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Marché de la BD : 2026 sera-t-elle économiquement la pire année de la décennie ?

Par Didier PASAMONIK 22 juin 2026 
C’est possible. Plein d’éléments concourent à une baisse assez spectaculaire des ventes de bande dessinée en France depuis le début de l’année. Les éditeurs sont discrets, mais d’après nos informations, le recul des ventes n’est pas de -10% mais de l’ordre de -15% sur les six premiers mois de l’année. Pire : pour la première fois depuis son existence, le chiffre du distributeur Amazon pour le livre est en recul. La plupart des éditeurs font la grimace.

Le responsable ? Un fort recul des mangas (« Un retour à la normale » disent les éditeurs de bande dessinée nippone) et, plus globalement, le renchérissement des prix des bandes dessinées impactées par l’augmentation de l’inflation (papier, énergie, transport…), mais aussi l’augmentation des loyers en centre-ville…

Ajoutons à cela l’incertitude géopolitique internationale et, cela a sa petite importance en France, nationale due aux élections présidentielles prévues pour l’année prochaine. On sait que toute élection incertaine provoque un certain attentisme dans les dépenses des Français.

Un changement d’ère ?

Il y a aussi une évolution tendancielle de la lecture. Les Français, les Européens, lisent moins, sur le papier néanmoins. Soyons honnêtes, on préfère lire une BD de Marion Montaigne avec Thomas Pesquet nous racontant les enjeux de la conquête spatiale qu’un essai ardu sur le sujet. Thomas Piketty est plus compréhensible en BD que dans un précis d’économie écrit de sa blanche main.

Ajoutons en cela la numérisation de la culture, encouragée par le gouvernement qui mise quelques dizaines de milliards sur la compétitivité du pays dans le domaine de l’IA. Cela vaut pour les mangas. Au Japon, la proportion respective de chiffre d’affaires entre l’imprimé et le numérique était, en 2019, de 50%. Aujourd’hui, elle est de plus de 70% en faveur du numérique. Les lecteurs de webtoons en France sont estimés à 2 millions, pour la plupart des jeunes qui n’ont pas les moyens de s’acheter des BD par kilotonnes.

Résultat : en quelques mois, les enseignes moyennes comme Gibert, Le Furet du Nord, Decitre et Sauramps se sont mises sous la protection du tribunal, même si la balance entre créations et fermetures de librairies reste relativement stable. Ceci s’ajoute aux fermetures déjà constatées. Les éditeurs serrent les fesses : cela ne peut qu’avoir un impact sur leur chiffre d’affaires.

Les premiers touchés sont les titres « à risque », à la cible marketing imprécise, dont la communication est incertaine. Il faut dire que dans les grands médias (France Inter, France Culture, France Télévisions, Le Parisien…), les chroniqueurs BD ne sont pas remplacés. Les « influenceurs » ont de plus en plus la part belle, le public sollicitant de plus en plus les réseaux sociaux. Ainsi, le compte instagram d’ActuaBD a dépassé au mois de juin les 700.000 vues !

Une production sans imagination

Les auteurs pèsent peu dans ce calcul, sauf « les valeurs sûres » et les « bons clients » des médias. Alors, on retient les parutions, on affine les accompagnements de communication, on calcule le risque, et on chouchoute les libraires spécialisés en BD qui sont le terreau fertile des nouvelles tendances.

Surtout on invente peu. Le premier groupe d’édition français, Hachette, l’éditeur d’Astérix, propriété du milliardaire Vincent Bolloré soupçonné — dans le contexte politique du moment — de rouler pour l’extrême-droite, ajoute au malaise. Pas sûr que les vieilles cartouches que l’on tire en général en fin d’année (Blake & Mortimer, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Spirou …) inversent la tendance… On dirait l’armée russe ressortant les vieux chars soviétiques.

Les premières victimes sont les éditeurs indépendants. Les grands groupes, eux, font le gros dos espérant que les tensions internationales se réduisent et que la présidentielle de 2027 se déroule sans casse, appuyant leurs marges sur des fonds amortis depuis le siècle dernier (Tintin, Spirou et compagnie) et sur la marge de distribution qu’ils contrôlent en direct.

