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L’heure est grave. L’éditeur Maël Nonet a annoncé que la structure était passée de quatre salariés à un et demi en l’espace d’une année, tandis que la société a été obligée de s’endetter. Deux responsables sont dénoncés par l’éditeur : une baisse du pouvoir d’achat des Français et une surproduction éditoriale annuelle qui a atteint les 6 000 titres contre 3000 en 2019. Une offre pléthorique qui, rappelle-t-il, entraîne la paupérisation des auteurs/autrices et des difficultés pour les librairies et les éditeurs indépendants.
Un modèle économique revendiqué comme complémentaire
Le système économique des éditions Rouquemoute revendique une complémentarité avec le système des librairies. Chaque projet éditorial connaît une première phase : les préventes sur le site des éditions Rouquemoute. Ensuite, la sortie du projet en librairie.
Pourquoi est-il qualifié de complémentaire par Maël Nonet ? Il avance deux points. Le premier est que les préventes dépassent rarement les quelques dizaines d’albums vendus. Le second point indique que le succès en prévente se traduit toujours par une mise en place plus importante en librairie. En somme, le premier, en cas de succès, nourrit le second, qui nourrit le premier.
Afin d’étayer davantage son propos, il est à noter que la maison d’édition est adossée au bar librairie La Flibuste (6 allée Susan Brownell Anthony 44200 (île de) Nantes). En effet, la structure éditoriale est installée dans les locaux de l’enseigne où boissons et lectures font bon ménage.
Découvrez le catalogue des éditions Rouquemoute
Le catalogue des éditions Rouquemoute est marqué par l’humour, en témoigne le slogan revendiqué par Maël Nonet pour cet appel au soutien du grand public : « Mourir ? Plutôt crever ! ». Un bon mot, délicieusement absurde, de Siné.
Pour porte-étendard du rire, les éditions de Maël Nonet ont choisi Hiroshiman de Rifo, dont de multiples récits ont été réédités en trois intégrales, tout en laissant de la place à des aventures inédites. Un super-héros français apparu en 1995 dans le magazine Psikopat, puis publié aux Éditions du Zébu. Un peu obsédé et à côté de ses pompes, Hiroshiman a cependant à cœur de défendre la tentaculaire Mégalopolis, et sans le vouloir nécessairement, en faisant rire les lecteurs et lectrices.
Évidement sensible à la situation, Rifo a déclaré sur le réseau social Facebook : « Salut les amies/s, les éditions Rouquemoute sont dans une passe difficile, je bosse sur un album à plein temps, depuis plusieurs mois, et si ce projet tombe à l’eau, autant dire que j’arrêterai probablement la BD, c’est pas grave, mais ce qui serait bien, c’est d’aider les éditions Rouquemoute à continuer leur route pour les nombreux auteurs qui le méritent largement. Alors c’est simple , commandez un bouquin, directement sur le site ou encore mieux dans une librairie. »
Quels livres vous procurer pour aider les éditions Rouquemoute ? On peut vous conseiller les BDàP. De quoi s’agit-il ? De bandes dessinées à poster. Les éditions Rouquemoute comparent ces productions aux courts-métrages de cinéma et aux nouvelles littéraires. Pour notre part, elles nous font également penser à la fameuse collection « Patte de mouche » de l’Association, mais en encore plus succinct.
L’esprit est similaire, à la différence près que ces créations BDàP sont faites pour être lues et envoyées par la poste aux personnes avec lesquelles vous souhaitez partager votre amour de la bande dessinée. Le format est de 7,5 x 10,5 cm avec une couverture comprenant quatre volets repliables. Chacune de ces BDàP comprend seize pages intérieures écrites et dessinées par un auteur ou une autrice. Qui sont ces auteur(e)s ? Cy, Lewis Trondheim, Camille Besse, Klub, Ami inintéressant, Edmond Baudoin, Bouzard, Téhem, Fabcaro...Vous devriez pouvoir trouver votre bonheur. À noter que ces petits ouvrages sont entièrement portées par les éditions Rouquemoute puisque la maison en réalise l’autodiffusion et l’autodistribution.
Afin de vous convaincre de les soutenir, la maison a préparé des packs très avantageux. Pour les amoureux de la musique métal, du Hellfest et de Pixel Vengeur, vous avez sept ouvrages pour 125 euros, au lieu de 216. Pour 262,40 euros, au lieu de...767 euros !, obtenez 42 livres, soit la totalité du catalogue des éditions Rouquemoute, dont Zozo le clown récompensé du Prix Schlingo. Avec le « Pack ultra collector dédicacé L’intégrale d’Hiroshiman », obtenez plein de merveilleuses bandes dessinées et autres goodies pour un montant de 150 euros au lieu de 269.
Vous pourrez également découvrir des packs Adulte, Ado ou Jeunesse à des prix cassés. Dans sa politique éditoriale, la maison n’hésite pas à recourir à toutes les possibilités afin d’éviter que des livres neufs partent au pilori et vous les proposent à des prix extrêmement réduits.
