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Olivier Vatine ("Aquablue / Angela / Niourk / Star Wars") : « Je suis un Fanboy ! »

Par Jean-Sébastien CHABANNES 8 mars 2025 
Il y a dix ans, le dessinateur Olivier Vatine répondait favorablement à notre demande d'interview. Mais les aléas de la vie ont soudainement rendu compliquée la rencontre, qui ne s'est pas faite, de notre fait. Or Olivier Vatine a une longue carrière derrière lui, c'est un auteur qui compte dans le monde du 9e art et nous ne pouvions pas continuer à passer à côté de son travail. À part essuyer un refus, nous ne prenions finalement pas trop de risques à tenter de le solliciter à nouveau. D'une grande gentillesse, il a accepté de nous recevoir chez lui, dans son atelier où il travaille. Nous avons découvert un homme très agréable et passionné. Comme tout le monde sait : les personnes passionnées sont des personnes passionnantes quand on prend le temps de les écouter. On comprend également pourquoi il partage sa vie avec l'excellente coloriste Isabelle Rabarot dont le travail a illuminé bon nombre d'albums de BD. Une référence elle aussi dans ce métier !

Avec vos deux albums de Fred & Bob, vous avez participé au tout début de l’aventure Delcourt. C’était une arrivée très remarquée en BD pour ce nouvel éditeur et son nouveau format d’album.

Olivier Vatine ("Aquablue / Angela / Niourk / Star Wars") : « Je suis un Fanboy ! »
Fred & Bob - Delcourt

En fait, ça a commencé avant l’arrivée de Guy Delcourt. Les histoires de Fred & Bob ont d’abord été publiées dans Pilote. J’avais filé la première histoire à un gars qui s’appelait Jean-Marc Thévenet, qui était rédacteur en chef chez Pilote à l’époque, et qui avait foutu ça dans un tiroir. Je me souviens que Pilote changeait d’ailleurs tout le temps de formule, jusqu’à ce que Nikita Mandryka devienne rédac’ chef à son tour. Et il est tombé sur mon histoire. Comme on s’était juste croisés jusque-là, quand il m’a appelé, j’ai d’abord cru que c’était des potes qui me faisaient une blague. Mais il m’a dit «  - Non, non, c’est moi, Mandryka, j’ai trouvé ton histoire, viens à Paris. Il y aura aussi des illustrations à faire pour Pilote ». Ok, j’y vais et Mandryka me dit alors : «  Il me faut deux pages pour le mois prochain ». Mais moi, je ne savais pas quoi faire. Et il me dit «  Tes deux mecs là, Fred et Bob, tu me fais une histoire avec l’aide de Cailleteau  ». C’est donc lui qui a eu l’idée de démarrer Fred & Bob. Mais ce n’était pas vraiment mes toutes premières planches dans le métier, j’avais déjà fait quelques planches avec Pecqueur et elle étaient parues dans un Pilote hors-série, quelques années avant. En revanche, Fred & Bob, ce sont vraiment mes premières planches prépubliées avant l’album, et aussi publiées régulièrement dans un magazine. Mandryka m’appelait régulièrement pour me dire «  Ce mois-ci il me faut deux planches  »... des fois c’était quatre, des fois il fallait faire l’histoire en couleurs… On était un peu des "bouche-trous".

Mais Pilote était en train de perdre des ventes. Donc chez Dargaud, ils changeaient de formule tout le temps et le fait qu’on soit des simples "bouche-trous", on n’a pas été dégagés. On a réussi à passer à travers toutes les formules ! ( Rires ) Et puis le tout dernier rédac’ chef chez Pilote, c’était Guy Delcourt qui revenait d’un service civil au États-Unis où il avait réussi à rencontrer des gens du milieu du cinéma assez facilement. Dont ceux qui s’occupaient des effets spéciaux sur Indiana Jones, que Delcourt interviewait et ça sortait ensuite dans la presse. Ça sortait même aussi dans la presse BD puisqu’à cette époque, on y trouvait souvent des "papiers" sur le cinéma. Je m’étais retrouvé ainsi à illustrer quelques articles que Delcourt avait faits. Quand il est rentré en France, chez Dargaud, ils ont décidé de le nommer rédac’ chef car ils savaient qu’en fait le canard allait claquer, à plus ou moins court terme. Delcourt n’est donc resté rédac’ chef que quelques mois et quand le titre s’est arrêté, ben, on a été virés ! ( Rires )

Fred & Bob - Delcourt - Extrait

Et là, soit Guy Delcourt retournait travailler dans la banque (c’était sa formation), soit il cassait sa tirelire et il faisait des bouquins. Et comme on n’avait aucun contrat d’édition signé chez Dargaud (et que l’éditeur nous faisait des réponses vagues), on a récupéré nos planches, on a fait des bleus, les mises en couleurs et c’est Delcourt qui les a publiées. Et effectivement, Fred & Bob, c’est son premier bouquin d’éditeur ! Delcourt a bel et bien commencé comme ça dans le monde de l’édition.

Son deuxième bouquin, c’était en 1986 La Bande à Renaud (où j’avais fait un truc dedans d’ailleurs) ! Et là, c’était un truc de fou car Renaud venait de sortir un disque et il en faisait la promo. Et à chaque fois qu’il passait quelque part, il parlait de la BD. Il s’en est venduuu... c’était un truc de fou ! A l’époque l’album BD avait dû faire 100 000 exemplaires, je crois. Pour un deuxième bouquin, c’était carrément inespéré pour Delcourt (même si son diffuseur s’est cassé la gueule au passage et qu’il n’a pas récupéré beaucoup de pognon en fait). Mais bon, il a continué comme éditeur et nous a publié aussi Stan Pulsar, l’As des Astres.

Concernant Stan Pulsar, après s’être fait virés de Pilote, on était allés le faire pré-publier chez Fluide qui était géré par Gotlib. C’était le plus près géographiquement pour nous. Mais au bout d’un an, on ne s’y sentait pas si bien que ça, avec Cailleteau. Donc on a profité que la boîte de Delcourt commençait à bien se développer pour faire notre bouquin chez Delcourt. Et en effet, ça s’est très bien développé dès qu’ils ont commencé à sortir des livres au grand format. Comme par exemple La Saison des Cendres ! Les bouquins étaient vraiment chartés et vite identifiables pour les lecteurs, que ce soit sur les tables de nouveautés ou même en rayon, dans les stocks. On voyait bien la petite icône sur la tranche des livres.

L’arrivée de Delcourt a en effet marqué les lecteurs

L’As des Astres

Oui et les dix premières années chez Delcourt ont vraiment été cool. Ça se passait bien et c’était bien mené. C’est après que ça s’est compliqué. Mais à l’époque, Delcourt a fait un vrai boulot d’éditeur, il est allé chercher les gens. Je pense à des auteurs comme Thierry Ségur qu’il est allé prendre chez Casus Belli. On est amis d’ailleurs avec Thierry. Il a quitté Paris pour redescendre dans le sud, il y a trois ou quatre ans. Il vit pas très loin. Son album La Saison des Cendres, comme Aquablue, c’était les tout débuts des éditions Delcourt. Je me souviens que l’éditeur était aussi allé chercher des gens comme Claire Wendling à l’école d’Angoulême. Springer aussi ! Claire y avait fait Les Lumières de l’Amalou. Mathieu Lauffray, quant à lui, est arrivé un peu plus tard, quand je démarrais L’Héritier de l’Empire. Je m’en souviens bien puisque je l’avais branché sur les couvs justement. On a fait ensemble celle du tome un de Star Wars.

On va y venir. Quelle était votre inspiration quand vous avez démarré Fred & Bob ?

J’avais "pitché" l’histoire à Cailleteau. Comme souvent, j’avais des idées d’histoires mais jamais le temps pour les dessiner moi-même. J’avais envie de faire un truc un peu à la American Graffiti. La toute première histoire où les deux personnages, Fred et Bob, font les morts après un accident de scooter (pour que la fille leur fasse du bouche à bouche), ça se passait aux États-Unis au départ. C’était vraiment l’esprit American Graffiti mais Thierry Cailleteau, lui, faisait un peu de l’anti-américanisme primaire et me disait : «  Non, il faut que ça se passe en France ». J’ai dit OK, mais dans les années soixante alors. Et c’est comme ça que ça a démarré. À l’époque, on habitait en Normandie, j’y avais de la famille, je passais mes vacances vers Fécamp. Donc tout le décors de Fred & Bob, je le connaissais par cœur. C’est une espèce de mix entre Fécamp et Dieppe sur la Côte d’Albâtre. On y a mis un peu de nous en déguisé. Le personnage de Morel, à qui il arrive plein de conneries, c’est un pote. Alors, évidemment, on n’a pas rencontré d’extra-terrestre comme dans une des histoires… ( Rires ) mais il y a quand même pas mal de nous dans leurs aventures. Fred & Bob, c’est de la comédie, de la BD d’humour avec des chutes. On ne pouvait pas se permettre de faire de la BD d’aventure en feuilletonnant. Pour nos débuts, ce qui était donc le plus adapté au format que nous donnait Pilote, c’était de faire des histoires courtes et plutôt rigolotes.

Photos : J-S Chabannes

Par contre, au niveau du magazine, le truc qui les changeait graphiquement, c’était l’influence des Comics américains dans mon dessin. Quand Pilote a démarré, ce n’était que de la ligne claire au début : Floc’h et compagnie. Heureusement, Mandryka aimait bien lui aussi les Comics et il y en avait d’autres chez Dargaud qui me soutenaient, comme Moliterni. Mais mon style de dessin a quand même été un peu compliqué à vendre à cette époque ! En tous cas chez Dargaud ! Pour eux, je ne faisais vraiment pas un dessin de BD classique. Pourtant, j’y mettais aussi un peu du Franquin dans mon dessin. Mon style à moi, ce n’était pas que des influences Comics, j’y mettais aussi du franco-belge ! En tous cas après, une fois chez Delcourt, mon style était enfin acté, ça ne posait plus de problèmes.

