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Très bon
13 avril 2026
Savez-vous que la galère portugaise (une espèce du zooplancton, dans le fond des océans) est composée de plusieurs espèces interconnectées ? Les organismes qui composent son anatomie sont interdépendants. Il s’agit de cellules, de bactéries, de microbiotes... En coopérant, elles deviennent plus que la somme de chaque partie.
C’est à partir de cet authentique exemple que Jesse Jacobs nous explique... qu’il en est absolument de même chez les humains : « nous sommes une accumulation d’êtres vivants, un harmonieux assemblage d’entités ». Mais qu’en serait-il si chaque micro-organisme était indépendant, vivait sa propre vie, ou pouvait s’accrocher sans problème à une autre espèce vivante ? C’est la particularité des nouveaux animaux de compagnie imaginés par l’auteur canadien.
Selon leurs propriétaires, ils sont mignons (ça se discute) : très colorés, poilus, arrondis, ils émettent des petits sons. Seulement, lorsqu’ils sont jeunes et peu éduqués, ils sont très friables et ont tendance à se décomposer. Heureusement, on peut les reformer à sa guise, on peut même ajouter ou enlever des pièces, il y aura toujours à la fin un individu vivant. Et alors c’est à qui aura le plus grand, le plus coloré, bref, le plus original, et à celui qui saura le mieux en prendre soin. On est entre M. Patate géant, Barbapapa, Lego, et Tamagotchi, ce jeu électronique en vogue à la fin des années 1990 qui consistait à simuler l’éducation d’un être virtuel.
L’album est une fable satirique, courte (une soixantaine de pages) : sous ses airs de sketch un peu psychédélique, il est question du fétichisme moderne pour les animaux de compagnie, êtres vivants « consommables », exploitables (les exposer dans des situations insolites sur les réseaux sociaux) et même jetables ; leur infantilisation : mignons et inoffensifs au début, les humains projettent sur eux des désirs de possession, de contrôle, de modélisation.
Mais le comportement des vivants reste imprévisible, et les humains se retrouvent piégés par leur propre obsession. On y trouvera aussi de quoi alimenter quelques réflexions sur ce qui constitue l’identité de chacun : là aussi, avec quels artifices cherche-t-on à « s’augmenter » (physiquement ou socialement) ?
Bref, une lecture qui joue sur plusieurs registres (absurde, malaisant, drôle, réflexif...), ouvrant la voie à de multiples interprétations !
Par Damien BOONE
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