C’est en se rendant sur le lieu du festival, au Parc des expositions de Villepinte, que l’on a constaté un premier fait curieux : le RER B n’était pas si plein. À 9h, sur le quai de Chatelet ce matin, la foule cosplayée et enthousiaste était bien au rendez-vous mais, les années précédentes, dans nos souvenirs, la densité de geeks au mètre carré nous semblait sensiblement plus élevée.
En arrivant sur le lieu de l’événement, quelques dizaines de minutes avant l’ouverture des portes, les festivaliers sont bien là, QR code à la main, mais là encore, par comparaison avec les éditions antérieures, les files paraissent moins chargées (on parle quand même de plusieurs milliers de festivaliers, l’édition n’est pas désertée non plus). Et après quelques mots échangés avec des professionnels (éditeurs, exposants), l’impression se confirme : la journée d’hier a été bien plus light que prévu.
Une estimation du festival parle de 20% de réservation de billets en moins par rapport aux années passées, une baisse qui se traduit très concrètement par moins de monde dans les allées et sur les stands. Les raisons sont plurielles, avec tout en haut de la liste les Jeux Olympiques : cette année pour la première fois, la Japan n’est pas le principal événement touristique de la capitale cet été. On peut raisonnablement penser que les hausses de prix du logement (AirBnB comme hôtels ayant surfé sur la vague JO pour atteindre des prix délirants), et les complications anticipées sur les transports (stations de métro fermées, ticket RATP plus cher), auront refroidi certains.
Prudence, prudence...
Du côté du festival, l’organisation comme les exposants ont clairement joué la carte du raisonnable : assez peu d’invités internationaux et sur les stands, les plus gros éditeurs ont recyclé très largement leurs infrastructures déjà existantes, tandis les séries les plus mises en avant sont les licences déjà promues l’année dernière (Blue Lock, Les Carnets de l’Apothicaire, Sakamoto Days...). Un éditeur nous raconte en off que les stands sont beaucoup moins remplis cette année, et le sentiment est partagé par nombre de collègues dans le Hall 5.
Mais la plus grosse déception reste les stands des jeux vidéo qui, chaque année, profitaient de la Japan pour mettre en avant des titres en court de développement et des exclusivités : on se souvient il y a deux ans de l’avant-première exclusive de Street Fighter VI chez Bandai Namco. Cette année rien de neuf, et même Square Enix a fait l’impasse en ne dressant pas de stand (en dépit de la présence importante de bannières faisant la promotion de Downtrail, la prochaine extension de Final Fantasy XIV). Notons tout de même la présence du pop-up store Nintendo qui drague une quantité hallucinante de monde en raion de la présence de beaucoup de produits exclusifs et inédits en France.
Il faut dire, de surcroît, qu’un événement politique impromptu s’est invité au programme : la dissolution de l’Assemblée nationale. Cet acte sans précédent, placé juste avant les vacances, a mené la population à retourner dans les urnes pour élire les nouveaux députés lors d’élections législatives qui se sont tenues le 30 juin 2024, avec un 2e tour, le 7 juillet. Certaines familles ont ainsi dû retarder leurs vacances pour effectuer leur devoir de citoyen. Cela a-t-il poussé certains à sacrifier la Japan pour partir en famille ?
Enfin dernier élément de compréhension : la convention Animexpo à Los Angeles se déroule cette année du 4 au 7 juillet, soit une petite semaine avant la Japan, et c’est aujourd’hui ce festival qui est devenu la vitrine du manga dans le monde. Entre les deux évéments, les professionnels ont dû faire un choix pour décider ou envoyer leurs stars, et il faut dire qu’à seulement 6h d’avion du japon, LA est plus accessible que Paris, d’autant plus que le cours du Yen est défavorable au Japon qui a perdu récemment sa troisième place dans le classement du Produit Intérieur Brut au profit de l’Alemagne.
À la moitié du festival, l’édition 2024 semble donc, pour l’heure, être moins colossale que les années précédentes. Un bilan de fin de week-end s’imposera pour valider ou infirmer ce sentiment, et il convient tout de même de rappeler que la Japan Expo n’a pas dit son dernier mot bien au contraire : l’annonce en grande pompe de leur présence à l’Exposition Universelle d’Osaka 2025 traduit l’ambition d’internationalisation de l’organisation. C’est ainsi une occasion de montrer l’influence considérable de leur culture à l’étranger. Et avec un marché du manga certes légèrement en recul en France mais toujours aussi moteur dans l’édition, on ne se fait pas trop de soucis pour eux...
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