Dès Fred & Bob, l’érotisme est un élément important dans votre dessin. Les temps ont changé, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Oui OK, c’était un peu érotique mais bon… En fait, il s’avère surtout que moi, je suis un grand fan des pin-ups ! Je parle des peintures de pin-up des années cinquante ou même d’avant guerre. J’aimais bien dessiner les filles, les voitures et du coup, Fred & Bob, c’était vraiment fait pour moi ! ( Rires ) Alors oui, aujourd’hui, le monde devient ce qu’il devient, c’est un peu chiant en effet. Car dessiner de belles filles, c’est ce qu’on avait envie de faire. Et c’est ce qu’on aimait lire nous aussi ! Vous savez, ma propre fille qui est ultra-féministe me dit que c’est bon, que je n’ai pas à m’inquiéter : « Tes héroïnes, papa, ce sont des "badass", des "warriors" et pas juste des pétasses en train de rouler des hanches ». Donc oui, moi j’aime bien dessiner des belles filles. Mais si ça se limite à juste dessiner de belles nanas, en effet, ça n’a pas trop d’intérêt. Je n’ai pas envie de les dessiner à la Manara... même si j’aime beaucoup Manara.

L’As Désastre

Ce que j’aime moi, c’est que les nanas que je dessine ne soient pas que des potiches et qu’elles aient un côté "warrior". C’est ce que je fais et j’y fais attention, même quand je les représente juste pour une couv de Comics ! D’une manière générale, j’aime bien qu’il se passe un truc dans un dessin, que par exemple, mes nanas foutent des trempes à des méchants ! ( Rires ) Vous savez, je pense n’avoir jamais trop dessiné de potiches à ce jour donc j’avoue qu’on ne m’a jamais pris la tête avec ça... et même pas ma propre fille ! Mais pour en venir à Dany, je trouve ça vraiment dommage ce qui lui arrive. C’est un peu débile mais bon, le monde c’est toujours un va et vient. La tendance est comme ça en ce moment, je suis sûr que ce sera différent dans vingt ans.

Dans la continuité de Fred & Bob, Stan Pulsar est un album de SF amusant. Etait-ce un album précurseur d’Aquablue ?

Stan Pulsar, même problématique : il fallait faire des histoires courtes pour convenir à Fluide Glacial ! Comme on était aussi des grands fans de science-fiction, l’idée c’était de reprendre ce qu’on avait aimé dans la SF, à travers des films comme Alien ou même des romans de science-fiction qu’on avait bien appréciés. On reprenait différents thèmes pour chaque nouvel épisode de Stan Pulsar. L’idée là aussi, c’était de faire de la gentille parodie sous forme de courtes histoires et à chutes.

Et non, Stan Pulsar n’était pas un précurseur d’Aquablue car on était surtout dans le registre de la comédie. En réalité, mon influence (quand on a démarré Stan Pulsar), c’était Jean-Michel Charlier ! J’adore tout ce qu’il a fait en BD. Le héros Stan est en fait un Buck Danny rigolo dans l’espace. Vous remarquerez d’ailleurs que les histoires de Stan Pulsar évoluent sur un porte-avion spatial. C’est vraiment un mélange de Buck Danny et d’un autre truc qui sortait en Angleterre dans les années cinquante et qui s’appelait Dan Dare. C’était de la SF très années "Fifties", vraiment très proche du Buck Danny et donc forcément de Charlier en réalité. De plus, avec Stan Pulsar, j’ai veillé à avoir dans mon dessin une esthétique un peu rétro, volontairement. Vous savez, j’ai toujours voulu faire de la SF, j’ai toujours eu des trucs de SF qui traînaient dans mes carnets. Aquablue est arrivé après mais c’était plus une opportunité qui se présentait à nous.

Aquablue - Delcourt

Comment a démarré la série Aquablue justement ? C’est devenu une série importante du 9e art.

Tout d’abord, je me souviens qu’à partir du moment où l’éditeur Delcourt était bien lancé grâce à ses premiers albums, Guy Delcourt m’avait dit un jour : « Haaaa ! Maintenant, il me faudrait un album grand format et qui soit vraiment de l’aventure. On arrête les histoires courtes  ».

En parallèle, Daniel Pecqueur, avec qui j’avais démarré ma carrière, vivait à Rouen à cette époque. Car pour la petite histoire, il faut savoir aussi qu’on avait démarré l’histoire de Thomas Noland ensemble (avant que le dessinateur Franz ne reprenne le projet au dessin). Puisqu’on n’était pas loin avec Pecqueur, on avait fait ensemble les premières planches de sa série Thomas Noland. Mais comme j’étais débutant, je pense qu’il n’a finalement pas eu confiance en moi pour mener le projet à son terme. Pour une série comme Thomas Noland, il lui fallait vraiment un gars qui tombe des pages tous les mois. Pourtant, plus tard à Pilote, quand il a vu mes planches de Fred & Bob, il a reconnu qu’il s’en était voulu de ne pas m’avoir fait confiance jusqu’au bout. Mais bon, ça s’est fait comme ça pour Thomas Noland, ils l’ont filé à Franz…

Sur ce, Delcourt trouve une prépublication de Pecqueur, dans Science & Vie Junior (ou dans L’Argonaute peut-être), de ce qui deviendra plus tard « Marée Basse » et dessiné par Gibrat. Mais quand les mecs de chez Dargaud ont appris que Pecqueur allait faire un truc, ils l’ont appelé et lui ont dit : « On te rachète ton scénario ». Il était dans la mouise du coup… ( Rires) Mais il a pris le pognon et il est quand même parti chez Dargaud, persuadé que j’allais le suivre. Mais je lui avais répondu « Non, Dargaud, ils viennent de me lourder, je n’y retourne pas ». Et on s’est retrouvés ainsi avec quatre pages de magazine vides pour un numéro qui devait sortir dans un mois et demi !

Corail Noir - Delcourt

Or, j’avais toujours avec moi ce "pitch" d’Aquablue et donc je me retrouve à en parler à Guy Delcourt, en lui disant : c’est à moitié du Tarzan et à moitié du Dune. À la différence que mon "pitch" se passait sur une planète-élément aquatique alors que l’histoire de Dune se passe sur une planète-désert. Mais je n’avais que le "pitch" et pas le temps d’écrire l’histoire. Guy me dit : « OK, vas-y, file ça à Thierry Cailleteau ». Donc voilà, on a démarré Aquablue simplement comme ça : c’était un accident lié au départ de Pecqueur. À tel point que quand il a fallu faire le second album d’Aquablue, on ne savait pas trop où on allait. Ça revient sur Terre, l’histoire se cherche un peu... Ce n’est qu’avec le tome trois, quand on revient sur la planète d’Aquablue et que là, on trouve enfin nos marques ! C’est vraiment avec les tomes trois et quatre, que la série trouve sa forme. Voilà donc, Aquablue est un projet qui s’est monté comme ça, sur le pouce et pour boucher les trous ! ( Rires ) Mon truc à moi c’est le dessin mais c’est aussi d’avoir plein d’idées de "pitch" sur des sujets que j’aime bien. J’ai toujours mille notes, sur des calepins et que je mets de côté au cas où. Et du coup, ça a bien servi de déterrer mes notes à ce moment-là, quand il a fallu démarrer Aquablue.

Pour beaucoup de lecteurs, Corail Noir est votre meilleur album de BD, une référence !

Au niveau dessin, je prends réellement mes marques avec le troisième tome. Et c’est aussi sur cet album qu’Isabelle Rabarot arrive. Sur les deux premiers albums, c’est Thierry qui avait fait les couleurs et c’était vraiment pas terrible. Comme il n’était pas assez payé pour faire le scénar, je lui avais proposé de faire aussi les couleurs. Il faut savoir que Thierry dessinait aussi un peu donc il pouvait faire les couleurs. Sur le premier, ça allait à peu près mais le second tome, il est vraiment moche. Donc, l’arrivée d’Isa sur le tome trois, ça a vraiment relevé le niveau. Concernant Corail Noir, comme je dis souvent à Isa : « C’est notre Spectre aux balles d’Or à nous ! » ( Rires ) Oui, Corail Noir, c’est l’album de la bascule ! Ce qui est con, c’est que j’arrête là, quoi ! ( Rires )

En fait, il faut savoir qu’entretemps, j’avais bossé dans le dessin animé. Et du coup, tout ce que je faisais avant un peu intuitivement : la mise en scène, les champs, contre-champs etc., j’avais alors compris qu’il existait une véritable grammaire. Ça, je l’ai compris en piquant dans des livres de la boîte de Prod à cette époque. Intuitivement, avant ça, je savais faire... mais je faisais des conneries quand même. Tout ça a été corrigé avec Corail Noir ! C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à bien comprendre et à assimiler toute la grammaire de la mise en scène.

Vitrines de l’auteur

Il faut savoir que moi, j’ai toujours voulu faire du cinéma en BD. Il faut que ce soit dynamique ! Je cherche toujours à éviter des textes narratifs comme « Et le lendemain » quand on change de séquence. Je veille même, à ce qu’au niveau des couleurs, il y ait une ambiance homogène par séquence. Il faut arriver à emmener le lecteur avec soi, sans qu’il soit obligé de revenir en arrière pour bien comprendre. Je veux que le lecteur soit captif dès qu’il ouvre l’album. Comme au cinéma : on éteint les lumières et on ne revient pas en arrière jusqu’à ce que la salle se rallume. Si le film est bien foutu, le lecteur est ailleurs. C’est ce que j’essaye de proposer dans mes albums et Corail Noir est bien dosé pour ça.