Les amateurs de BD ne font pas autre chose : ils commencent par compléter benoîtement leurs collections, achetant le nouvel Astérix, le nouveau Gaston, ou pire, le nouveau Spirou, en pestant contre leur piètre qualité, tout en achetant les tirages de tête à un prix qui leur fait tirer effectivement de plus en plus la tête. Ce public-là, en outre, est vieillissant mais il a du pouvoir d’achat. Les jeunes qui achetaient naguère leurs mangas à 6-7 euros, les paient jusqu’à 12 euros aujourd’hui. D’où un retour vers les médiathèques et les marchands de BD d’occasion...

Des raisons d’espérer ?

Pourtant, dans ce « paysage avant la bataille », certaines tendances se dessinent. Si l’on regarde le Top 100 des ventes de Datalib que publie ActuaBD publie en temps réel tous les jours (chiffres provenant directement des sorties de caisse des libraires), la jeunesse tire son épingle du jeu, plaçant quatre titres dans les 10 premiers de la liste, avec Les Enfants de la résistance T. 10 de Vincent Dugomier et Benoît Ers (Le Lombard) en tête. Les jeunes lisent donc ? Comme le dit justement le titre de l’ouvrage : "La Guerre n’est pas finie".

La présence de Terre et Lune, le premier livre de Jade Khoo chez le tout nouvel éditeur Morgen, qui ne décroche pas du top des ventes depuis février de cette année, faisant pendant aux très médiatisés Space Montaigne et Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc (chez Dargaud) et montre que, comme dit Corneille, « aux âmes bien nées, La valeur n’attend pas le nombre des années », les « valeurs sûres » n’ont pas besoin d‘avoir un millésime de 80 ans d’âge.

Reste qu’il faut être vigilant et bien choisir. ActuaBD est là pour vous aider.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782387250087

Photos : Didier Pasamonik

France Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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35 Messages :
  • " Hachette, l’éditeur d’Astérix, propriété du milliardaire Vincent Bolloré soupçonné -dans le contexte politique du moment- de rouler pour l’extrême-droite " OUhlalalalaa le doux euphémisme ... On va donc bien préciser les choses : Vincent Bolloré propriétaires également de médias ( Cnews, Europe 1, JDD,etc ) condamnés a de multiples reprises pour propos racistes est d’extrême droite . Que ça le gène lui ou ses soutiens de l’affirmer c’est leur problème.
    Sinon l’article est intéressant et vive ActuaBD !

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  • C’est malheureusement tout le secteur de la librairie qui est en crise.

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    • Répondu par Sergio Salma le 22 juin à  14:43 :

      Est-ce que ce serait pas l’économie mondiale qui est dans le rouge ? Comment le secteur de la bande dessinée , déjà en difficulté, pourrait-il y échapper ? Quel domaine vit mieux ces années fatales ? L’armement peut-être ?

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      • Répondu le 22 juin à  17:13 :

        L’économie mondiale, ça n’a pas grand sens comme expression.

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      • Répondu le 22 juin à  17:34 :

        Pas forcément, les pires années de la décennie risquent fort d’être les suivantes.

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  • Je n’ai pas la prétention d’avoir la solution miracle mais en tant que "gros" lecteur du support papier, je n’achète plus de nouveautés depuis plusieurs mois. Afin de faire revenir le public, les éditeurs doivent absolument baisser leurs prix en jouant sur la qualité du papier, le format et multiplier les opérations spéciales... Urban et Panini comics s’y sont mis avec des rééditions de leur catalogue en poche...Arrêtons les grands formats, le papier glacé... qui montent les tarifs à plus de 15/20 euros l’album (pour à peine 1h de lecture). La BD doit redevenir abordable pour tout le monde. Il faut également lutter efficacement contre le piratage numérique. De plus, il n’y a plus de pré-publications au format magazines à part Dupuis (Spirou). "Faire connaître" avant l’achat futur d’un album est stratégique. Il faut également faire émerger davantage de talents. Quand les dessins sont bons, le lecteur achète. Les éditeurs doivent être un peu plus ambitieux et les artistes davantage payés/ soutenus.

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    • Répondu le 22 juin à  23:18 :

      Vous n’avez peut-être pas la solution-miracle, mais tout ce que vous dites est vrai et juste.