N’hésitez pas à acheter ces bandes dessinées afin de lui démontrer que cette démarche est la bonne. Afin de soutenir les éditions Rouquemoute et découvrir son catalogue, cliquez ici
Se tourner vers l’avenir
L’éditeur Maël Nonet prépare l’avenir avec espoir et revient sur les nouveautés 2024 à l’occasion de son appel :
– Renaud derrière le rideau, de Gaston (préface de Renaud)
– Le Diptyque Objectif Con de Klub
– Hellfest Metal Space de (clôt la trilogie Hellfest Metal), de Fabrice Hodecent, Jorge Bernstein & Pixel Vengeur
– La création de la collection « Résilience » avec deux albums édités : Sept ans et neuf mois de Coline Veith et Ma zone d’inconfort d’Eldiablo.
– De nombreuses nouvelles BdàP
– Bonjour vieillesse, chronique d’un quadra vénèr, d’Eldiablo
– Mon Vrai Visage, de Michel de La Teigne
Le monde de l’édition alternative/indépendante en souffrance ?
L’inflation de ces deux dernières années a profondément grevé les poches des Françaises et des Français, foi de nombreux libraires indépendants, dont certains membres du réseau CanalBD. Les ventes sont en chute libre au regard des années passées où des scores historiques avaient été atteints. Le problème est que lorsque le système éditorial traverse un orage, les structures les plus modestes sont toujours susceptibles de voir leur existence remise en cause.
En témoignent les multiples appels lancés cette année par des maisons d’édition ou la presse satirique. The Hoochie Coochie, maison éditoriale fondée en 2002, a failli disparaître. Leur situation économique s’est dégradée entre fin 2022 et fin 2023. Le Prix du courage artistique 2023 pour La Dernière Artiste Soviétique de Victoria Lomasko, et les sélections méritées pour Flore & Faune d’Émelie Östegren (festival Formula Bula) et l’Anthologie d’Imagex (sélection pour le Fauve du Patrimoine au FIBD 2024) ne semblent pas avoir permis d’inverser la tendance. Un financement participatif a eu lieu sur la plateforme HelloAsso et les éditions The Hoochie Coochie ont remporté 11 000 euros sur les 10 000 espérés nécessaires à leur survie et à leur développement éditorial.
Dans une situation similaire, les éditions nantaises Ici Même, fondées en 2013 par Bérengère Orieux, se disent financièrement malmenées depuis 2020. Les éditions Rouquemoute, elles aussi nantaises, répondent alors à l’aide par un soutien logistique. Cette fois, pas de financement participatif, mais une invitation à épuiser les stocks de la maison qui concocte des packs afin de découvrir les autrices et auteurs publiées. Le succès est au rendez-vous et permet la publication Vénus privée de Paolo Bacilieri et Giorgio Scerbanenco qui connaît un succès critique.
Pour des raisons judiciaires, les éditions Cornélius ont, eux aussi, failli mettre la clé sous la porte. Suite à un procès perdu, intenté par les éditions Delcourt, la maison qui vient d’éditer le nouvel et excellent ouvrage de Nicole Claveloux, s’explique et dénonce l’absurdité du fonctionnement du modèle économique favorisé par les grandes maisons d’édition. Elle dénonce notamment la mise au pilori d’ouvrages neufs renvoyés par les librairies.
Sur d’autres points, les décisions sanctionnées devant la justice sont assumées, affirmant être ainsi « restée fidèle à ses principes ». Du 1er juin au 31 juillet, les éditions Cornélius, nées en 1991, mettent en place l’opération « Tirelire » afin de survivre à la condamnation judiciaire de 13 000 euros, et maîtriser les coûts du développement éditorial. Le public est au rendez-vous et témoigne à Jean-Louis Gauthey et ses équipes, qui évoquaient des dynamiques de ventes difficiles, l’importance des éditions Cornélius dans le paysage éditorial français.
Dans le monde de la presse satirique, la vie économique n’est jamais un fleuve tranquille. Charlie Hebdo a pu en témoigner à de multiples reprises au cours de sa vie éditoriale si tumultueuse où l’argent provient seulement des ventes et des abonnements. Maël Nonet, qui cite Siné dans son appel à l’aide, avait peut-être à l’esprit le journal satirique qui est lui aussi dans la mauvaise passe. Dirigée depuis le décès de son fondateur, en 2016, par sa femme, Catherine Weil Sinet, « le journal qui fait du mal et ça fait du bien » risque de ne pas passer l’hiver.
Afin de survivre, 800 abonnements sont nécessaires. Ce journal, régulièrement la cible de l’extrême droite, a intégré « La liste des candidats à la balle dans la nuque » dans un message haineux publié sur le site « Réseau Libre » en la personne de Véronique Brocard et Catherine Weil Sinet, cette dernière rappelant dans un billet du 16 juillet 2024 la nécessité d’une presse libre et dynamique, ainsi que sa protection, pour la vitalité démocratique d’un pays. N’hésitez pas à les soutenir en vous abonnant ou en faisant un don qui sera déduit de vos impôts à hauteur de 66%. Un geste citoyen qui vous sera donc peu onéreux.
Afin de conclure cet article, laissons la parole à Maël Nonet : « Côté finances, Rouquemoute agonise mais son catalogue est rempli de belles choses. Alors c’est le cœur plein d’espoir et le courage en bandoulière que je sollicite votre attention et votre bienveillance à notre égard » a-t-il déclaré à nitre confrère Actualitté.
Par Romain GARNIER
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