Je me souviens qu’à cette époque aussi, je m’intéressais aux mangas et que j’étais tombé dans Akira. Il y avait une librairie japonaise à Paris où ils sortaient les gros bouquins japonais, avant même qu’ils ne soient publiés par Glénat. Je les achetais et donc tout ce côté "cinoche" du manga, j’ai carrément bien regardé comment c’était foutu. Ça me servait dans mon travail… (Rires )

Et encore, à Angoulême cette année, on continue à me dire que Corail Noir est mon meilleur album. J’ai même été surpris cette année de voir une grosse reproduction de la couverture avec le robot. Le gars de l’exposition m’a alors expliqué que ce n’était pas par Valérian qu’il était rentré à la SF en BD mais bien avec Aquablue. Moi, j’adore Valérian, je suis ultra-fan de Mézières, mais c’est vrai qu’on n’était pas nombreux à faire de la SF en albums durs. Il y avait les premiers albums de L’Incal mais c’est plus autre chose que réellement de la SF pour moi. Donc avec Aquablue, on est arrivés au moment où la SF en BD devenait un peu pénible. Valérian redescendait sur Terre avec l’album Métro-Châtelet..., j’aimais moins. C’était moins Space-Opéra à mon goût… Moi j’adore par exemple, un album comme L’Ambassadeur des ombres. Je suis ultra-fan de cet album. Et donc à cette époque, ça s’est un peu perdu dans Valérian.

Certainement que les auteurs avaient envie de développer leur série autrement. Or nous, on est arrivés avec notre BD de SF en étant surtout influencés par des films comme Star Wars ou Alien. On était aussi fans de tous ces effets spéciaux du cinéma. Au moment de notre tome quatre, il y avait le film Abyss aussi qui venait de sortir. Ça collait assez bien même si Aquablue c’est surtout de la colonisation avec des enjeux militaires. D’ailleurs, vous noterez que je suis très fan de la "quincaillerie" militaire, j’adorais dessiner ça dans Aquablue ! ( Rires ) Et les vaisseaux spatiaux aussi, j’adorais les dessiner. C’est même très marrant de devoir les mettre en scènes car il y a plein de problématiques d’axes et j’ai toujours trouvé ça cool à faire. À l’époque c’était un boulot de fou pour les dessiner car il n’y avait pas encore la 3D. Mais quand on aime ça, on s’en fout ! ( Rires )

Aquablue - Delcourt

Alors pourquoi avoir arrêté au summum de la série ?

Ce qui s’est passé, c’est que… on s’engueulait un peu avec Thierry et je commençais à en avoir marre. Thierry c’est mon pote, mais à bosser, il est vraiment compliqué. Il était chiant même, à vrai dire ! J’avais mes scripts au dernier moment donc avec le temps, c’était vraiment devenu compliqué. Il me fallait dessiner mes pages à "toute blinde" parce que je n’avais plus assez de temps. À tel point qu’à la fin de Corail Noir, j’avais bien les nerfs quand il avait fallu boucler le livre. J’étais bloqué et très énervé. Et cette andouille de Delcourt, au lieu d’essayer de faire du management correct, en essayant de nous rabibocher, il a plutôt jeté de l’huile sur le feu.

Pourtant, j’avais commencé le tome cinq, j’avais fait quelques pages (cinq ou six). On peut les retrouver d’ailleurs dans le magazine Black and White qui vient de sortir. Et puis après, j’ai arrêté, je n’en pouvais plus. C’est le pauvre Ciro Tota qui a récupéré la patate chaude ! ( Rires ) Je me souviens que Thierry lui avait interdit de regarder mon story-board, et de reprendre mon design. Donc le pauvre Ciro s’est retrouvé bien seul. Alors que ce qu’il avait fait sur Étoile Blanche, je trouvais ça génial. C’était un super travail. J’adore son boulot, j’adore le mec. On est super-potes, mais là avec le tome cinq d’Aquablue, il s’est retrouvé sacrément sous pression. Il fallait qu’il "speede" à mort et sans aide. Mais bon… pour ma part, ça s’est fini comme ça.

La série continue encore : avez-vous lu les tomes d’Aquablue qui sont parus par la suite ?

Miss Fullmoon

Je sais que Ciro avait une bonne idée : il voulait prendre le fils de Nao pour en faire un truc, un peu comme Le Club des Cinq pour ados et sur la planète. J’aurais bien aimé que Thierry Cailleteau le laisse faire. Mais ça ne s’est pas fait et donc Thierry a continué avec Fondation Aquablue et des scripts que je trouve un peu nuls, genre "Nao qui va faire le joli cœur sur d’autres planètes pendant que Mi-nuee reste à la maison pour torcher les mômes..." C’était pas vraiment ce que j’avais envie de faire au départ, quoi !

Oui, j’ai lu un peu les albums mais franchement, vite fait ! Je n’ai commencé à relire la série en fait que quand Régis Hautière a repris le créneau, aux sources de la série. Là je trouve ça vraiment génial ce qu’ils ont fait ! C’est du "high level". Régis est un super scénariste. Dans tout ce qu’il fait, il est bon. Et avec Reno au dessin, c’est vraiment top également ! Pour le coup, lui, il a rajouté de la 3D sur les vaisseaux, c’est vraiment bien, je trouve. Si j’avais eu cette technologie à l’époque, j’aurais certainement fait un peu comme lui. Mais avant ça, les gars qui ont repris la série se sont contentés de continuer ce que j’avais fait. Et même si ils ont fait ça vachement bien, ça n’avait rien de génial. Donc voilà, ils se sont arrêtés eux aussi, ce n’est pas surprenant...

Est-ce que le film Avatar est un plagiat d’Aquablue ?

Oui, c’est probable. Les deux premiers albums d’Aquablue sont sortis aux États-Unis à la fin des années 1980 chez Dark Horse. James Cameron était un fan de Comics et lui-même dessinait également. Donc oui, il est très probable qu’il ait lu les albums d’Aquablue ! Bon... je vais même dire que c’est sûr, en fait ! ( Rires ) Mais une fois qu’il les as lus, ça a dû se loger dans un coin de la tête et quand il a fait son film Avatar, il l’a fait en étant persuadé que c’était son idée, en oubliant ce qu’il avait lu jusque-là. Mais ça, ça arrive souvent et à tout le monde !

Quand moi, je dessine le Stromboli, c’est inévitablement le vaisseau Falcon de Han Solo. Et c’est venu comme ça dans mon dessin, comme quelque chose que j’avais digéré. Je savais qu’il fallait que je m’en éloigne… et une fois persuadé de m’en être bien éloigné, j’ai dessiné le Stromboli ainsi et les lecteurs ont pourtant fait le lien direct ! Donc voilà, je pense que oui, Cameron s’est approprié le truc d’une manière ou d’une autre ! Alors, quand Cailleteau et Delcourt ont fait un procès, moi je n’ai pas voulu en être. Et ils ont été déboutés d’ailleurs. Et puis forcément, ils avaient zéro chances : la Fox doit bosser avec des cabinets d’avocats New-Yorkais. Ils ont dû mettre dix mecs sur le sujet et ils les ont rétamés en trois coups de cuillère à pot. ( Rires )

Olivier Vatine à sa table à dessins

Vous savez, moi aussi dans mon travail, j’ai emprunté des trucs à d’autres. Si on veut raconter une histoire de colonisation en science-fiction, il n’y a pas trop le choix, on en revient toujours à un schéma comme celui d’Aquablue. Le seul truc c’est que dans Avatar, les mecs sont bleus aussi… bon ! Et il y a des noms qui ressemblent un peu, OK ! Mais sur le plan de l’esthétique, les ressemblances sont surtout dans le second film, je trouve, car le film se passe dans la flotte. Mais Avatar peut très bien rappeler aussi les guerres indiennes ou même l’histoire de Pocahontas. Nous, nos références (je le redis), c’était Dune et Tarzan pour faire Aquablue. Et puis l’humanité n’arrête pas de répéter ses conneries donc à la fin, toutes les histoires peuvent finir par se ressembler. Les histoires de colonisation, ça date même d’avant les grecs et les romains. On continue à exploiter les pauvres gens, il n’y a que la technologie qui change. Mais au-delà des aspects de colonisation ou de peaux bleues, je trouve quand même que dans Avatar, il y a une thématique bien différente.

Donc oui, il y a des ressemblances mais je m’en fous ! Et puis je suis fan de Cameron donc… ( Rires ) Mais si vous voulez le fond de ma pensée, dans le film Starship Trooper de Verhoeven, il y a des barges de débarquement qui se pointent à un moment. Ce sont des barges avec double portes, avec des mecs qui sortent. Et bien, cette scène là, elle est complètement pompée d’Aquablue 4. Et intégralement ! Mais je sais bien que ce n’est pas Verhoeven qui l’a repompé, ce sont ses story-boarders. Je connais quelqu’un qui a visité des studios de cinéma aux Etats-Unis, le gars me disait « Mais ils ont toutes les BD, quoi ! ». Tout le monde sait que ceux qui ont fait Star Wars avaient les albums de Valérian sur leurs étagères. Il y avait le journal Métal Hurlant aussi qui existait et on sait que les Américains s’y intéressaient beaucoup. Donc tout ça fait partie de la globalisation, on va dire. Mais on peut affirmer clairement que les américains qui travaillaient dans l’univers du cinéma s’intéressaient fortement à la BD franco-belge… c’est évident !