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    • Répondu le 23 juin à  04:59 :

      Si vous baissez le prix d’un livre — sachant le livre n’a pas suivi la courbe de l’inflation depuis vingt ans —, vous appauvrissez encore plus les auteurs qui sont seulement rémunérés sur une avance calculée sur pourcentage attendu des ventes (8 à 10%). Les auteurs ne sont pas payés pour leur travail, seulemnt rémunérés en fonction du succès des ventes. Et le succès des ventes ne signifie pas nécessairement talent et qualité. La trop faible rémunération des auteurs a permis la surproduction. À cela, les mangas sont venus ajouter une couche supplémentaire de surproduction. Le marché est totalement saturé… et le lectorat est en baisse. Les écrans, le net absorbent le temps de loisir, donc, de lecture. Moins les auteurs sont bien rémunérés et plus ils sont contraints de bâcler pour vivre ou survivre de leur métier. Plus un auteur bâcle et mieux il gagne sa vie. Plus le travail est bâclé et plus les amateurs de beaux dessins, de dessins fouillés, se désintéressent de la bande dessinée. Cette économie est suicidaire !

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    • Répondu par Patrick Bussard le 23 juin à  09:58 :

      Version corrigée, merci :
      Je suis un peu comme jeffsmax59 : gros lecteur de BD qui en lira probablement toujours mais en achète de moins en moins. Du pognon, il y en a : Chiffre d’affaires 2023 : 702,6 millions d’euros pour Média-participations, 68,4 millions pour Delcourt, 31 millions pour Casterman, 147,7 millions pour Glénat, etc. source : planisphère de l’édition française 2024-2025). Les prix augmentent peut-être moins que le reste de l’inflation mais augmentent méchamment : 3 EUR de plus en deux ans pour n’importe quelle BD, j’ai par exemple boycotté Nini Cordy 1949 car 16,50 EUR pour 46 planches, c’est se moquer du monde ! Auteurs ET lecteurs sont les dindons d’une farce où il y a trop d’acteurs dans la chaîne du livre. Depuis 40 ans, personne ne semble avoir remarqué que le développement d’internet a fait évoluer le rôle des diffuseurs : avec internet, on a moins besoin du diffuseur pour la publicité et l’information sur les nouveautés et on fait comme si internet n’existait pas dans la chaîne du livre. C’est un ancien libraire BD qui vous parle. Le livre doit rémunérer trop d’acteurs, comment, alors que la littérature générale, qui représente 30% de l’édition, et qui peine à faire vivre de leur plume, à peu près 300 romanciers, la BD ne pesant que 9% de l’édition, devrait réussir à rémunérer 1500 auteurs ? la surproduction provoque des censures et refus d’exploitation des oeuvres qui sortent de manière confidentielle car un libraire, devenu magasinier de sa surface de vente, met directement en rayon et à l’unité des nouveautés qu’il juge inutiles. Les ouvrages lors de leur "mise en place" en librairie sont abimés, tapés, défraichis car stockés par terre en réserve, quand il y en a une, entassés sur des tables tels des boîtes de conserve, découpés au cutter lors de l’ouverture des cartons, etc... Alors payer minimum 16 EUR pour un 48 CC, en plus abimé, comment dire, n’y-a-t-il pas quelque chose de pourri au royaume du Danemark ? On constate aussi de plus en plus de malfaçons diverses : grammage du papier de plus en plus fin et donc pages cornées dès l’impression, en particulier chez PPO Graphic à Palaiseau, dès le façonnage et la sortie des rotatives par les trieuses, pages manquantes car cahier doublés, taches d’encre, pelliculage abominable car de type alimentaire initié par "Aire Libre" où le pelliculage ne fait qu’un micron et survit mal à une maltraitance de plus en plus grande lors de son exploitation avant que le lecteur puisse l’acheter neuf. Les auteurs sont smicards, faisons payer encore plus cher les lecteurs. Le paiement des dédicaces en festivals est légitime, tout travail