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Manolot Carot : Vin, Vices, Sexe et Vérités

Par Charles-Louis DETOURNAY Très bon 21 décembre 2025 
Le plus prolifique des auteurs érotiques espagnols était à la fête en 2025. Les deux principaux éditeurs du genre, à savoir Tabou et La Musardine, nous ont régalés de trois ouvrages en quelques mois, pour un total de près de 250 pages lubriques, mais non dénuées de sens.

Signant indistinctement sous le nom de Manolo Carot ou le pseudo de Man-, l’auteur espagnol est bien connu de nos lecteurs et pas uniquement pour sa production érotique. Depuis près de vingt ans, ses productions ont franchi ls Pyrénées, notamment publiées chez Dargaud. Soit il réalise en solo scénario, dessin et couleur, comme pour le one-shot Mia ou la série Sautant dans le vide. Soit il est accompagné de scénaristes, dont certains assez prestigieux tel que Zidrou dans Le Client ou Sylvain Runberg pour le deuxième cycle de Millenium, c’est dire la qualité de l’artiste.

Mais l’auteur né en 1976 (il n’a pas encore 50 ans !), s’est également impliqué depuis ses débuts au sein de la bande dessinée érotique. Les derniers parus sont notamment La Voie de Dante de feu la collection Porn’pop de Glénat et le sulfureux Akelarre qui nous avait ensorcelés. Rappelons que Manolo Carot n’est pas un novice en la matière, il a pratiquement débuté sa carrière au sein de Kiss Comix, la revue érotique espagnole traduit un moment en français sous le nom de La Poudre aux rêves. De l’auteur espagnol, on y retrouvait essentiellement trois séries conduites entre 1997 et 2004 : des histoires torrides au sein d’une université, une projection du futur entre robots sexuels et vampires débridés, ainsi qu’une série d’histoires aussi drôles que déjantées. Le premier univers a été compilé par Tabou sous la forme de deux ouvrages intitulés Université X parus en 2015 et 2017. Les deux autres étaient restés jusqu’alors inédits en albums, mais l’éditeur a décidé de passer le turbo en 2025 en éditant deux intégrales en petits formats.

Des Vices et des os

Ce premier récit se déroule dans le futur. Les robots ont conquis la Terre, tout en prenant forme humaine. Débarrassés de son géniteur et de ses tares depuis 2000 ans, ces humanoïdes devraient couler des jours heureux, sauf qu’ils sont atteints d’une terrible maladie : un virus dégénératif qu’ils ne peuvent temporairement enrayer qu’en « réalisant l’acte copulatoire », comme l’explique le savant du groupe de recherche chargé d’y trouver un remède à plus long terme.

Nous n’entrerons pas plus dans les détails, car la forme des petits saynètes destinés au magazine a permis à l’auteur de composer seize chapitres qui explorent la thématique sous toute ses formes. Jusqu’à se mettre lui-même en scène (ainsi que sa propre mort), puis d’imaginer d’un robot qui revienne du futur pour dévaster la rédaction du magazine afin de ne pas dévoiler la menace pesant sur la race humaine, avant de créer un virus qui éradiquera la race humaine en les transformant en vampires sexuels !

Vous l’aurez compris, Manolo Carot ne se prend pas au sérieux... pour notre plus grand plaisir ! Car même s’il ne s’agit pas du tout d’un album parodique à la base (le récit est très bien construit, l’auteur s’est investi dans les personnages et les décors), il mêle talentueusement l’érotisme au récit anticipatif tout en rajoutant progressivement de plus en plus d’humour. On apprécie ainsi l’auto-dérision apportée aux récits pornographiques en eux-mêmes, ce qui démontre une part de la réflexion de l’auteur pour justement dispenser un contenu plus dense à sa propre production.

Des Vices et des os, extrait reprenant les planches 3 à 5.

Graphiquement parlant, le trait de Carot est aussi propre que détaillé. On sent que même s’il s’agissait d’un récit érotique pour une revue, il s’est énormément investi pour insuffler la force nécessaire à son récit. Certaines pages sont parfois un peu moins nettes dans leur contraste noir et blanc, sans doute car elles ont été pensées en couleur pour la revue ? Cela se sent heureusement à peine et on prend plaisir de bout à bout à suivre la narration débridée de cette extinction humaine au profit des machines.