Angela - Delcourt

Mais moi, ça ne m’a jamais gêné, puisque moi aussi j’ai fait des emprunts ailleurs. Quand j’ai commencé à dessiner gamin, je recopiais des bouquins. Vous savez, on ne vient pas de nulle part. Par contre, j’avoue que, concernant Starship Troopers, ils auraient pu passer un p’tit coup de fil ou filer un petit billet. Ça aurait été avec plaisir ! ( Rires ) Mais bon, j’imagine que c’est compliqué de demander l’autorisation à chaque fois. Donc ils repiquent les idées des autres, et puis ils verront bien si ils se prennent un procès ou pas. Ce qui arrive assez rarement en réalité…

Et pour finir, je n’oublie pas non plus qu’un gars comme Georges Lucas rachète les droits. Moi il m’a racheté le premier livre de L’Héritier de l’Empire pour son propre musée Star Wars. Enfin, dans sa version Comics (Heir to the Empire), c’est-à-dire la moitié de l’album que vous avez là. Soit les vingt-deux premières pages...

Nous allons y venir. Avant ça, vous avez collaboré avec Fabrice Lamy sur deux super westerns : 500 fusils (Wayne Redlake) et Adios Palomita (Trio Grande).

Adios Palomita c’était le premier. Au départ, j’avais écrit une histoire quasi similaire mais post-apocalyptique. C’est-à-dire à la Jeremiah, quoi ! C’était du western mais il y avait des bagnoles, des motos, tout ça… Quand j’ai fait la connaissance de Fabrice Lamy, je me suis dit : « Pétard, ce mec là, il est super bon. On va transformer l’histoire en western. » Et comme je n’avais pas le temps d’écrire le développement de l’histoire, j’ai demandé à un pote, Clément, de me filer un coup de main. Et puis, voyant que Delcourt y allait un peu à reculons sur ce projet, j’ai proposé de faire les "boards" moi-même et de m’occuper du bouquin pour les rassurer. Ce que j’ai fait… et j’ai réalisé ensuite que j’avais fait un boulot de Directeur de Collection, sans savoir ce que c’était. Comme si j’étais éditeur de mon propre livre. Ce qui a fait que plus tard, j’ai pu leur proposer la collection qui allait s’appeler Série B… puisque je savais faire finalement. ( Rires )

Pour moi, Adios Palomita, même si ça s’appelle aussi Trio Grande, ce n’était qu’un one-shot. Je ne sais pas pourquoi chez Delcourt, quelqu’un a eu l’idée de rajouter ce second titre : Trio Grande. Mais pour 500 fusils par contre, je ne m’étais occupé que du story-board donc je ne sais plus trop comment ça s’est passé, ni pourquoi l’album s’appelle aussi Wayne Redlake. Après ces deux albums, je sais que Fabrice Lamy a continué le western avec Yann au scénario. Ça s’appelait Colt Walker mais ce n’était pas terrible, je trouve.

Angela - Delcourt

Le problème de Fabrice, c’est que, si on n’est pas sur son dos, il dessine trop vite ! Je me souviens avoir été en festival à côté de lui quand son premier tome de Colt Walker est sorti. J’ai regardé son bouquin et je lui ai dit en rigolant : « Ha ouais, les cinq premières pages tu as bossé pour arriver à vendre le projet. Mais après, tu as bossé à toute blinde... Et puis après, tu t’es remis à bosser soigneusement parce que tu t’es fait engueuler. » ( Rires ) Ce à quoi il me répond : « Comment tu sais ? ». Mais Fabrice, j’ai bossé avec toi, je sais comment tu es !

Je ne sais pas ce qu’il est devenu Fabrice, depuis le temps. Je me souviens que c’était un mec compliqué. Mais sympa ! On s’entendait bien. Il a fait deux tomes de Colt Walker et après, plus rien ! Je sais qu’à un moment, ils voulaient le remettre sur Buck Danny, je crois. Ou Tanguy, je ne sais plus trop…

En BD, il faut arriver à sortir des bouquins. On est à sa table à dessin toute la journée, c’est un vrai boulot, c’est astreignant. C’est un chouette boulot, mais c’est crevant ! Quand on est un branleur, ça ne marche pas quoi ! ( Rires )

Donc notre collaboration s’est arrêtée très probablement parce que je devais en avoir marre. De toute façon, moi, quand on commence à me faire chier, je me barre, j’arrête ! ( Rires ) La BD c’est un métier que j’aime donc je n’ai pas envie de me le rendre plus compliqué qu’il ne l’est déjà. J’arrête les frais dès que ça m’emmerde.

Je ne sais pas ce que Fabrice est devenu et c’est un peu dommage. Un jour j’ai essayé de le retrouver sur les réseaux sociaux mais en vain. Il n’est nulle part.

Avec ces deux western puis Angela qui a suivi, c’est un peu votre trilogie à vous ?

Ouais, c’est vrai que ça fait un peu un genre de trilogie. Même si je n’en ai dessiné qu’un. C’est un peu comme le "Leone" du pauvre ! ( Rires )

En fait… moi, j’adore le cinéma de genre, j’adore le cinéma de science-fiction, j’adore le western... Les vieux westerns de John Ford, tout comme les westerns italiens ! D’ailleurs, Rio Bravo c’est presque le meilleur western du monde, pour moi. J’adore le polar également mais par contre, je ne ferai jamais de polar en BD. Parce que cela m’ennuierait de dessiner des trucs que je vois dans la rue tous les jours ! ( Rires ) Le contemporain, c’est non ! Mais par contre, un jour, il faudrait que je fasse une BD de guerre...

Figurine de l’auteur

Concernant mon propre western, Angela, c’était dans mes notes, là aussi. J’avais "pitché" le truc à Pecqueur qui avait trouvé ça bien. Et comme à cette époque, Pecqueur était assez pote avec le dessinateur Victor De La Fuente, je lui ai dit « Eh bien, on va écrire le scénario ensemble, et on va le filer à Victor ». Il était un peu âgé mais encore alerte. On est donc allés voir Victor chez lui, il vivait à côté de Paris. Génial ! Super mec ! Adorable ! Mais il était en train de faire un Tex en fait. Un album de Tex super bien payé mais par contre, il devait le faire à toute "blinde" lui aussi : genre sortir une page par jour. C’était génial de le rencontrer chez lui. Je me souviens, il avait des originaux de Foster au mur, un Prince Vaillant. Je me souviens qu’il m’a raconté que quand il vivait aux États Unis, il était super pote avec Al Williamson et avec plein d’autres auteurs. Je me souviens lui avoir répondu : « Quoi ! Tu as connu tous ces gens ? ». Franchement, la rencontre avec De La Fuente avait été carrément géniale. C’était un gars super gentil, une crème.

Mais bon, il était déjà sur son Tex et même si il semblait trouver bien notre histoire d’Angela, il avait un peu botté en touche. Du coup, sur le chemin du retour, on se demande avec Pecqueur comment on va faire. Et de là, je lui dis : « Ecoute, c’est un western, je vais le faire moi. Pas besoin de beaucoup de doc, je devrais pouvoir le plier assez vite ». En effet, suite à mon travail avec Lamy, j’avais déjà tout ce qu’il me fallait. Et je pensais arriver à plier l’affaire en un an. Sauf que les lecteurs ont attendu huit ans ! ( Rires ) Le truc c’est qu’à l’époque, je bossais sur la collection Série B et du coup, je faisais du "board" pour plein d’autres mecs. J’avais une équipe de types qui dessinaient bien mais qui démarraient en BD. Ils n’étaient pas super au point en narration. Je reprenais même des scénars, je faisais ce qu’on appelle du "ghostwriting". C’était du gros-gros boulot ! Tout ça, ça me prenait un temps fou. Je bossais même aussi un peu dans l’animation à cette époque. Et dans le ciné… c’était compliqué.

Angela a donc failli devenir l’Arlésienne du 9e art, on l’a beaucoup attendu !

Delcourt avait "teasé" le projet, j’étais vraiment censé le faire vite, sauf que j’ai mis sept ou huit ans. Je crois que j’ai battu le record de lenteur détenu par Lidwine avec son Dernier loup d’Oz ! ( Rires ) On n’a jamais vu son tome deux et le premier, Lidwine avait mis six ans à le faire, si je me souviens bien. Il faisait et refaisait les pages, tout le temps… Quant à moi, sur Angela, je faisais trop de trucs à côté pour pouvoir gagner ma croûte donc, forcément... Il faut vivre, on a des enfants et en plus, Série B, ça ne me rapportait pas grand chose au début. Après, on a pu renégocier les contrats quand les albums de la collection ont commencé à se vendre. Mais franchement, au début, ça me prenait un temps de malade. Je me souviens, il y a eu une une année, j’avais dû faire deux pages pour Angela ! ( Rires )

Angela - Delcourt - Extrait

En tous cas, Angela c’était vraiment un one-shot, ça n’a jamais été pensé comme une série. Je me rappelle bien, j’ai mis sept ans pour faire la moitié de l’album. Et puis à un moment donné, même chez Delcourt, ils se sont dit qu’il fallait arrêter les conneries, ça n’avançait pas et donc je suis allé m’enfermer pendant quatre mois dans une petite maison, une sorte de bicoque de pêcheur vers Etretat. J’ai tout emmené avec moi et une fois là-bas, j’ai plié en quatre mois la seconde partie de l’histoire. C’est comme ça que j’ai réussi à finir l’album, en allant m’enfermer. Et en ne faisant que ça à longueur de journée. Tout le temps, tout le temps, tout le temps ! ( Rires )

Depuis Angela, côté western, j’ai aussi fait une petite histoire pour Tiburce Oger. En général, Tiburce ne sollicite que des dessinateurs qui ont déjà fait du western d’ailleurs. Le principe : ce sont juste des histoires courtes mais dans un style de western classique. Ce qui tombe bien car moi, je suis moi aussi très fan de John Wayne. Je l’adore même (en tant qu’acteur, pas forcément le personnage). Comme je disais, il est génial dans son film Rio Bravo. Il joue sur ce côté où il est un peu vieux, il boîte… Il sait jouer sur cette image alors qu’à ses débuts, quand John Ford l’avait récupéré, il était jeune et plutôt beau gosse. Je trouve que John Wayne fait un super cowboy dans ses films, il paraît que c’était aussi un super cavalier.