mérite salaire, mais est une mauvaise réponse à un vrai problème de revenus des auteurs car qui ose dire qu’on fait ainsi payer une deuxième fois le lecteur. Sur chaque livre vendu, des frais de diffusion sont perçus (en moyenne 26% du prix du livre), ces frais de diffusion servent normalement à payer le salaire des représentants, les services presse, les PLV, les opérations promotionnelles diverses ET les manifestations culturelles, le paiement des déplacements des auteurs lors des fêtes du livre. Quand on achète une BD le jour de sa sortie par exemple, on paie ses frais de diffusion même si l’auteur ne vous dédicace pas son livre et ses frais devraient servir lors des festivals ou signatures en librairie. Les éditeurs ne sont plus indépendants, sauf les indépendants bien sûr, mais qui ne représentent pas l’essentiel du marché, mais dépendent de groupes de communication qui s’en mettent plein les poches au détriment des auteurs ET des lecteurs en privilégiant le rentable à court termes, les licences au détriment de la création. Des solutions existent pourtant mais plus personne ne milite pour les appliquer : regrouper édition et diffusion qui n’ont plus aucune raison d’être scindée depuis l’avènement d’internet, republier et maintenir en permanence disponible un fonds patrimonial bon marché d’entrée de gamme en broché souple moins couteux en fabrication que le cartonné, publier moins et revenir à deux ou trois formats standards maximum : grand format (24 X 32 cm), format normal (22 x 30 cm) et un format unique "roman graphique". Arrêter avec le papier glacé ou on ne voit rien d’autre que des reflets et revenir à un standard unique, au papier Tintin de mon enfance, le seul papier BD qui tient dans le temps. La tendance actuelle pour faire payer cher le lecteur est de réduire le format pour augmenter artificiellement la pagination, faire lourd et gros. Comme par exemple le scandale du dernier Tardi édité au format comics et au prix délirant de 25 EUR. Et là où en BD franco-belge on avait de 9 à 12 cases par planche (c’est une moyenne), avec des formats "modernes", on a souvent moitié moins de cases par planches et il faut donc le double de paginations pour arriver à autant de cases qu’un classique 48CC (là aussi en moyenne). Rien, absolument rien ne justifie la réédition des 3 formules du professeur Sato à 23 EUR ! 23 EUR ça ferait 150, 87 Francs (si le franc existerait encore aujourd’hui bien sûr !). Pour info, quand j’étais ado, je me suis offert les 3 formules du professeur Sato pour 26 francs soit 3,96 EUR ! Ma première BD, l’édition originale de Tintin et les Picaros coutait lors de sa sortie 16,50 Francs soit 2,51 EUR !
      Un gamin d’aujourd’hui ne peut absolument pas se constituer une culture et une bibliothèque BD personnelle avant d’être salarié.
      J’arrête là, la révolte des auteurs face à leur faibles rémunérations se trompe de cible en déclarant sans arrêt que certes, s’ils sont mal payés, les livres ne sont pas assez cher pour leur permettre une rémunération digne. Les livres nous coûtent un bras, sont de plus en plus mauvaise qualité en termes de qualité d’impression et on voudrait encore nous faire payer plus. 6 éditeurs (Gallimard BD, Futuropolis, Daniel Maghen, Casterman, Delcourt et Rue de Sèvres) arrivent encore à sortir de vrais livres, sont encore attentif à la fabrication, sortent des LIVRES, pas des consommables, à un prix correct au vu de leur qualité d’impression et de reliure, alors qu’on ne me dise pas que c’est impossible. De manière générale, si on compare avec d’autres pays, les français payent 20 % plus cher leurs livres qu’en Allemagne tous genres confondus et c’est en raison de choix économiques des éditeurs, de business modèle, pas de capacité à faire autrement.
      Au boulot si on ne veut pas que faire de la BD mais aussi en acheter et en lire ne devienne un luxe de rentier !

