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Dans un monde où 99% des humains reçoivent à l’adolescence des super-pouvoirs, Izuku Midoriya, un jeune garçon, rêve de devenir le plus grand super-héros du monde, et succéder ainsi à son idole : All-Might. Seulement voilà : il n’a pas de pouvoir.
Seulement armé d’une détermination sans faille et d’un sens aigu de la justice, il fait tout pour intégrer l’UA, l’académie des héros, où les futurs protecteurs de l’humanité sont formés au rôle de super-héros, depuis le choix de leur costume jusqu’à la maîtrise de leurs pouvoirs. Mais pendant que le jeune Izuku poursuit sa destinée, un mal indicible croît...
La nouvelle vague
2014 a été, pour le magazine Shonen Jump, n°1 du manga au Japon et dans le monde, une année de deuil : c’était la fin de Naruto, poule aux œufs d’or s’il en est...
Cette année-là, une place sur le podium des icônes du magazine s’est libérée et dans la brèche se sont engouffrés une flopée de jeunes auteurs aux dents longues, marquant un renouveau dans le catalogue shonen du Jump que beaucoup de fans ont appelé la "new gen", la nouvelle génération. Black Clover, Jujutsu Kaisen, Chainsaw Man : les projecteurs ont été favorables à plusieurs bons titres, mais la météorite était bien sûr My Hero Academia.
Après dix ans de publication, la série a vendu, à date, plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde, et est classée 10e dans le top des plus gros succès de l’histoire du Jump.
Shonen archétypal parfait pour prendre la suite de Naruto, on y retrouve tous les codes les plus essentiels du genre : le héros candide au rêve en apparence innatteignable, son mentor sur le déclin en quête d’un héritier, le rival insupportable mais avec un bon fond, la love interest trop timide pour confesser ses sentiments, le grand méchant très très méchant... La liste des clichés est longue et MHA les a tous cochés, mais en parvenant à y ajouter le twist nécessaire pour ne pas donner dans la redondance.
Pour beaucoup de fans, ce twist qui démarquait la série de sa concurrence était le dessin. Inhumain, phénoménal, magnifique ; les adjectif mélioratifs pour qualifier le trait de Kohei Horikoshi sont pléthores, et tous justifiés. De l’aveu même de ses collègues mangakas, dont l’illustre Tite Kubo (Bleach), l’auteur évolue dans une autre dimension que ses pairs, tant il est parvenu à sortir chaque semaine des planches aussi détaillées, travaillées et réussies pendant une décennie.
Une œuvre plurielle
Mais même un beau dessin, aussi exceptionnel soit-il, ne peut suffire seul à porter aux nues une œuvre : l’histoire doit être à la hauteur. Et c’est sur ce point que MHA a, peut-être, reçu le plus de critiques, au départ pas infondées mais face auxquelles l’auteur a su s’adapter et évoluer.
La série se découpe en deux grandes parties informelles, séparées par une transition après le volume 23 et l’arc de l’Armée de libération des supers-vilains. La séparation n’est pas aussi flagrante qu’entre Naruto et Naruto Shippuden par exemple, mais la série prend définitivement un tournant plus sombre et mature après cet épisode.
Ce qui s’identifie, de fait, comme la première partie, apparaît en creux plus légère que la seconde. Elle se déroule essentiellement au sein de l’Académie des héros, et traite des thèmes classiques de l’école en manga comme les festivals culturels, les tournois de sport, etc. L’inconsistance de cette première moitié a été assez critiquée : on y rencontre beaucoup d’alternances entre des séquences très sérieuses avec des enjeux majeurs, et des passages beaucoup plus innocents et enfantins, et les transitions entre les deux n’étaient pas toujours si soignées.
Et au niveau des retours globaux, les lecteurs semblaient plus intéressés par la partie dark de l’histoire que par son pendant léger. L’auteur a su écouter ce retour, pour complètement ré-orienter la deuxième partie de son manga. On passe alors dans une intrigue qui aborde frontalement des thèmes très adultes, parfois survolés dans la première partie et approfondis dans la seconde, et les enjeux autour de la lutte entre héros et vilains prennent une nouvelle ampleur.