A côté de ça, le western-spaghetti, c’est génial aussi car ça a dépoussiéré le genre. Par la suite, même un western comme Pale Rider, qui n’est plus trop du western-spaghetti, j’adore quand même. Il faut savoir que Sergio Leone était un gros fan de John Ford. Pour Blueberry d’ailleurs, quand la série commence, on n’est pas dans du western-spaghetti. Ça ne devient du western italien qu’à partir de La Mine de l’Allemand perdu. Tiburce Oger, quant à lui, il écrit et voit son western comme un historien. Il est un grand fan de la période, il fait même du tir à la poudre noire. C’est un passionné de l’histoire de l’Ouest et c’est ce qu’on retrouve très bien dans les histoires qu’il propose. Et moi, de mon côté, j’essaye de faire en BD tout ce que j’adorais quand j’étais môme ! Je n’ai pas oublié tous ces trucs qui m’éclataient vraiment quand j’étais gamin.

Star Wars - L’Héritier de l’Empire - Dark Horse

Et Star Wars du coup ? Vos trois albums de L’Hériter de l’Empire avaient surpris tout le monde !

Star Wars, ça m’éclatait aussi quand j’étais gamin ! Notre projet est venu de Mike Richardson de chez Dark Horse, sachant que Dark Horse était une toute petite boîte, qui s’était montée la même année que Delcourt. Ces deux éditeurs étaient un peu en miroir, de chaque côté de l’Atlantique. Richardson était lui aussi un fan de BD franco-belge et je me souviens qu’il avait même aussi une boutique de Comics. Quand il a monté Dark Horse, il avait acheté aussi des droits à l’étranger et il s’est retrouvé à récupérer une licence Star Wars qui trainait chez Marvel (et dont Marvel n’en faisait pas grand-chose). Richardson récupère la licence donc, il arrive à Angoulême et vient me brancher directement. Il me dit « Est-ce que tu veux faire du Star Wars ? » Non seulement c’est du Comics mais en plus, c’est pour les Etats-Unis ! Évidemment, je lui réponds oui… même si dans ma tête je me dis « J’aurais préféré faire un Spider-Man mais bon… ». Et je pense qu’en effet c’est grâce à mon travail sur Aquablue qu’il est venu me chercher...

En récupérant la licence Star Wars, Dark Horse venait de sortir Dark Empire dessiné par un Écossais, Cam Kennedy, qui a un dessin très influencé par De La Fuente. Et on se retrouve ainsi à bosser sur l’adaptation des romans de Thimothy Zahn. Moi, je souhaitais avoir à bord un maximum de français pour travailler avec nous sur ce projet. Mais, on n’a pas pu récupérer le script car Dark Horse ne voulait pas d’ennuis avec la licence qu’il avait réussi à obtenir. Et donc, ils ont préféré filer le scénario à l’américain Mike Baron (qui s’en sort finalement bien pour adapter les romans et rester dans les clous). J’aurais préféré un Français, mais bon... Mais, j’ai quand même réussi à avoir Mathieu Lauffray pour les couvertures. D’ailleurs, on a fait "à quatre mains" celle du premier tome de L’Héritier de l’Empire. Et pour les couvertures américaines, c’est Mathieu qui les a toutes faites et seul. Je me souviens que Mathieu venait juste d’arriver chez Delcourt quand on s’est retrouvés à discuter du peintre américain Drew Struzan. Struzan, c’est l’affichiste de Georges Lucas et il a aussi fait les affiches d’Indiana Jones et de Police Academy (entre autres).

Dessins de l’auteur réalisés pendant l’interview

Mathieu et moi, on adorait son boulot d’illustrateur. Et ça se ressent bien dans le travail de Mathieu Lauffray d’ailleurs. On voit qu’il adore Struzan ! J’ai alors demandé à Mathieu de me filer des diapos de ses propres peintures pour les envoyer à Lucas et voir comment ça allait se passer pour proposer nos propres couvertures à nous. Lucas nous a répondu OK, ils lui font faire un test et c’est passé ! Mathieu s’est ainsi retrouvé à participer aux couvertures de nos albums Star Wars et après il en a fait plein d’autres pour Dark Horse. Il a vachement bossé avec eux. Il y a eu Rogue Squadron aussi je crois…

Bref, j’ai eu un max de "Frenchies" sur notre projet Star Wars dont Mathieu donc, Isabelle Rabarot pour les couleurs et Fred Blanchard. On s’est ainsi retrouvés à dessiner à deux avec Fred car ils voulaient ça en un an. J’avais alors dit à Richardson qu’il me fallait quelqu’un ! Il m’a alors répondu « Si tu veux un encreur, je t’en trouve un ». Mais non, c’est pas un encreur dont j’ai besoin ! Or il se trouve qu’à l’époque, avec Fred Blanchard, on bossait un peu ensemble dans le dessin animé. Il m’avait déjà remplacé comme décorateur sur une série d’animation. On s’était aussi retrouvés à faire des petites pages ensemble et il m’avait filé des coups de main sur la fin d’Aquablue 4 que j’avais du mal à dessiner. J’ai donc dis à Fred Blanchard : « Écoute, je vais faire les "boards" et après on verra là où il y a le plus de persos à dessiner et là où il y a le plus de décors. Là où il y a le plus de persos, je commence les planches et là où il y a le plus de décors, c’est toi qui les commences ». Ensuite on échangeait les planches, on arrivait à se voir un week-end ou deux pour terminer les planches ensemble. Isa pouvait ensuite s’attaquer aux couleurs. Mais au final, moi je dessinais plus les cases où il y avait des personnages et c’était plus le travail de Fred sur les gros décors. L’idée c’était aussi que moi, je simplifiais mon trait pour aller vite et que lui complexifiait le sien pour avoir quand même un trucs homogène à la fin. Fallait quand même pas que les lecteurs aient le sentiment que le projet ait pu être tombé en quatre mois !

L’Héritier de l’Empire

Mais ça restait chaud à faire, c’était un projet compliqué ! Les Américains n’avaient jamais bossé avec des bleus de coloriage [1], donc il fallait qu’on fasse ça en France et donc c’était super pénible. Mais en même temps, ils aimaient vraiment les couleurs d’Isa. Ils voulaient aussi que je fasse des décors super chiadés comme ceux que je faisais sur Aquablue, sauf que c’est super long. En clair, les Américains voulaient le beurre et l’argent du beurre ! ( Rires ) Donc, on s’est débrouillés un peu comme on a pu. Mais je me souviens qu’à la fin, on a fini par s’engueuler avec l’éditeur. Du coup on a fini le truc et puis, c’est bon quoi.

En tous cas, Georges Lucas, lui-même, a aimé nos bouquins ! Ce qui fait qu’ils nous ont rappelés quand même pour qu’on fasse la suite. En nous disant : « Georges a aimé ! » ( Rires ) En fait, L’Héritier de l’Empire (Heir to the Empire), ce sont trois romans et nous, on a adapté en BD le premier et en entier. Pour l’anecdote, l’an dernier à Paris, j’ai rencontré Thimothy Zahn (qui est donc l’auteur de cette trilogie sur Thrawn). On ne s’était jamais parlés avant et c’était génial de se rencontrer enfin. C’était drôle d’apprendre qu’il signait mes albums BD alors qu’on ne se connaissait pas du tout. On ne s’était jamais vus jusqu’à ce jour. ( Rires )

Sur un plan graphique, quelles obligations aviez-vous justement pour représenter par exemple l’amiral Thrawn ?

On n’avait que deux contraintes en fait car il y avait eu un jeu de rôle qui existait sur ce cycle. Et l’amiral Thrawn avait déjà été "designé". On avait fait une première proposition où il avait les cheveux longs : un peu comme un Spock mais avec de longs cheveux sur la nuque… ( Rires ) Mais ils nous ont retoqués ! Le vaisseau du contrebandier Talon Karrde avait aussi été déjà représenté mais on trouvait qu’il était assez moche. On avait voulu le refaire mais sur ça aussi, on n’a pas eu le droit de le modifier, il a fallu le garder. Mais sur tout le reste, ils nous ont foutu une paix royale. Même les Noghris, dans le roman ils sont petits en réalité alors que moi, j’en ai fait des gros Hulk. Nous, ils ne nous ont vraiment pas embêtés. Alors que les dessinateurs de l’équipe d’après, ils ont été obligés de remettre les Noghris à la taille normale ! ( Rires )

Aujourd’hui, on peut retrouver ce grand amiral Thrawn dans Star Wars Rebels, un film d’animation 3D par Disney. C’est vachement bien d’ailleurs, c’est une bonne série. Il faut savoir que tout ce qui a été fait sur Star Wars avant l’arrivée de Disney, a été retoqué dans une espèce d’univers parallèle qu’ils appellent Star Wars Legends. L’histoire a été réécrite par Disney et des personnages comme Thrawn ont été écartés. Initialement, dans le canon pré-Disney, Luke Skywalker se marie avec Mara Jade mais Disney a tout effacé. Par la suite, ils ont quand même ramené le grand amiral Thrawn, c’est dans Star Wars Rebels. Mais Mara Jade, ça va être compliqué de la ramener un jour, je pense...

Star Wars - Extrait

D’ailleurs, je me souviens que quand j’ai vu le premier film avec le personnage de Rey (Le réveil de la force), quand on la découvre avec son foulard et qu’elle enlève ses lunettes avant de monter sur son espèce de moto, je m’étais dit « Chouette, ils ont réintégré Mara dans les films ! » Mais non, ce n’était pas elle ! ( Rires ) A l’époque, après sa première trilogie, Lucas avait continué à développer l’univers Star Wars au travers de romans et de BD. Puis, il a traité son préquelle au cinéma avec la seconde trilogie. Mais quand Disney a récupéré les droits, ils ont considéré que tout ce qui avait été fait dans les romans et BD, ben finalement... ils s’en foutaient ! Car probablement aussi qu’au niveau des droits, ils risquaient d’avoir des problèmes avec ceux qui avaient créés les autres personnages. Le grand amiral Thrawn en a fait partie. On peut comprendre qu’ils n’aient pas voulu s’enquiquiner et qu’il leur a été plus facile d’écrire une toute autre histoire pour la suite de Star Wars.