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      • Répondu par john le 23 juin à  15:09 :

        Attention concernant les prix de vente d’antan, vous oubliez de prendre en compte l’inflation. Par exemple, les 16,50 francs du Tintin et les Picaros de 1976 équivalent à 12 euros d’aujourd’hui, ce qui est pratiquement le prix demandé par Casterman pour cet album.

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      • Répondu le 23 juin à  15:33 :

        "Les auteurs sont smicards". Non, la majorité gagne aux alentours de 500 euros par moi. Et je n’en connais aucun qui réclame que ses livres soient vendus plus chers. Par ailleurs, votre liste des 6 éditeurs que vous trouvez encore vertueux, selon vos critères, est assez comique. Et la comparaison avec les prix en francs n’a vraiment plus de sens aujoursd’hui. Sinon, beaucoup de choses vraies dans ce que vous dites.

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        • Répondu le 23 juin à  18:31 :

          « 500 euros par moi » Faute d’orthographe révélatrice…

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      • Répondu par Desbois le 24 juin à  20:22 :

        Votre analyse est parfaite. Tout est dit. Merci !

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  • Amazon en recul ? Enfin une bonne nouvelle !

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    • Répondu le 23 juin à  06:46 :

      Ben non, pas forcément.
      Si Amazon recule sur les ventes de livres, cela veut dire que les ventes de livres reculent partout. La disparition d’Amazon ne sauverait pas nécessairement les librairies physiques. Le problème est plus profond : internet modifie durablement notre rapport au livre imprimé et à la lecture. La révolution culturelle la plus importante depuis l’invention de l’imprimerie. Le cinéma et la télévision n’avaient pas altéré la place du livre à ce point.

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      • Répondu le 23 juin à  15:34 :

        C’est pas internet, c’est les smartphones et les réseaux sociaux qui font disparaitre la lecture.

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        • Répondu le 24 juin à  07:32 :

          Les smartphones et les réseaux sociaux, c’est internet, non ?

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          • Répondu le 24 juin à  10:01 :

            Bien sûr, mais avant le smartphone, on n’avait pas accès à internet 24h sur 24, toujours et partout, dans le train, aux toilettes comme au lit… et avant les réseaux sociaux, on n’allait pas sur internet pour y perdre autant de temps. Aujourd’hui, poser le téléphone pour prendre un bouquin demande un effort que de moins en moins de gens sont capables de faire. Pour les ados à qui on a mis un smatphone dans les mains dès l’école primaire, ça devient inimaginable.

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  • Votre article reflète très bien le paysage actuel.

    « Soyons honnêtes : on préfère lire une BD de Marion Montaigne avec Thomas Pesquet nous racontant les enjeux de la conquête spatiale qu’un essai ardu sur le sujet. Thomas Piketty est plus compréhensible en BD que dans un précis d’économie écrit de sa blanche main. »

    Oui, vulgariser pour toucher le plus grand nombre, c’est une bonne chose. Mais lorsque la vulgarisation devient la norme parce qu’elle est plus rentable économiquement, elle finit par étouffer la création. Les idées neuves, donc complexes, nécessitent du temps pour être formulées clairement, et encore davantage pour être entendues.

    La vulgarisation en BD consiste souvent à simplifier des concepts à l’aide de quelques dessins rapides et amusants. Vite consommée, vite oubliée : elle devient un produit culturel jetable, destiné au très grand public, plutôt qu’un ouvrage de référence. La vulgarisation n’est pas l’invention, mais la récréation. Il ne faut donc pas, ensuite, se plaindre que "surtout, on invente peu".

    Si l’édition invente peu, si elle ne prend plus de risques, si l’unique but est de trouver le coup d’éditeur, l’attrape-nigaud commercial, elle finit par mourir.

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    • Répondu le 23 juin à  11:30 :

      On sait tous qu’il faut produire moins de livres, avec moins d’auteurs, mais bien meilleurs et mieux payés. Ces livres moins nombreux et de meilleure qualité se vendront mieux et on pourra baisser leur prix. On sait aussi qu’il faut réduire la proportion d’ouvrages de vulgarisation, et relancer la fiction, l’imaginaire, le divertissement, en créant de nouvelles choses au lieu d’exploiter sans fin les mêmes franchises. On sait tous tout ça, mais comme toute l’industrie (éditeurs/imprimeurs/diffuseurs/libraires) se sont grassement nourris en faisant de la cavalerie sur la surproduction (au détriment des auteurs et des consommateurs), il sera très difficile pour eux de tout repenser. Seule une crise sévère et cruelle comme celle qui vient de commencer fera changer les mentalités et les stratégies éditoriales.

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      • Répondu le 24 juin à  07:40 :

        Oui, le capitalisme va toujours jusqu’au bout de sa logique suicidaire. Surproduction à bout de souffle, trop d’auteurs, on réduit la voilure… et on recommence. Sauf que là, il se passe autre chose : internet. Une fois le ménage fait, pour reconstruire, ça ne va pas être la même affaire. Internet est en train de détruire les librairies partout dans le monde. Internet est en train de détruire l’édition. Et les éditeurs font comme si nous étions encore au XXème siècle. Suicidaire !

