le présent tome du précédent. Espérons qu’il en faudra moins pour voir paraître le 6e et dernier tome qui viendra clore cette série hors norme !).

Sans revenir sur le propos de l’histoire [1], et notamment sur la question de la judéité de ce chimiste allemand plongé dans une Allemagne de la première moitié du XXe siècle où l’antisémitisme devient obsessionnel, on va plutôt s’attacher à la forme ici, en parfaite cohérence avec le fond soit dit en passant.

Pourquoi il faut lire "Fritz Haber", le chef d'oeuvre de David Vandermeulen

Car à cette période de grand flou (et au sujet d’un Fritz Haber à la trajectoire elle-même sinueuse), Vandermeulen a su proposer un traitement graphique particulièrement original et adapté, son dessin étant à la fois très réaliste (et proche du roman-photo) et très flou.

En s’appuyant sur de nombreuses photographies, David Vandermeulen les recompose numériquement, pour ensuite les recopier sur papier à l’aide d’un pinceau. L’effet flouté résulte de l’utilisation de l’aquarelle «  faite à l’écoline sépia, rehaussée à l’eau de javel  ». [2] Cela permet à Vandermeulen de diluer les contours des personnages (qui demeurent néanmoins parfaitement reconnaissables), des bâtiments et des paysages.

Le rapport entre images et textes [3] est lui aussi très novateur, comme le montre la planche ci-dessous. Chaque scène est introduite par un texte (articles de journal, extraits de lettres ou de romans de toutes époques, ce qui a dû demander un énorme travail, ce qui explique aussi l’étalement de la parution sur plus de deux décennies), qui viendra trouver son écho chez l’un des personnages ou l’un des événements racontés dans la scène.

Vandermeulen refuse aussi l’utilisation des phylactères, au profit de dialogues situés en bas de chaque case, ou bien dans des cartels, ce qui ne gêne en rien la lecture et la compréhension de l’ensemble. On se croirait, pour le coup, plongé dans un film muet des années 1920, soit l’époque racontée précisément et cela fonctionne parfaitement. On voit bien la cohérence de l’ensemble.

Clairement, David Vandermeulen a construit une saga très ambitieuse, à la construction et au dessin très élaborés, refusant la facilité et la production accélérée. On est aux antipodes de notre monde et de son système de production capitaliste, dans lequel s’inscrit le milieu de l’édition de la BD.

Voilà pourquoi on peut , pour cette série, parler de chef d’oeuvre, au sens originel et artisanal du terme, à savoir une réalisation faite par un compagnon pour accéder au statut de maître. Profitez donc de l’été pour prendre le temps de vous (re-) plonger dans cette saga à nulle autre pareille.

Par Philippe LEBAS

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782756057750

[1] On vous renvoie pour cela à la chronique faite sur ActuaBD

[2] Cf. L’interview de David Vandermeulen accordée à ActuaBD en... 2010, lors de la parution du tome 3.

[3] Pour une analyse détaillée, se reporter à l’article, en ligne, de Philippe Maupeu.

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