En tous cas, pour nos trois albums, nous on a collé au design qui existait déjà, on n’a pas inventé beaucoup. Je me souviens que quand Richardson nous a positionnés sur le projet, on est tout de même allés aux États-Unis car il existait un salon à côté de San Francisco. Les gars du stand nous ont ensuite amenés à un ranch : le Skywalker Ranch où on a même eu la chance de voir Georges Lucas. Bon… par une fenêtre, on n’a pas pu lui parler ! ( Rires ) Mais du coup, on a discuté avec la dame qui gérait les bouquins pour l’univers Star Wars et on lui a expliqué qu’il nous fallait des maquettes pour pouvoir dessiner les vaisseaux. C’était obligé, à cet époque, il n’y avait pas internet ni la 3D ! On a reçu trois cartons géants de Star Destroyers... et avec tous les autres vaisseaux. Et tout ça, en double en plus, parce qu’avec Fred Blanchard, on ne travaillait pas physiquement ensemble. Il était à Nantes, moi à Rouen. On a donc eu tous les jouets qu’il nous fallait pour dessiner, en plus de ceux que nous aussi nous achetions aussi à titre personnel, de notre côté.

Comme je disais, le principe de la licence, c’est qu’on est obligés de rester dans les clous. Et c’est pour ça qu’ils ont filé l’adaptation des bouquins à un scénariste américain, c’est à dire un mec qui était habitué à faire ça. Donc nous, tous les personnages qu’on a eu à dessiner, on n’a rien inventé, ils sont tous dans le roman : Lando Carlrissian, Mara Jade, les Scout Troopers, le nouveau chef des contrebandiers Talon Karrde etc. Pour Talon Karrde d’ailleurs, je me suis amusé à lui faire la tête de Frank Zappa, avec ses longues moustaches. Comme j’adore Frank Zappa et que j’écoute souvent sa musique en travaillant...

Intégrer tous ces éléments de la première trilogie des films a été un élément motivant pour vous ?

Ben ouais ! Je suis un gros fanboy de Star Wars moi ! En 1976 ou 77, lors de la première exploitation du tout premier film, je sortais du lycée et j’allais directement voir le film. Tous les jours ! J’y suis allé tous les jours ! Je connais le film plan par plan. Donc dessiner du Star Wars, pour moi c’était génial (en plus du plaisir de faire du Comics). Et je pense quand même que ça se voit dans notre dessin qu’on aime bien tout le matériel de cet univers : les armes, les véhicule, les vaisseaux…

L’auteur dans son univers de travail

Vous savez, je suis potes avec plein de dessinateurs américains. Eux, je sais qu’ils sont obligés d’aller bien plus vite que nous quand il s’agit de dessiner tout ce matériel de Star Wars. Et puis en plus, ils n’ont pas forcément cette culture quand ils doivent le dessiner...

Il faut savoir aussi que, comme c’est du Comics, les pages originales sur lesquelles on a dessiné sont moins grandes que pour un album BD comme Aquablue, en comparaison. Et en plus, le problème qu’il y a eu avec l’édition française de L’Hériter de l’Empire, c’est que Dark Horse a récupéré les films de la version Comics et ils ont tout agrandi au format franco-belge : ce qui a grossi le point ! Ils auraient plutôt dû refaire les scans des planches pour que le résultat soit plus propre. C’est pour ça que par moments, c’est un peu pourri. Certaines vignettes sont même dégueulasses, on voit le point de trame presqu’à l’œil nu, c’est pénible. Et puis à l’époque, le matos n’était pas génial, non plus.

Bien plus tard, quand Delcourt a réédité nos trois albums en France, il l’a fait au format Comics d’origine et là, ça passe beaucoup mieux au niveau du dessin. Ça rend pareil que sur la version des Comics parus dès le départ aux Etats-Unis. Ça rend super bien même... D’ailleurs, je ne sais même pas s’ils ont encore les scans d’origines, si un jour il fallait rééditer nos albums. Mais bon, de toute façon, tout ça c’est chez Disney maintenant, j’en ai un peu rien à faire... ( Rires )

En tous cas, notre adaptation en BD de L’Héritier de l’Empire, il faut bien comprendre qu’initialement on l’avait fait pour le marché américain et qu’il nous fallait sortir un album Comics par mois. Un Comics c’est vingt-deux pages, soit la moitié de chaque album en France. Nous trois albums édités ensuite en France par Dark Horse France en 1995 et 1996, ça correspond donc aux six albums Comics aux Etats-Unis. Ici, les trois albums auraient même pu tous sortir en même temps. Mais leur parution a été étalée sur six mois entre chaque tome, il fallait leur laisser le temps que ça vive en librairie.

Cixi de Troy

Et puis, on ne voulait pas les sortir comme un seul gros tome car l’idée c’était aussi de valoriser les belles couvertures faites en partie avec Mathieu. Nos couvertures, on les voulait comme les affiches de cinéma de Struzan. On voulait reprendre son esthétique et rétrospectivement, j’avoue qu’elles ne sont pas mal du tout nos couvertures ! ( Rires ) Pour l’anecdote, il y a un truc qui ne va pas sur la couverture du tome un : le sabre de Luke devrait être vert ! On l’a fait bleu, on s’est plantés ! Le sabre bleu, c’est celui de son père, il le paume quand il se fait couper la main. Luke s’en refabrique un dans Le Retour du Jedi et là, il est vert. Donc nous, on aurait dû dessiner un sabre vert sur la couverture (puisque c’est la suite). Mais par contre, le manche qui est dessiné, c’est bien le bon, tout est juste sur la forme. C’est uniquement à la mise en couleur qu’on s’est vautrés ! ( Rires ) Vous savez, il y a des fans qui nous l’ont fait remarquer.

Donc voilà… avec tout ça… on comprend pourquoi mon album d’Angela est arrivé bien après Star Wars ! ( Rires ) Franchement, je passe toujours un temps fou sur mes planches, beaucoup trop même je trouve.

Scénario, dessin, story-board… vous êtes passé par tous les métiers sans jamais quitter le dessin.

Oui, éditeur aussi. J’ai également fait du cinéma et du dessin animé. Par la suite, je me suis mis à dessiner un peu autrement. Quand est arrivé le personnage de Cixi par exemple, j’ai été obligé de réduire le format des planches car là aussi, il fallait aller super vite. Et souvent, comme pour Star Wars, la technique consiste à faire juste des têtes qui parlent pour gagner du temps. En ce qui concerne Cixi de Troy, j’avais aussi eu envie à ce moment là de faire un truc un peu plus "cartoon", comme à l’époque de Fred & Bob. J’avais donc utilisé des pinceaux un peu plus gros, ce qui rend le trait un peu plus épais. En ce qui concerne les décors, tout dépend ensuite beaucoup du scénario. Dès qu’il y a un peu des grandes cases et que je peux mettre du détail, ça me va.. mais le problème c’est qu’avec Arleston, il lui faut parfois quatorze cases par page. Ça ne laisse pas beaucoup de place pour les décors. C’était parfois compliqué on va dire…

Cixi de Troy - Soleil

Justement, comment ça s’est fait que vous ayez participé à l’univers de Lanfeust de Troy ?

Ce n’est pas Arleston qui est venu me chercher, en fait. Il se trouve qu’à un moment, je me suis barré de Série B. Toujours pareil, Delcourt me cassait les pieds, c’était compliqué avec Blanchard… donc je me suis cassé. Mais pour ça, il a fallu que je signe un protocole transactionnel comme quoi je n’avais pas le droit de faire de l’éditorial (pendant trois ans, si je me souviens bien). Je ne pouvais donc plus être Directeur de Collection dans une autre boîte. Et pendant cinq ans, Delcourt avait aussi un droit de préférence sur tous mes projets de BD (je devais leur présenter). Ce qui est un peu illégal mais bon… Et donc, si je voulais continuer à faire de la BD, il fallait que je le fasse sur un projet qui n’était pas à moi. Or d’ailleurs, j’avais fait rajouter dans la transaction : sauf œuvre préexistante. Du coup, en discutant avec un mec de chez Delsol [2] qui en était à ses débuts à l’époque, le gars me conseille de voir peut-être du côté d’Arleston : ils auraient peut-être un truc à raconter avec leur personnage de Cixi. Du coup, j’appelle Christophe (on se connaissait déjà) mais il me répond « Je ne sais pas. Avec Tarquin, on aimerait bien se le faire un jour, on se le garde sous le coude ». Mais Didier Tarquin a été cool et il a dit « Ha, si c’est toi qui le fais, ok, c’est cool, ça me va ». Et voilà comment donc je me suis retrouvé à dessiner les albums de Cixi de Troy. Initialement, ça devait être un gros bouquin et puis finalement, on l’a coupé en deux… pour des motifs éditoriaux un peu obscurs. Et quand je suis arrivé au milieu du second album, Arleston me dit « Ha j’ai des idées pour le trois, si tu veux ? ». Mais non, il faut boucler le deux !