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  • Entre une BD et un essai sur un sujet qui m’intéresse, il n’y a pas photo : je prends l’essai. Pour le même prix, j’ai un propos plus poussé où j’apprendrai bien plus de choses. Les essais en BD, c’est fait pour les feignasses. Comme si lire sans le support d’une image demandait trop d’efforts. Et contrairement à ce qui est écrit dans l’article, un essai n’est pas forcément ardu.
    Quant à mes achats de BD, ils sont en chute libre : 48 en 2023, 21 en 2024, 13 en 2025 et, pour cette année, je tournerai probablement autour de cinq ou six. Dans ces chiffres, j’inclus les art books, les livres d’illustrations et les essais consacrés à la BD. Donc, en termes d’albums au sens strict, c’est encore moins.
    En cause, l’impression d’être pris pour un pigeon par les éditeurs avec des prix que je juge soouvent indécents ou des albums sans intérêt ou présentés dans une débauche de luxe inutiles.
    S’ajoute à cela le fait que je réside à l’étranger. Or les tarifs postaux sont devenus excessifs et, par dessus le marché, le tarif spécial "livres à l’export" a été supprimé l’année dernière. Au final, je paye un livre le double du prix français. Et c’était avant les guerres du moment.

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    • Répondu par Pascal le 24 juin à  13:58 :

      Honnêtement, vu la canicule, je n’ai pas le courage de répondre longuement, mais je suis d’accord avec beaucoup d’arguments développés par les intervenants précédents. Pour faire court « Capitaine Kérosène » je suis entièrement d’accord avec vous. Moi aussi mes achats de BD sont en chute libre (je l’ai déjà dit dans un autre message sur un autre site concurrent mais néanmoins ami j’espère !) pour les raisons que vous invoquez (et d’autres).

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      • Répondu par Michel Dartay le 28 juin à  13:13 :

        Pour ma part, j’ai réduit sensiblement mes achats en librairie également. J’achète surtout des versions spéciales sur ulule (Komiks Initiative, Neofelis, Delirium), le reste, la production des grands groupes, les emprunter à la médiathèque me suffira !

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  • Ce qui est surprenant dans le contexte d’un marché difficile, c’est la multiplication d’albums à plus grand format et d’une qualité we finition exceptionnelle, dos toilé, couverture aspect gaufré, vernis sélectif etc,... qui forcément impact le coût... et d’autre part l’augmentation de nouveaux éditeurs qui présente peu de titres souvent cher vu qu’ils n’ont pas les moyens de faire des tirages importants. N’oublions pas également les grandes difficultés financières pour grand nombre d’auteur de vivre de leur art.
    Donc rajouter à tout ce qui a été dit, tout concourt à un marché en baisse, raison de plus pour soutenir les libraires et en particulier les librairies spécialisées, chaque librairie qui ferme c’est un coup porté à la culture...

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    • Répondu le 29 juin à  12:59 :

      Ce n’est pas étonnant.
      Depuis une trentaine d’années, le marché de la bande dessinée s’est vraiment embourgeoisé. Aujourd’hui, ceux qui peuvent se permettre d’acheter des livres sont les CSP+ et CSP++. Le public de la bande dessinée populaire et bon marché correspond désormais principalement aux mangas et au petit format souple pour la jeunesse type Mortelle Adèle ou Ariol.
      La BD grand format est devenue un luxe. Donc, avoir de petits tirages et une démultiplication des petits éditeurs qui peaufinent leurs publications, font de beaux objets, semble la suite logique, non ?

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  • Pour ma part, à la tête d’une collection de plus de 3000 titres, très majoritairement franco-belge, commencée il y a environ 40 ans, je viens de réduire drastiquement mes achats en ce 1er semestre 2026, la faute à... la qualité, tout simplement ! Des ouvrages de non-fiction au kilomètre, avec des dessins standardisés mi franco-belge mi manga et des couleurs numériques à vomir... aussitôt ouverts, aussitôt refermés, ces bouquins me tombent littéralement des mains ! Et dire qu’un grand nombre de ceux-ci termineront au pilon, c’est ça le véritable scandale !!! Éditeurs, arrêtez svp cette fuite en avant !

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    • Répondu le 1er juillet à  08:59 :

      Il est totalement illusoire de continuer à croire que le monde tel qu’on l’a connu au XXe siècle, va perdurer au XXIe siècle. On a pu croire ça pendant les 15 premières années après l’an 2000. Parce que la transition a été assez douce, On a aujourd’hui un phénomène très fort de nostalgie qui repeint les décennies 80 ou 90 comme des années d’insouciance, ce qu’elles n’étaient pas du tout. Mais désormais l’horizon c’est les années 2050. Et cette fois les choses ont vraiment changé. En ce qui concerne nos métiers, nous aurons évidemment beaucoup moins de lecteurs, beaucoup moins de librairies, beaucoup moins de livres et beaucoup moins d’artistes en exercice. Le secteur ne disparaîtra jamais, mais il sera beaucoup plus restreint et n’occupera plus la place qu’on a connu. Déjà, depuis deux décennies, le monde franco-belge de l’édition faisait figure d’exception. Il va falloir apprendre à accepter et à aimer l’époque dans laquelle nous sommes, ce qui n’empêche pas de vouloir encore l’influencer dans un sens qui nous paraît préférable.

