Dubitatif
26 novembre 2024
Stanislas Rétif est vendeur de chaussures. Complexé par sa petite taille, il fantasme sur les pieds des demoiselles qu’il rencontre au quotidien. Sa timidité et sa taille font de lui un homme seul et désespéré avec pour seule compagnie un chat, là où il aimerait tant avoir une belle femme à ses côtés.
Un jour, alors qu’il se lamente sur son sort, il fait le souhait de devenir « un grand homme » et ainsi vaincre le complexe qui le pousse dans les marges de la société. Malheureusement pour lui, ses doléances tombent sur le cuir d’une vache sacrée qui compose une paire de bottes de sa boutique. Une paire magique qui retourne le vœu contre lui et transforme Stanislas en homme minuscule, ne faisant plus que quelques centimètres de hauteur. Dans un premier temps, cette nouvelle condition lui permet de s’affranchir des carcans qui lui été imposés, mais il se rend vite compte que devenir un grand homme passera par la grandeur de l’âme.
Stanislas vit dans une profonde solitude. La plupart des femmes qu’il rencontre sont idéalisées, tout comme leur physique. Aucune d’entres elles ne s’intéresse au pauvre Stanislas, surtout celles qui entourent le vendeur de chaussures et qu’il désire. Elles sont alors diabolisées dans l’intrigue et deviennent des chipies, qui n’ont pour simple sujet de conversation que leurs aventures de séduction toutes très loin de Stanislas.
Obnubilé par ces dernières, il ne remarque pas la jeune fleuriste de la boutique d’en face, éperdument amoureuse de lui. Trop discrète, Stanislas passe à côté, mais un coup du sort et la profonde maladie de la jeune fleuriste pourrait ouvrir les yeux et le cœur du vendeur.
Pour son premier album en solitaire [1], Zanzim, dessinateur de Peau d’Homme et collaborateur de longue date d’Hubert, dépeint un conte sur la timidité. Le trait est assuré et doux. La ligne est claire et ses courbes organiques rappellent le modernisme du début du XXI siècle, qui sied à la touche de nostalgie de l’album, inspiré du cinéma des années 1960.
Penaud et discret en début d’album, Stanislas Rétif se complaît dans son célibat et l’attribue aux effets de sa petite taille. Une réflexion s’apparentant à celle des Incel, [2]
D’autant plus qu’en devenant minuscule, le héros se désinhibe. Il profite de la situation qui l’écarte de tout contrôle, pour assouvir ses fantasmes. Une nuit, il se balade nu sur le corps, tout aussi nu et endormi, d’une de ses collègues. L’absence de consentement même dans un contexte fantasmagorique, de certaines scènes questionne.
Dans ce conte moderne ressort une critique de la société du paraitre et une invitation à s’intéresser à l’humain. Le personnage de Stanislas Rétif, tantôt Tanguy, tantôt voyeur et agresseur sexuel, devient super-héros auprès d’une jeune fille amoureuse qui dissimule sa détresse derrière sa discrétion et sa sagesse.
Il en reste un sentiment trouble, partagé entre l’envie de prendre ce personnage en pitié, ou de l’admirer, tout en se posant sincèrement la question sur l’intention de ses actes. Un message ambigu qui ne permet pas une bonne compréhension de la thèse défendue par l’auteur.
Par Kelian NGUYEN
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Grand Petit Homme - Par Zanzim - Ed. Glénat
[1] L’Ile aux femmes était écrit et dessiné par Zanzim, les couleurs étaient celles d’Hubert
[2] Mouvement de pensée masculiniste, dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle, état qu’ils décrivent comme un célibat involontaire ou inceldom. Les discussions dans les forums incel sont caractérisées par le ressentiment, la volonté d’apitoyer, la misogynie, la misanthropie, et l’expression d’une violence contre les femmes et les hommes épanouis sur le plan sexuel. En bref, le sentiment que le sexe est un dû et que le refuser à son partenaire est injuste.
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