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Le responsable ? Un fort recul des mangas (« Un retour à la normale » disent les éditeurs de bande dessinée nippone) et, plus globalement, le renchérissement des prix des bandes dessinées impactées par l’augmentation de l’inflation (papier, énergie, transport…), mais aussi l’augmentation des loyers en centre-ville…
Ajoutons à cela l’incertitude géopolitique internationale et, cela a sa petite importance en France, nationale due aux élections présidentielles prévues pour l’année prochaine. On sait que toute élection incertaine provoque un certain attentisme dans les dépenses des Français.
Un changement d’ère ?
Il y a aussi une évolution tendancielle de la lecture. Les Français, les Européens, lisent moins, sur le papier néanmoins. Soyons honnêtes, on préfère lire une BD de Marion Montaigne avec Thomas Pesquet nous racontant les enjeux de la conquête spatiale qu’un essai ardu sur le sujet. Thomas Piketty est plus compréhensible en BD que dans un précis d’économie écrit de sa blanche main.
Ajoutons en cela la numérisation de la culture, encouragée par le gouvernement qui mise quelques dizaines de milliards sur la compétitivité du pays dans le domaine de l’IA. Cela vaut pour les mangas. Au Japon, la proportion respective de chiffre d’affaires entre l’imprimé et le numérique était, en 2019, de 50%. Aujourd’hui, elle est de plus de 70% en faveur du numérique. Les lecteurs de webtoons en France sont estimés à 2 millions, pour la plupart des jeunes qui n’ont pas les moyens de s’acheter des BD par kilotonnes.
Résultat : en quelques mois, les enseignes moyennes comme Gibert, Le Furet du Nord, Decitre et Sauramps se sont mises sous la protection du tribunal, même si la balance entre créations et fermetures de librairies reste relativement stable. Ceci s’ajoute aux fermetures déjà constatées. Les éditeurs serrent les fesses : cela ne peut qu’avoir un impact sur leur chiffre d’affaires.
Les premiers touchés sont les titres « à risque », à la cible marketing imprécise, dont la communication est incertaine. Il faut dire que dans les grands médias (France Inter, France Culture, France Télévisions, Le Parisien…), les chroniqueurs BD ne sont pas remplacés. Les « influenceurs » ont de plus en plus la part belle, le public sollicitant de plus en plus les réseaux sociaux. Ainsi, le compte instagram d’ActuaBD a dépassé au mois de juin les 700.000 vues !
Une production sans imagination
Les auteurs pèsent peu dans ce calcul, sauf « les valeurs sûres » et les « bons clients » des médias. Alors, on retient les parutions, on affine les accompagnements de communication, on calcule le risque, et on chouchoute les libraires spécialisés en BD qui sont le terreau fertile des nouvelles tendances.
Surtout on invente peu. Le premier groupe d’édition français, Hachette, l’éditeur d’Astérix, propriété du milliardaire Vincent Bolloré soupçonné — dans le contexte politique du moment — de rouler pour l’extrême-droite, ajoute au malaise. Pas sûr que les vieilles cartouches que l’on tire en général en fin d’année (Blake & Mortimer, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Spirou …) inversent la tendance… On dirait l’armée russe ressortant les vieux chars soviétiques.
Les premières victimes sont les éditeurs indépendants. Les grands groupes, eux, font le gros dos espérant que les tensions internationales se réduisent et que la présidentielle de 2027 se déroule sans casse, appuyant leurs marges sur des fonds amortis depuis le siècle dernier (Tintin, Spirou et compagnie) et sur la marge de distribution qu’ils contrôlent en direct.
Les amateurs de BD ne font pas autre chose : ils commencent par compléter benoîtement leurs collections, achetant le nouvel Astérix, le nouveau Gaston, ou pire, le nouveau Spirou, en pestant contre leur piètre qualité, tout en achetant les tirages de tête à un prix qui leur fait tirer effectivement de plus en plus la tête. Ce public-là, en outre, est vieillissant mais il a du pouvoir d’achat. Les jeunes qui achetaient naguère leurs mangas à 6-7 euros, les paient jusqu’à 12 euros aujourd’hui. D’où un retour vers les médiathèques et les marchands de BD d’occasion...
Des raisons d’espérer ?
Pourtant, dans ce « paysage avant la bataille », certaines tendances se dessinent. Si l’on regarde le Top 100 des ventes de Datalib que publie ActuaBD publie en temps réel tous les jours (chiffres provenant directement des sorties de caisse des libraires), la jeunesse tire son épingle du jeu, plaçant quatre titres dans les 10 premiers de la liste, avec Les Enfants de la résistance T. 10 de Vincent Dugomier et Benoît Ers (Le Lombard) en tête. Les jeunes lisent donc ? Comme le dit justement le titre de l’ouvrage : "La Guerre n’est pas finie".
La présence de Terre et Lune, le premier livre de Jade Khoo chez le tout nouvel éditeur Morgen, qui ne décroche pas du top des ventes depuis février de cette année, faisant pendant aux très médiatisés Space Montaigne et Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc (chez Dargaud) et montre que, comme dit Corneille, « aux âmes bien nées, La valeur n’attend pas le nombre des années », les « valeurs sûres » n’ont pas besoin d‘avoir un millésime de 80 ans d’âge.
Reste qu’il faut être vigilant et bien choisir. ActuaBD est là pour vous aider.
Par Didier PASAMONIK
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Photos : Didier Pasamonik
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