Le trait se fait aussi beaucoup moins lumineux, et le personnage principal, Izuku, subit physiquement cette descente aux enfers au travers d’un court arc elliptique qui est, à l’humble avis de votre serviteur, un des tout meilleurs arcs de l’histoire moderne du Shonen [1]. L’auteur a osé mettre réellement son personnage principal en danger, pas seulement physiquement mais surtout moralement, et interroger son statut de héros (au sens figuré comme propre) pour finalement réaffirmer les valeurs essentielles de son œuvre : l’espoir, l’amitié et la confiance en l’autre.
Le dernier arc prend ensuite une ampleur proprement cataclysmique, avec d’innombrables planches exceptionnelles et de double-pages à couper le souffle, pour une résolution finale évidemment prévisible, tout en restant assez déroutante pour marquer les esprits.
L’auteur a su résister à l’appel des sirènes de "l’arc de trop", et la fin du titre apparaît comme naturelle, évidente et bien construite, là ou rétrospectivement, la fin est souvent le gros point noir de beaucoup de séries Shonen (coucou Naruto). Et l’auteur ose même prendre complètement à contre-pied les attentes des lecteurs dans l’épilogue : sans vous spoiler, nous dirons simplement que tous les actes ont des conséquences, et même le personnage principal n’échappe pas à cette règle.
L’audace dont fait preuve l’auteur avec sa conclusion est assez dingue, et laisse un goût doux-amer qui traduit une conclusion pas forcément "satisfaisante" au regard des attentes logiques des fans, mais qui est d’une telle cohérence qu’on ne peut qu’y adhérer. Et ce final fera sans doute date dans l’histoire des shonens, comme l’une des toutes meilleures conclusions que le genre a pu nous proposer.
Et on réserve bien sûr un mot de cette chronique pour saluer et remercier le travail de Ki-Oon, éditeur français du titre qui l’a brillamment accompagné tout au long de son existence - 39 tomes à date, la série complète en comptera 42 - notamment au travers d’éditions collectors de très bonne facture, avec un soin éditorial global assez exemplaire. Pas mal non ? C’est français.
Il n’est pas vraiment difficile d’estimer l’impact qu’a eu My Hero Academia sur toute une génération : les allées de Japan Expo témoignent de la place qu’occupe la série dans le cœur (et le portefeuille) des fans. Il est le Naruto ou le Dragon Ball d’une époque, en ce qu’il s’est imposé comme la porte d’entrée dans le genre pour toute une génération de lecteurs et de lectrices.
En abordant frontalement des thèmes durs et émotionnellement très forts, la série a participé à l’évolution globale du Shonen dans une direction plus sérieuse et adulte qui continue à innerver les nouveautés avec ce petit côté edgy qui, quand il est bien maîtrisé, donne un degré de lecture supplémentaire à l’œuvre.
Avec la fin de MHA, c’est une ère qui s’achève pour le Jump, qui voit disparaître une autre de ses mannes. Le manga dans sa globalité progresse partout dans le monde, on l’a assez dit et répété, mais le genre du Shonen, le plus populaire et rentable, peine depuis plusieurs années à renouveler ses têtes d’affiches et à imposer sur la durée des séries aussi puissantes que l’ont été les Naruto, Bleach et autres Fairy Tail. My Hero Academia était l’un de ces titres d’ampleur, et il ne fait aucun doute que les Tantos (les éditeurs) du Jump traquent activement, comme des chercheurs d’or, la prochaine pépite, tandis que le financiers du magazine se rongent un peu plus les sangs. Heureusement pour eux il reste One Piece, pour l’instant...
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Crédits images : 2024 © Shonen Jump / Shueisha / Kohei Horikoshi / Ki-Oon.
[1] Attention spoiler : Je parle ici du passage entre le chapitre 307 et 314 dans lequel Izuku part seul en croisade contre les vilains rescapés de la Guerre de Libération, et sombre dans l’abîme avant d’être ramené à la lumière par ses anciens camarades de l’UA.
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