Au 35 rue Jacob (6e arrondissement), à l’espace des femmes Antoinette Fouque, on se presse pour entrer. Dans cette salle située au fond d’une cour fleurie, on se salue, on se souhaite la bonne année, on échange les dernières infos.
Le jury du Prix est là, présidé par Laurent Gervereau. Il est composé cette année de Chantal Montellier, Julie Scheibling, Isabelle Beaumenay-Chaland, Patrick Gaumer, Pascal Guichard et Christophe Vilain. L’éditeur Jean-Pierre Dionnet est également présent aux côtés de ces sept actrices et acteurs de la BD.
Après quelques réglages techniques, la cérémonie commence. Au premier rang, la dessinatrice Catel arbore un large sourire. Chantal Montellier, co-fondatrice du Prix (avec Jeanne Puchol), et également l’une des lauréates, gratifie l’assemblée d’un discours passionant empreint d’humour.
C’est avec beaucoup d’humilité et d’autodérision que cette grande dame du neuvième art reçoit le premier prix de cette cérémonie, le Prix Hors concours et Hommage, pour son ouvrage Social Fiction, édité aux Humanoïdes Associés. Après un puissant hommage à sa carrière (de dessinatrice de presse notamment) de la part de Patrick Gaumer, elle lâche, émue et rigolarde : « Je ne savais pas que vous pensiez autant de bien de moi... On aurait été copains bien avant sinon ! »
La remise continue avec le Prix Poésie, décerné à Humaine de Joanna Folivéli, publié aux éditions Deux Points. Deuxième prix de l’autrice en deux ans, (Devenir, sa première bande dessinée, a été primée l’an dernier également, du Prix Mauvaise Herbe), il vient souligner son amour pour ce qu’elle appelle "la poésie dessinée". Pascal Guichard, l’un des membres du jury, lui adresse à cette occasion un discours plein d’admiration. L’autrice, très émue également, en a profité quant à elle pour remercier ses deux éditrices.
Chantal Montellier vient ensuite remettre le Prix Influence à Simone de Beauvoir : Je veux tout de la vie de Julia Korbik et Julia Bernhard, traduit de l’allemand par Gaïa Maniquant-Rogazyk et publié aux éditions Steinkis. Chantal Montellier déclame, pour l’occasion, un discours "comme si [elle] était Simone de Beauvoir", rendant un bel hommage à la philosophe et écrivaine.
Puis c’est au tour de Christophe Vilain de prendre le micro pour remettre le Prix Résilience à Victory Parade (Çà et là), de Leela Corman (traduit de l’anglais (US) par Jean-Paul Jennequin). Le rédacteur en chef de Zoo a souligné l’importance vitale de cet ouvrage, « au vu des bruits de bottes que l’on entend partout en Europe »..., parlant même d’un livre « qui restera dans les mémoires » !
Ce que je sais de Rokia, tiré d’une histoire vraie, est récompensé du Prix Société. Émue, Quitterie Simon accepte cette décoration en son nom et en celui de la dessinatrice Francesca Vartuli, qui n’a pas pu être présente. La scénariste parle d’un véritable coup de foudre pour le dessin de cette jeune Italienne, et lui rend hommage, de même qu’à toutes les "femmes de sa vie" : l’héroïne du livre, gardée anonyme, Chantal Montellier, assise face à elle, mais aussi le collectif de bédéistes dont elle fait partie, ses filles, sa mère... Et enfin Anne-Gaëlle Fontaine, directrice de la communication et représentante de Futuropolis pour la cérémonie.
Jean-Pierre Dionnet remet, quant à lui, le Prix Pionnière à Garçonnes de Trina Robbins, traduit de l’anglais (US) par Marie-Paule Noël et publié par les éditions Bliss. L’éditeur est dithyrambique : « Béni soit Bliss ! (...) Ce livre est BEAU ! ». Très enthousiaste, il parle d’un « voyage dans le temps extraordinaire » mais qu’il faut « picorer » pour en apprécier toute la richesse. Le livre est en sélection d’Angoulême dans la catégorie Patrimoine.
Le Prix Extraordinaire a été décerné à Ce soir c’est cauchemar (Cornélius) de Nicole Claveloux, qui pour rappel avait été l’une des invités d’honneur du festival Formula Bula, en septembre dernier.
Enfin, et pas des moindres, le Grand Prix Artemisia a été décerné à La Camarade Coucou (Futuropolis) d’Anke Feuchtenberger, traduit de l’allemand par Monique Rival. Le titre est d’ailleurs également dans la sélection officielle du FIBD !
Une sélection magistrale, à lire et relire de toute urgence !
Par Perrine LAVOREL
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