Niouk - Ankama

Surtout qu’entretemps, moi je voulais démarrer Niourk. J’étais même allé voir le fils de l’écrivain Stefan Wul, j’avais tous les dossiers pour démarrer. Cela faisait super longtemps que j’avais envie de me lancer dans mon projet de Niourk. Et d’autant plus que j’étais enfin libéré de cette histoire avec Delcourt ! Christophe Arleston me dit OK et cinq minutes après, je reçois un coup de téléphone de Mourad Boudjellal pour que je fasse le troisième tome de Cixi. De là, je leur parle d’Adrien Floch qui avait justement fini Les naufragés d’Ythaq et qui en plus, avait appris à dessiner dans Aquablue ! ( Rires ) Il ne s’en est jamais caché d’ailleurs. Et donc je leur ai proposé de faire uniquement le story-board du tome trois et c’est donc Adrien qui s’est retrouvé ainsi à le dessiner. Et du coup, ça m’a permis de démarrer Niourk qui était vraiment mon truc perso à moi.

Niourk est une adaptation de roman ?

C’est une adaptation de roman et pour le coup, là j’ai tout fait tout seul : l’écriture et le dessin. Niourk c’est un roman que j’ai lu quand j’étais gamin… que j’ai relu, re-relu… Et puis un jour je me suis dis : « Il faut que je le fasse ! ». J’ai toujours aimé les histoires d’enfants perdus. J’ai un pote qui m’avait trouvé les coordonnées du fils de Wul. Wul s’appelait en réalité Pierre Pairault et son métier était dentiste. Son fils n’habitait pas si loin que ça de chez moi, je lui ai donc envoyé un mail avec un lien sur ma fiche Wikipédia, pour lui faire voir que j’étais quelqu’un de sérieux. Il m’a répondu OK pour que je le fasse. J’ai donc préparé les "boards" (plus quelques dessins) et je suis allé le voir pour lui montrer tout ça.

À un moment donné, dans la discussion, je lui dis : « Tu sais quoi ? On va faire toute la biblio de ton père en fait ». Puisque j’étais sorti de ce deal qui m’empêchait temporairement d’être Directeur de Collection, on a donc pu aller négocier avec un éditeur et ça a été Ankama. Je me souviens, je faisais encore partie de Comix Buro quand la négociation s’est faite avec Ankama. On a ainsi adapté tous les romans de Wul qui étaient sortis au Fleuve Noir. C’est-à-dire ses onze romans ! À la fin des années 1950, Wul avait écrit onze romans en trois ans. Ensuite, ça a moins bien marché donc il est retourné à son métier de dentiste.

Mais il y a eu un moment où l’histoire de Niourk est devenue célèbre, son roman était mis en avant dans les bibliothèques et les CDI. J’avais même réussi à mettre la main sur des éditions pédagogiques de Niourk avec un questionnaire à la fin. Je pense que ce roman est revenu à la mode car il y avait eu en parallèle La Planète sauvage de René Laloux à Cannes en 1973. Ce film était tiré d’un autre roman de Wul Oms en série qu’on a adapté en BD nous aussi avec Morvan. Il y a aussi eu un film d’animation Les Maîtres du Temps, réalisé par Laloux encore, à partir de dessins de Moebius et qui est aussi une adaptation d’un autre roman de Wul. J’étais même allé voir Moebius un jour pour lui proposer de faire quelque chose ensemble, même si je savais qu’il ne voudrait pas. ( Rires )

Niourk - Ankama - Extrait

Je me souviens que le fils de Wul avait dit que j’étais cinglé quand je lui ai proposé d’adapter en BD tous les romans de son père. Mais Ankama nous a suivis même si j’avais bien prévenu que moi, je ne dessinerais que Niourk. Les autres romans seraient adaptés en BD par d’autres auteurs ! Chez Ankama, ils ont été géniaux sur ce coup là ! Le boss d’Ankama est un type super, j’ai adoré bosser avec lui. Il y a juste eu un peu des complications avec l’éditeur Denoël qui détenait les droits sur les romans, ils voulaient toucher leur part sur la vente des albums de BD. Je leur ai demandé le contrat signé à l’époque avec Fleuve Noir et il était bien stipulé que cela ne pouvait se faire que dans le cadre d’une adaptation en roman-photo. La BD, ce n’est pas du roman-photo, donc on leur a mis notre avocat sur le dos et ça les a calmés. En revanche, on a bien entendu reversé une partie des ventes de nos albums aux ayants droits, ce qui est complètement normal. Mais on ne voulait pas filer du fric à Denoël qui ne s’est absolument pas bougé pour notre projet.

Infinity 8 qui a suivi, est une nouvelle conception de BD un peu à l’ancienne ?

Infinity 8 est une idée de Lewis Tronheim au départ. Avec Lewis on est voisins ! Quand je travaillais chez Comix Buro, on était même carrément à cent mètres de chez lui. Donc on se voyait souvent, on allait bouffer ensemble. Comme il savait que j’avais repris l’édito, un jour, il nous "pitche" son idée. Je trouve ça cool et je lui dis ok car son principe était génial. Son idée était de mettre un peu ensemble des styles de dessins différents et de bosser avec des coscénaristes. Il faisait ça sur Donjons : pour chaque script qu’il avait, il sollicitait un scénariste différent. Pour le numéro d’Infinity 8 que j’ai dessiné, on a fait le scénario ensemble avec Lewis. Il a accepté mon script mais c’est lui qui a eu l’idée de refaire un peu la naissance du Troisième Reich en 24 heures sur le vaisseau.

Infinity 8 -Rue de Sèvres

Ce type de projet, on l’a bossé là-aussi au format Comics ce qui fait que les pages étaient vraiment petites. C’est du trois bandes et c’est pour ça que mon dessin est sacrément stylisé. Infinity 8 est sorti aux Etats-Unis également. Il est vrai que je n’ai dessiné qu’un album mais j’ai quand même "designé" toute la série. Un peu comme dans l’univers du dessin animé, j’ai fait toute la bible : tous les engins, tous les costumes… C’est un peu comme un projet à la Star Trek, il y a des uniformes à respecter etc. Tout ça m’a pris un temps fou d’ailleurs mais c’est le genre de travail que j’aime bien faire aussi. On a même représenté le vaisseau tout en 3D !

Quand est-ce que vous reviendrez à la BD franco-belge classique ?

Il faut savoir que juste avant le Covid, il y a eu un gros clash avec Comix Buro. Plutôt que de continuer à faire des partenariats avec plusieurs éditeurs (comme nous avions fait avec Ankama), ils préféraient s’associer avec un gros éditeur. Je leur ai dis « Pourquoi pas mais…pas Glénat, pas Delcourt ! ». Et alors que j’avais presque finalisé un deal avec Dupuis, finalement, ça s’est fait chez Glénat et sans trop que je sois consulté. Donc ça ne s’est pas bien passé… et je me suis barré ! Ce qui est dommage, c’est que j’avais commencé l’adaptation d’un bouquin de Rosny aîné, le mec qui avait écrit La Guerre du Feu. Il avait écrit une trilogie et moi, j’avais commencé à écrire la suite. J’avais fait vingt pages et donc, je me suis arrêté. J’avais aussi commencé à écrire Sa Majesté des Ours.

Et donc voilà, je quitte Comix Buro, je m’engueule avec Glénat (un bain de sang), tout ça au moment du dernier festival d’Angoulême, juste avant le Covid. En 2020 donc et j’arrête tout. Grâce à une agente en Angleterre, j’ai juste continué à faire des couvertures de Comics. Finalement, grâce aussi à mes trois albums de Star Wars, je restais assez bien connu aux États-Unis. On me demandait aussi beaucoup de commissions [3], ce qui m’a permis de tenir le coup. C’était très bien mais j’en avais vraiment marre du milieu de la BD. Dans ma tête je me disais « Je suis écoeuré d’la BD, c’est tous des cons, ça me fait chier... »

Hellboy - Delcourt

Et puis, un copain Paul Renaud qui vit aux États-Unis me dit « Mais puisque tu connais Mike Mignola, fais donc un album de Comics ! C’est juste vingt-deux pages ». J’étais pas convaincu mais je finis quand même par envoyer un mail à Mignola, l’auteur de Hellboy. Mignola me propose de lui écrire mon idée et de lui envoyer. Au final, ça s’est super bien passé entre nous et je me suis alors retrouvé à dessiner mon propre album de Hellboy. C’était super cool, ça m’a remis en selle.

J’ai vraiment retrouvé la motivation et du coup, aujourd’hui, j’ai pu commencer un nouveau projet de BD. Ce sera un format entre de la BD franco-belge et du Comics. Je n’ai pas encore d’éditeur mais la revue Black And White Story vient de publier les premières pages en noir et blanc (le premier chapitre) à l’occasion du festival d’Angoulême de cette année. À ce jour, certains éditeurs savent que le projet est en train de se faire mais on verra bien qui en voudra réellement quand ce sera fini. C’est du médiéval. Je n’avais jamais fait du médiéval, à part Cixi (même si on ne peut pas trop considérer ça comme du médiéval). Je bosse avec un pote, Jordan Mechner. Ça se fait à moitié en ville (où je n’ai qu’une table à dessin) et à moitié chez moi où j’ai mon ordi, mes livres, mes scans, ma table à dessin (avec ma figurine de Hellboy juste au dessus, ce qui m’avait permis de le dessiner sous toutes ses formes)... bref, tout mon univers à moi pour travailler.

Jordan n’est pas très connu mais mine de rien, c’est le mec qui a fait le jeu vidéo Prince of Persia, la toute première version du jeu sur PC en 1989. Il avait dix-huit ans à l’époque, le jeu était génial. Jordan a vendu ses droits à Disney (puisqu’il y a eu un film) et maintenant, il est un peu à l’abri du besoin. Et comme de mon côté, ça va aussi, on s’est dit qu’on n’allait pas signer tout de suite chez un éditeur. On fait notre bouquin, tranquillement et quand ce sera prêt, on traitera avec un éditeur. Et cela portera uniquement sur des droits papier en France : pas de droits étrangers, pas de droits de cinéma... ni toutes ces choses que les auteurs se font toujours piquer d’office. Vous savez, quand un film se fait, c’est carrément le producteur qui vient à l’éditeur, ce n’est même pas eux qui cherchent à démarcher quoi que ce soit. Et en plus, ils se prennent 50% des droits. ( Rires ) Donc non !