HistoireSEXtraordinaires

Même format pour cette seconde intégrale à petit prix, mais sans le mini-bémol sur certaines trames car cette compilation d’histoires dispose ici d’un trait encore plus clair et plus évocateur. La thématique du récit s’y prête car les dix histoires sont enchevêtrées au propre comme au figuré. Les dix chapitres se déroulent comme des pièces séparées du même puzzle théâtral, réunis dans une unité de lieu, de temps et d’action. Tout se déroule effectivement lors d’une manifestation au centre ville :
– Dans un bâtiment adjacent, des étudiantes malmènent leur professeur
– Sur un toit, un tueur à gage accomplit son contrat, commandité par une jeune femme avide de conquérir le monde.
– L’une des étudiantes s’envoient en l’air au propre comme au figuré dans les toilettes.
– Deux conducteurs bloqués par la manif en viennent aux mains, de quoi émoustiller une autre conductrice qui ronge son frein.
– Un flic se fait coincer par trois manifestantes.

Tout s’accélère lorsque :
– Le tueur à gage arrive chez les trois manifestantes car il est poursuivi par une fliquette très remontée.
– Le trip de l’étudiante a des répercussions au sein du nirvana.
– La commanditrice du contrat poursuivie par une organisation terroriste interrompt l’entraînement d’un champion de boxe.
– La fliquette très remontée atterrit chez un jeune gamer qui voit là une intervention divine (ou des aliens).
– Et concernant ces derniers.... On va vous en laisser la surprise :D

HistoireSEXtraordinaires, extrait reprenant les planches 1, 2, 4 et 6.

Vous l’aurez compris, personne ne se prend vraiment au sérieux dans cet album, à commencer par l’auteur rejoint à nouveau par sa petite amie, comme dans Des Vices et des os. Mais le trait semi-réaliste convient parfaitement au mélange d’humour et d’érotisme dans cette fresque théâtrale. On rit, on profite des situations certes parfois grandguignolesques mais on se demande comment vont s’articuler les prochaines saynètes en fonction de ce qui nous a déjà été contés.

Bref, un excellent niveau de bande dessinée érotique et humoristique, à réserver aux lectrices et aux lecteurs avide d’un peu de folie et d’action !

Les vérités ne sont pas toutes bonnes à entendre...

Réalisée une vingtaine d’année après les précédents récits de Kiss Comix, In Vino Veritas profite d’un style très différent : le graphisme a évolué, alliant épaisseur du trait et couleurs ; le format est aussi différent pour l’occasion, une grande taille afin de profiter de l’ambiance plus artistique. Le genre est également différent : plus d’humour, mais un aspect social et contemporain beaucoup plus présent, avec ce grand d’amis qui profitent de quelques bouteilles pour se livrer leurs secrets sexuels les plus enfouis.

Si l’auteur se met une fois de plus en scène avec sa compagne pour renforcer l’authenticité du propos, c’est celle-ci qui est officiellement à la manœuvre car elle signe le scénario de cette série de confidences plus ou moins heureuses. En effet, tour à tour, chacun des convives se livre concernant sa vie intimes, mais la scène se corse lorsqu’on comprend que les compagnes ou compagnons sont également présents et réagissent concernant ces secrets auparavant bien enfouis. Le récit prend alors les atours d’une comédie dramatique de mœurs, où les comptes se règlent à coups de vin rouge.

Outre l’interaction entre les personnages, l’ouvrage profite surtout de sa variété de ton : les moments en commun profitent de dialogues dans des ambiances mono- ou bichromatiques, tandis que les souvenirs sont muets mais profite d’une plus grande gammes de couleurs pour entraîner le lecteur dans des fougueuses scènes de corps à corps.

Afin de profiter d’une vraie narration lors des accouplement, les auteurs ont choisi des émoticônes pour faire parler les personnages. Si certains sont assez bien choisis, d’autres restent parfois plus énigmatiques, ce qui casse parfois la magie du moment. Il faut bien alors se laisser entraîner par la profondeur du dessin de Manolo Carot afin de suivre ces quadras un peu à la dérive, mais qui ont tous essayé à leur manière de vivre leurs fantasmes.

Au final, la question n’est pas de se demander si vous allez apprécier le travail de Carot, mais plutôt par quel album vous allez débuter votre lecture, en fonction de votre propre affinité : humour, futuriste, jeu de construction scénaristique ou dans une veine plus réaliste et social. Quoiqu’il en soit, il y a de grandes chances que vous continuez votre découverte avec les autres récits, car c’est finalement par la découverte progressive que vient aussi le plaisir.

Par Charles-Louis DETOURNAY

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Code EAN : 9782382099070
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