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      • Répondu le 1er juillet à  20:47 :

        Oui, on parle ici d’embourgeoisement et d’exception : ce matin, je traversais le très chic centre-ville piétonnier de la jolie ville d’Orléans : dans un rayon de 100 mètres autour de la statue de Jeanne D’Arc, on trouve trois librairies, dont deux très grandes, plus une Fnac ! Il est évident que ça ne pourra pas durer.

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        • Répondu le 3 juillet à  14:37 :

          Y a un papier sur les site des Inrocks, sur la "riposte" des éditeurs pour refaire de la "BD populaire"… vaste programme ! Il est question d’une collection prochaine chez Dargaud avec beaucoup moins de pages pour (un peu) moins cher… Actua BD va forcément en parler.

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      • Répondu par Yves MADEC le 3 juillet à  19:39 :

        Cher contributeur anonyme,
        Je devine que vous représentez le monde de l’édition ? Je ne me sens pas particulièrement nostalgique d’une époque, type "Âge d’Or" ou autre. Bien sûr, je suis venu à la BD par l’école de Marcinelle, Franquin en tête, mais j’ai des goûts éclectiques, des éditeurs indépendants aux grands groupes, en passant par des choses plus "arty" (Loustal, Götting, Floc’h, Berberian, etc.).
        Vous esquivez gentiment la question des invendus, qui pour moi est une vraie catastrophe : les tirages moyens ont considérablement baissé, mais le nombre de nouveautés reste élevé et je doute que toutes celles-ci trouvent leur public, et pas uniquement à cause la baisse de fréquention des librairies. C’est ce que j’ai voulu dire en parlant de fuite en avant. Pourquoi continuer à imprimer autant de livres qui sont destinés à l’échec et à la destruction ? Le problème ne concerne d’ailleurs pas que la BD, mais tout le secteur du livre en général. Je trouve juste ça proprement scandaleux !

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        • Répondu le 5 juillet à  21:08 :

          Mais le système des retours, qui permet de faire de la cavalerie, et le recours massif au pilon existaient déjà à l’époque où le chiffre d’affaire du secteur de l’édition progressait chaque année. Imprimer moins de papier parce que la demande de livres se restreint n’est pas si facile que ça à mettre en oeuvre.

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          • Répondu par Pascal le 6 juillet à  10:47 :

            Réponse à Yves Madec : Entièrement d’accord avec vous. Moi aussi j’ai environ 3000 BD. Moi aussi j’en achète depuis plus de 40 ans (voire 50 ans). Moi aussi je déplore la piètre qualité de l’immense majorité des nouvelles BD (scénario et surtout dessin et mise en couleurs). Tant que les éditeurs ne changeront pas leur politique, je continuerai à n’acheter plus que 10 BD par an (les meilleures à sens et que du franco-belge) au lieu des 50, 60 ou 70 comme il y a quelques années. De plus, vu le prix actuel, (une bonne partie de la production est maintenant vendue plus de 20 euros voire 25).
            J’ai l’impression Mr Madec que vous êtes un mes clones, étant moi-même le clone de nombreux clones qui partagent cet avis (j’en ai rencontré beaucoup dans les librairies spécialisées)

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            • Répondu le 6 juillet à  18:07 :

              Sauf votre respect, amis collectionneurs de BD franco-belge depuis 40, 50, 60 ans et plus…, votre avis (et le mien) n’ont plus aucune importance. Même si nous avons encore un pouvoir d’achat bien supérieur à celui des nouvelles générations de lecteurs, nous sommes des dinosaures en voie de disparition. C’est aux goûts, aux pratiques et au pouvoir d’achat de ces nouvelles générations de lecteurs et de lectrices (ceux et celles qui restent) qu’il faut s’intéresser si on est un éditeur de BD et si on veut sauver le secteur et pérenniser cet art autrefois populaire : probablement leur proposer du nouveau ! Pas la désormais sempiternelle BD de non-fiction militante qui a fini par obstruer et assécher le marché.

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PAR Didier PASAMONIK  
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