Univers Vatine

Ça devrait être un gros truc donc ça ne sortira pas en album avant deux ans, je pense. On a prévu d’en faire soit un gros pavé de 200 pages, soit on divisera, selon l’éditeur. On verra. Mais c’est moi tout seul au dessin sur ce projet et je ne fais que ça. Donc ça avance bien plus vite qu’avec Angela. Par contre, ça reste du format Comics en trois strips. Je suis démarché parfois par des scénaristes américains mais je dis non. Je n’ai pas le temps, je ne travaille que sur ce projet aujourd’hui. Je n’ai pas le temps de faire autre chose. Par contre, je m’étais juré de ne plus bosser avec un scénariste, je ne voulais dessiner que mes histoires à moi mais bon là, Jordan m’a bien "pitché " son truc donc voilà… ( Rires ) Et puis, c’est un mec qui a fait plein de trucs : de la BD, il a sorti un roman, il a bossé pour le cinéma. Il est assez incroyable en réalité quand je discute avec lui. Il a été en contact avec plein de gens mais si je l’écoute, demain il me raconte qu’il a bossé avec Spielberg ! ( Rires ) C’est un mec très étonnant et un super scénariste. Et bien qu’il soit américain, il est fan d’Alexandre Dumas. D’ailleurs, je vous conseille de lire Replay (Mémoires d’une famille) de Jordan Mechner.

Qu’aimeriez-vous ajouter ?

On a parlé de pas mal de trucs mais on a juste évoqué mon pote Paul Renaud et je voudrais en profiter pour le remercier.

Il y a quelques temps, Paul s’occupait d’inviter des auteurs américains au TGS (le Toulouse Game Show, un énorme truc). A l’intérieur du TGS, il y avait une espèce de mini Comic Con, géré comme à New York ou à San Diego. C’est-à-dire où les gars qui viennent, payent pour avoir des dessins. Paul m’a invité à Toulouse et là, je suis retombé sur des mecs que j’avais rencontrés quand j’étais allé aux Etats-Unis dans les années 1990.

D’ailleurs, tous ces auteurs américains faisaient payer leurs dessins donc, je ne pouvais pas de mon côté, faire des dédicaces gratuites. Depuis ce jour, je me suis donc mis à faire moi aussi des "commissions". C’est-à-dire des dédicaces payantes qui s’adressent à de vrais collectionneurs. Il faut savoir qu’il n’y a plus que de ça aux États-Unis. On voit que ça commence à prendre en France et il faut bien reconnaître que du coup, maintenant, ça devient rentable pour les auteurs d’aller en festival. Avant, quand j’allais à Angoulême, non seulement je perdais du temps (parce que je ne bossais pas), mais en plus je perdais du fric…

Black & White Stories

Bref. À cette époque, Paul qui bossait pour Marvel me dit au TGS qu’il va ensuite à la Comic Con de New York. Et il me propose de venir ! J’hésite mais finalement, j’y vais. Et là-bas, ça marche pas mal pour moi, j’arrive à vendre quelques trucs. Je me souviens de Paul qui m’avait fait rencontrer un autre gars de chez Marvel, très sympa et qui m’avait filé quelques couvs. Du coup, comme ça se passait bien, on y est retournés quatre ou cinq ans de suite avec Isa. Et puis, Niourk étant sorti aussi aux États-Unis, on va également à la Comic Con de San Diego où j’étais nominé au Eisner Awards. Je ne m’attendais à rien mais avec Isa, on s’est dit que c’était l’occasion d’aller un peu visiter la Californie. En effet, Niourk est juste nominé, je ne reçois pas de trophées mais en plus du système de "commissions", je découvre qu’il y a des auteurs qui payent pour avoir une table dans ces conventions. En réalité, la plupart des auteurs ne sont pas invités, ils achètent leur table… comme on achèterait un emplacement sur le marché ! Les auteurs payent même leur hôtel et leur déplacement. Donc on comprend pourquoi ils ont besoin de faire du fric. À la Comic Con de New York, seuls une vingtaine d’artistes sont réellement invités, tous les autres, c’est à leur frais. Ils se financent.

Au final, le fait que Paul Renaud me ramène un peu là-bas aux Etats-Unis, qu’il me présente des gens et me fasse connaître, c’est comme ça que je me suis ensuite retrouvé à bosser assez souvent pour Marvel. Je me retrouve ainsi à faire assez souvent des couvs de Comics pour les Etats-Unis. En ce moment, je suis d’ailleurs en train de faire une couv de Vampirella. C’est vraiment cool ! ( Rires ) Je trouve ça très sympas encore aujourd’hui. Et de m’être ainsi fait connaître, je n’oublie pas que c’est ce qui m’a permis de faire aussi du Hellboy à une certaine période de ma vie. Donc voilà, le truc que je voulais rajouter, c’est : « Merci Paul Renaud ». C’est vraiment lui qui m’a remis le pied à l’étrier aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Jean-Sébastien Chabannes
http://pabd.free.fr/ACTUABD.HTM

Black & White Stories - 2025
Photos : J-S Chabannes
Hellboy fétiche de l’auteur
L’auteur concentré au dessin

Par Jean-Sébastien CHABANNES

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN :

[1] Une technique mise au point par Casterman pour Hergé. NDLR.

[2] Structure de diffusion commune aux éditions Delcourt et Soleil, devenue la structure de Delcourt après le rahat de l’éditeur toulonnais par l’éditeur parisien. NDLR.

[3] Commandes réalisées directement pour les fans. NDLR.

Aquablue ✏️ Olivier Vatine France Paris Toulouse Cannes San Diego New York Dieppe Rouen
 
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13 Messages :
  • Super interview.
    Je me souviens de Vatine à l’époque de Player One et Amstrad cent pour cent où je dessinais, il me semble qu’il était DA de Player One, il dessinait les couv et le 3e Aquablue était paru dans Amstrad CPC.
    C’était du lourd Aquablue, comme l’avait été La Quête de l’oiseau du temps un peu avant.

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    • Répondu par Jean-Sébastien CHABANNES le 10 mars 2025 à  06:56 :

      Merci Laurent. En effet, Aquablue est une série qui a beaucoup marqué les lecteurs, il nous fallait en parler... JSC

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  • Cela aurait été bien de parler, de sa majesté des ours, car deux albums, et puis plus rien, j’ai vraiment le sentiment de mettre fait avoir car j’ai le début d’une histoire et j’attends toujours la suite, et cela bloque à priori à cause de monsieur Vatine.

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    • Répondu par JSC le 10 mars 2025 à  18:55 :

      Sujet houleux à priori entre l’auteur et le scénariste Dobbs. On a préféré éviter, il y avait beaucoup d’autres sujets plus agréables à aborder. Peut-être un jour, à l’occasion d’une seconde interview, nous lui poserons la question...

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  • Merci pour cette passionnante et très instructive interview.
    La première BD que j’ai lue d’Olivier Vatine m’avait marqué. Un militaire parachuté en pleine jungle était attaqué et défiguré par des singes. Elle avait été publiée dans un numéro spécial de Pilote. Il en parle au tout début.
    Le graphisme de Fred et Bob était très différent de celle-ci. Et ça ne ressemblait pas du tout à ce qui se faisait dans Pilote.
    J’ai eu la chance de rencontrer O. Vatine dans un festival de Rouen avec le premier album édité par Guy Delcourt (qui était présent aussi). Il m’avait fait un dessin sur feuille volante et Thierry Cailleteau l’avait mis en couleur au feutre (aujourd’hui ce serait impensable, avec les chasseurs de dédicaces qui sévissent, on le trouverait sur ebay dans les 10 mn suivantes…).

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    • Répondu par JSC le 11 mars 2025 à  15:44 :

      Merci pour ce commentaire bien sympathique. Je serais curieux de savoir quel est ce fameux hors série de Pilote qui avait publié les premières planches de Vatine. Je voulais lui poser la question et puis, on est passés à autre chose. Merci pour les infos éventuelles...

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      • Répondu par Patrick Gaumer le 11 mars 2025 à  21:04 :

        Teddy-Bear, sur un texte de Daniel Pecqueur. En 1982, dans le Pilote 98bis (spécial aventures).
        Bel entretien !
        PG

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    • Répondu par JSC le 18 mars 2025 à  07:05 :

      C’est incroyable comme ces premières planches de Vatine dans Pilote coïncident avec le tome 2 de Thomas Noland. Pecqueur a réutilisé les mêmes idées et Franz s’est inspiré de Vatine pour la scène avec la fille. C’est vraiment amusant à voir !

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  • Merci Mr Chabannes pour ces entretiens toujours aussi complet et intéressant.
    J’en profite pour vous suggérer des pistes de futurs entretiens car mon attention c’est arrêté sur deux auteurs très talentueux, évoqué par Olivier Vatine mais qui ont malheureusement disparu de la circulation : Fabrice Lamy et Lidwine.
    Ca serait génial une grande interview avec ces deux auteurs, non ?
    Bonne continuation et merci de continuez de nous régalez de ces longs entretiens .

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    • Répondu par JSC le 14 mars 2025 à  09:01 :

      Merci beaucoup Guillaume pour ce retour bien agréable à lire. Lidwine et Fabrice Lamy, c’est à envisager en effet.

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  • Merci pour cette belle et longue interview :
    Olivier Vatine navigue entre le francobelge et le comics, il a toujours contribué avec gentillesse au fanzine Scarce !

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    • Répondu par JSC le 13 mars 2025 à  09:00 :

      Merci Michel pour ce commentaire agréable.

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